Alors que Trump réitère sa menace de saisir le canal de Panama, Rubio emploie la diplomatie de la canonnière

Le ministre des Affaires étrangères du Panama Javier Martinez-Acha, à droite, fait ses adieux au secrétaire d'État américain Marco Rubio alors qu'il quitte le palais présidentiel de Panama City après avoir rencontré le président Jose Mulino, dimanche 2 février 2025. [AP Photo/Mark Schiefelbein]

Le secrétaire d'État américain Marco Rubio s'est rendu dimanche au Panama, petit État d'Amérique latine, pour faire valoir l’exigence d’une domination américaine du canal de Panama, appuyée par la menace de Trump d'attaquer illégalement ce pays et de reconquérir le canal.

S'inclinant devant les menaces de la première puissance militaire mondiale, l'autorité de transit du canal de Panama a déclaré dimanche dernier qu'elle «optimiserait la priorité de transit» des navires de la marine américaine, tandis que Bloomberg rapportait que le président panaméen Jose Raul Mulino avait « assuré à Rubio que les navires de la marine américaine bénéficieraient d'un passage libre».

Mulino a également annoncé dimanche que le Panama ne renouvellerait pas sa participation à l'initiative chinoise d'infrastructure « Nouvelle route de la soie», devenant ainsi le premier pays d'Amérique latine à le faire. Il a également évoqué la possibilité de revenir sur ses accords actuels avec la Chine concernant l'«Initiative nouvelle route de la soie», en vigueur jusqu'en 2026.

Rubio s'est réjoui de cette annonce, écrivant dans un message X lundi: «L'annonce faite hier par le président Jose Raul Mulino que le Panama laisserait expirer sa participation à l'Initiative nouvelle route de la soie [du Parti communiste chinois] est un grand pas en avant pour les relations entre les États-Unis et le Panama. »

Le canal de Panama est la deuxième route maritime la plus fréquentée au monde. Construit à l'origine par les États-Unis au début du XXe siècle, le contrôle a été transféré au Panama en 1999 selon les termes d'un traité signé en 1977.

Lors de son investiture présidentielle le 20 janvier, Trump avait menacé: «Nous avons donné [le canal] au Panama, et nous le reprenons.»

Quelques jours plus tard, Trump a confirmé qu'il menaçait d'utiliser la «coercition militaire» pour annexer le Panama, de même que le Groenland, territoire arctique contrôlé par le Danemark. Trump a déclaré: «Nous en avons besoin pour notre sécurité économique».

Dimanche, avant le départ de Rubio, Donald Trump a réitéré ses menaces d'annexer illégalement le canal de Panama. «La Chine gère le canal de Panama. Il n'a pas été donné à la Chine, il a été donné au Panama, bêtement, mais ils ont violé l'accord et nous allons le reprendre, ou quelque chose de très fort va se produire», a déclaré Trump à des journalistes à l’Andrews Air Force Base, à l'extérieur de Washington.

Ses menaces contre le Panama font partie de ses efforts pour consolider son contrôle sur les Amériques et leurs principales voies navigables dans le cadre d'un renforcement militaire en vue d'une guerre avec la Chine.

Commentant le voyage de Rubio, le Wall Street Journal constate: «La plupart des prédécesseurs de Rubio au cours des dernières décennies ont visité Londres ou d'autres alliés majeurs des États-Unis lors de leurs premiers voyages à l'étranger. Le choix du Panama comme première étape traduit combien Trump a brouillé les priorités diplomatiques américaines et recentré l'attention des États-Unis sur l'hémisphère occidental.»

Dans son compte-rendu de la réunion entre Rubio et Mulino, le département d'État écrit: «Le président Trump a pris une décision préliminaire selon laquelle la position actuelle d'influence et de contrôle du Parti communiste chinois sur la région du canal de Panama constitue une menace pour le canal et représente une violation du Traité concernant la neutralité permanente et l'exploitation du canal de Panama. Le secrétaire Rubio a clairement indiqué que ce statu quo est inacceptable et qu'en l'absence de changements immédiats, il obligerait les États-Unis à prendre les mesures nécessaires pour protéger leurs droits en vertu du traité. »

L'affirmation que le Panama viole le traité est une fraude. Le Panama autorise les navires de tous les pavillons à passer par le canal, comme spécifié dans le traité. Ce que Trump recherche, c'est un traitement préférentiel pour la marine de guerre, les navires et les cargos américains, et une saisie du canal pour mener un blocus de la Chine au cas où il lancerait une guerre illégale et agressive contre elle.

Trump a pris prétexte du fait que les terminaux de fret situés aux extrémités du canal sont exploités par Hutchison Whampoa, un opérateur portuaire basé à Hong Kong, pour alléguer des violations présumées du traité. Tout au début du mois, le gouvernement panaméen a annoncé qu'il avait lancé un audit des opérations de Hutchison, conformément aux exigences de l'administration Trump.

Avant son départ pour le Panama, Rubio a affirmé que la Chine disposait d'un plan d'urgence pour fermer le canal de Panama en cas de guerre avec les États-Unis. «Si le gouvernement chinois leur demande de fermer le canal de Panama en cas de conflit, ils devront le faire», a déclaré Rubio. «En fait, je n'ai aucun doute sur le fait qu'ils ont des plans d'urgence pour le faire. Il s'agit d'une menace directe.»

Le jour de Noël, Trump avait écrit sur Truth Social que les «merveilleux soldats de la Chine» exploitaient «avec amour mais illégalement le canal de Panama».

Une affirmation frauduleuse. Hutchison n'a aucun contrôle sur le transit des navires dans le port, et il ne pourrait pas empêcher les navires américains d’y transiter en cas de guerre avec la Chine.

L'utilisation de la force militaire pour garantir la domination américaine sur le canal n'est pas sans précédent. En 1989, les États-Unis avaient envahi le Panama pour renverser illégalement le gouvernement de Manuel Noriega, tuant 500 Panaméens.

En réponse à la campagne de pression implacable des États-Unis, le Financial Times a eu ce commentaire: «Le gouvernement et l'élite économique du Panama commencent à paniquer, selon des diplomates, car ils se rendent compte que même si la rhétorique de Trump est flamboyante, le président américain et ses alliés sont sérieux lorsqu'ils font pression sur leur petit pays pour qu'il fasse des concessions et réduise la présence de la Chine – même si cela signifie rompre des accords juridiquement contraignants.»

Dans une interview accordée à Politico et publiée ce week-end, l'ancien président du Panama, Ernesto Pérez Balladares, a évoqué la menace très réelle d'une invasion du Panama par les États-Unis: « Je pense qu'il y aura beaucoup, beaucoup de victimes de notre côté», a-t-il déclaré, «et que les États-Unis seront condamnés par la communauté internationale».

(Article paru en anglais le 4 février 2025)

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