Allemagne : le rôle réactionnaire du Parti de gauche dans la lutte contre le fascisme et la guerre

De gauche à droite, Ines Schwerdtner, co-dirigeante du Parti de gauche (Die Linke), Heidi Reichinnek, députée au Bundestag et membre du Parti de gauche (Die Linke) et Jan van Aken, co-dirigeant du Parti de gauche (Die Linke) arrivent pour une conférence de presse à Berlin, le lundi 24 février 2025, au lendemain des élections législatives. [AP Photo/Michael Probst]

Après que le chancelier désigné Friedrich Merz a ouvertement pactisé avec l’AfD d’extrême droite (Alternative pour l'Allemagne) début février pour durcir la politique sur les réfugiés, des centaines de milliers de gens, en majorité des jeunes, sont descendus dans la rue pour protester contre l’AfD et contre le virage à droite de l'establishment politique. Au vu des crimes atroces commis par l'impérialisme allemand au cours des deux Guerres mondiales et de la barbarie nazie, le retour au fascisme et au militarisme en Allemagne rencontre une véhémente opposition.

Le Parti de gauche a particulièrement profité de cette mobilisation grandissante aux élections, car il a critiqué publiquement la campagne agressive menée contre les réfugiés et s'est présenté comme une force antifasciste. En janvier, avant le début des manifestations de masse, il était à 3 pour cent dans les sondages ; aux élections de février, il a obtenu 8,8 pour cent. Parmi les électeurs de moins de 25 ans il a même obtenu, avec 25 pour cent, le meilleur résultat de tous les partis à égalité avec le score combiné des futurs partis gouvernementaux, les chrétiens-démocrates de Merz (CDU/CSU, 13 pour cent) et les sociaux-démocrates (SPD, 12 pour cent). Le Parti de gauche a également gagné l’élection à Berlin, la capitale, avec 19,9 pour cent, devant la CDU (18,3 pour cent) et les Verts (16,8 pour cent).

Les jeunes travailleurs et étudiants qui veulent lutter contre le fascisme, le militarisme et les coupes sociales sont confrontés à des questions et des tâches historiques et politiques fondamentales. Ils doivent comprendre clairement ce que signifie le Parti de gauche, qui en réalité ne représente pas leurs intérêts ni leurs objectifs, mais joue un rôle clé dans l’imposition des coupes sociales et l’expulsion des réfugiés ; et qui est essentiellement d'accord avec la politique du gouvernement dans la question de la guerre.

Dans sa première déclaration sur les résultats des élections le Sozialistische Gleichheitspartei (SGP, Parti de l’égalité socialiste) a fait remarquer qu’il existait un énorme décalage entre les espoirs que les jeunes placent dans le Parti de gauche et ce qu’il représente réellement. Les jeunes veulent s’opposer aux fascistes et rejettent l’agitation anti-réfugiés, et ils veulent des revenus raisonnables et des loyers abordables. «Mais le Parti de gauche n’a pas de programme pour contrer le virage à droite de ceux qui détiennent le pouvoir. Il répand l’illusion que les principaux partis de la classe dirigeante peuvent être persuadés de changer de cap par un mélange d’opposition parlementaire et de pression de la rue.»

Et le SGP poursuit ainsi : « Le Parti de gauche prétend qu'il est possible de réformer le capitalisme, il ne veut pas l'abolir. Mais il s'agit là d'une dangereuse illusion. Le virage à droite des élites dirigeantes n'est pas simplement le résultat d’une politique erronée qui peut être corrigée à l’aide d’un peu de pression. Partout, la classe dirigeante recourt à la dictature et à la guerre parce qu'elle est confrontée à la crise profonde de son système social. Comme au XXᵉ siècle, le capitalisme conduit à nouveau au fascisme et à la guerre. »

Le Parti de gauche après les élections législatives

Alors que le SGP se bat pour transformer la résistance en mouvement conscient de la classe ouvrière contre l’ensemble de la classe dirigeante et le capitalisme, le Parti de gauche réagit à son propre succès électoral, complètement inattendu pour lui, par un nouveau virage à droite.

Le parti ne craint rien plus que de voir la colère contre le fascisme, les inégalités sociales, l'agitation anti-réfugiés et la politique de guerre contrecarrer la formation d'un gouvernement, et que celle-ci n’échappe au contrôle de la bureaucratie syndicale et ne prenne des formes autonomes. C'est pourquoi il ne lève pas le petit doigt pour organiser et développer l'opposition. Ses dirigeants ont abandonné toute critique de l'alliance de Merz avec l'AfD et le flattent carrément, prêts à soutenir sa coalition gouvernementale avec le SPD et sa politique militariste et anti-ouvrière.

Le soir des élections, le chef de file du Parti de gauche Jan van Aken a déclaré que son parti était «prêt à discuter» d’une coopération avec le nouveau gouvernement, sur des questions comme des projets de loi. De quoi il s’agit là est clair. Au cœur des discussions exploratoires il y a une réforme du «frein à l’endettement», qui oblige le gouvernement allemand à limiter l’endettement annuel à 0,35 pour cent du PIB. S’y ajoute le durcissement de la politique contre les réfugiés et les attaques massives contre tous les droits sociaux et démocratiques restants. Une telle réforme est désormais considérée comme nécessaire par la classe dirigeante pour augmenter massivement les dépenses militaires et lancer de nouveaux «fonds spéciaux» pour la Bundeswehr (armée allemande).

Le Parti de gauche ne laisse aucun doute qu’il est prêt à y apporter son soutien, surtout si les efforts actuels du gouvernement échouent en vue de trouver, encore avec l’ancien parlement, une majorité pour ses plans. «Un nouveau gouvernement a besoin d’une majorité des deux tiers pour modifier la Constitution, par exemple pour réformer le frein à l’endettement ou pour créer des fonds spéciaux. Il ne peut pas contourner le Parti de gauche. Ou bien il acceptera les voix de l’AfD. C’est leur choix, pas le nôtre», a écrit Ines Schwerdtner, coprésidente du Parti de gauche, sur X peu après les élections.

Dans une interview accordée vendredi dernier à la chaîne de télévision ARD, Schwerdtner a réaffirmé cette position: «C’est à la CDU de décider si elle veut à nouveau risquer les voix de l’AfD pour ses projets ou si elle commence à discuter avec Die Linke [Parti de gauche].» Cela en soi montre déjà jusqu’où ce parti est prêt à aller. Merz n’a pas «risqué» les voix de l’AfD lorsqu’il a tablé sur ses voix pour faire passer sa motion anti-réfugiés au parlement, mais a délibérément pactiser avec les fascistes pour faire passer son «projet».

Malgré toutes les protestations selon lesquelles son parti veut seulement permettre davantage « d’investissements», Schwerdtner a laissé entendre que Die Linke était susceptible d’aider au lancement du «projet» d’un nouveau fonds spécial de centaines de milliards d’euros pour la Bundeswehr, à condition qu’il soit impliqué dans la planification concrète. Le gouvernement devrait «d’abord montrer ce dont nous avons besoin pour la défense», a exigé Schwerdtner . «Où est passé l’argent de l’ancien fonds spécial [de 100 milliards d’euros]? Je ne peux pas accepter un nouveau fonds spécial si nous ne savons pas du tout où va l’argent, ni à quoi il sert.»

Le Parti de gauche approuve pleinement la politique de guerre de l’OTAN contre la Russie en Ukraine. «Je pense que l’Ukraine a le droit de se défendre, bien sûr. Et qu’elle a donc raison de le faire.» En même temps, «nous disons depuis le début que nous avons besoin de négociations de paix» et que l’Allemagne en particulier «doit entamer des négociations de paix.» Cela n’avait pas été fait jusqu’à présent, et maintenant, «Trump conclut des accords douteux avec l’Ukraine, s’empare des terres rares et exploite l’Ukraine.»

Schwerdtner n’a pas non plus exclu le déploiement de «forces de maintien de la paix», en lien avec sa préoccupation de ne pas laisser aux Etats-Unis seuls « l’exploitation » des « terres rares ». Mais, selon elle, il devrait s’agir de «casques bleus normaux [de l’ONU], c’est-à-dire de véritables forces de maintien de la paix». «Nous sommes pour les forces de maintien de la paix», a-t-elle insisté, interrogée sur le sujet, et le Parti de gauche était «prêt à en débattre».

Ce que van Aken et Schwerdtner affichent publiquement est la politique déclarée de toute la direction du parti. Dans une résolution du 1er mars, il déclare: «Trump est en train de porter gravement atteinte au droit international et s’appuie uniquement sur la loi de la jungle. Le gouvernement allemand et l’UE doivent réagir avec une clarté qui n’a que trop tardé.» La direction du parti exigeait «un allègement de la dette de l’Ukraine» et «une suspension du frein à l’endettement […] afin de libérer suffisamment de fonds pour l’aide civile financière à l’Ukraine».

Cette politique est conforme à celle des principaux pouvoirs européens, qui répondent aux menaces du président américain de conclure un «accord» avec la Russie sur l’Ukraine par un soutien renforcé à Kiev et une offensive militaire. Sous le faux prétexte d’une prétendue «politique de paix», ils s’emploient avec ardeur à militariser le continent et à le rendre indépendant afin de poursuivre la guerre contre la Russie et, si nécessaire, de faire valoir leurs intérêts impérialistes face aux États-Unis.

Un récent commentaire du WSWS sur le sujet déclarait :

Une défaite en Ukraine serait un coup de massue pour les pouvoirs européens, tout comme le contrôle par les États-Unis de gisements de minerais vitaux pour les économies du continent. Encore plus inquiétante pour les Européens est la perspective d'une alliance plus large entre les États-Unis et la Russie, perçue comme une menace existentielle. C'est la vraie raison pour laquelle le Royaume-Uni, la France et d'autres pays envisagent désormais de déployer des troupes en Ukraine, risquant une guerre directe avec la Russie – avec ou sans le soutien américain.

Le Parti de gauche soutient cette dangereuse escalade. Et il joue un rôle clé en masquant le retour de l’Europe – et surtout de l’Allemagne – à une politique impérialiste agressive de grande puissance sous couvert de phraséologie démocratique. Dans un article sur X, un des fondateurs du parti, Gregor Gysi, écrit :

Les États-Unis craignent que la Chine ne devienne la première puissance mondiale et de ce fait ils estiment qu’ils doivent devenir plus autoritaires pour agir plus efficacement. Cela nous oblige à lutter sérieusement pour notre liberté, notre démocratie et l’État de droit, contre les menaces intérieures et extérieures. Nous devons nous mettre d’accord – de la CSU au Parti de gauche, mais aussi avec les syndicats, les églises, les associations patronales, les artistes et les scientifiques – sur la nécessité de défendre ensemble nos principes fondamentaux de démocratie, de liberté et d’État de droit. […] Nous devons enfin comprendre que l’Europe dans son ensemble doit être capable d’agir. Les États-nations seuls n’ont aucune chance face aux puissances mondiales.

En fait, la politique de puissance mondiale européenne, que Gysi veut soutenir en formant un front de guerre de tous les partis gouvernementaux, des associations capitalistes et des syndicats, exige la destruction de tous les droits sociaux et démocratiques et l’instauration de régimes autoritaires en Europe même. Comme dans les années 1930, la politique de grande puissance et la préparation à la guerre signifient l’abolition de «la démocratie, de la liberté et de l’État de droit» et un virage vers le fascisme et la dictature. C’est aussi la raison pour laquelle la classe dirigeante et Merz, que le Parti de gauche courtise aujourd’hui avec tant d’insistance, renforcent l’AfD et concluent des pactes de plus en plus directs avec les fascistes.

L'histoire du Parti de gauche

Le militarisme du Parti de gauche n’est pas seulement ancré dans ses dirigeants de droite, mais aussi dans l’orientation politique et sociale et dans l’histoire du parti dans son ensemble. Malgré son nom, le Parti de gauche n’a jamais été un parti socialiste ni même de gauche. Il a toujours été une organisation bourgeoise représentant les intérêts de l’appareil d’État et d’une classe moyenne supérieure aisée, défendant le capitalisme et l’impérialisme allemands et recevant pour cela des postes ministériels et des subventions d’État se chiffrant en millions. Il a été fondé en juin 2007 par la fusion de deux appareils bureaucratiques, le Parti du socialisme démocratique (PDS) et l’Alternative électorale pour le travail et la justice sociale (WASG), qui avaient tous deux des décennies d’expérience dans l’oppression de la classe ouvrière.

Le PDS est l'héritier du parti d'État stalinien de l'ex-Allemagne de l'Est, qui a contribué en 1990 à organiser la réunification allemande sur une base capitaliste et a immédiatement pris en charge les fonctions de maintien de l'ordre dans les nouveaux États fédéraux de l'Est. Le WASG a été lancé par des responsables de longue date du SPD et des syndicats dans le but de détourner la colère sociale contre la politique de coupes des aides sociales du gouvernement SPD-Verts, l'Agenda 2010, introduite par le gouvernement Schröder-Fischer de l'époque. L'initiative de la fusion est venue non seulement de Gysi, mais aussi d'Oskar Lafontaine, l'un des politiciens bourgeois les plus expérimentés d'Allemagne, qui a occupé des postes importants au gouvernement et au SPD pendant 40 ans. Lui et sa femme Sahra Wagenknecht ont depuis quitté le Parti de gauche et fondé l'Alliance Sahra Wagenknecht (BSW, extrêmement nationaliste et anti-réfugiés ).

Contrairement aux tendances de la pseudo-gauche (article en anglais) telles que Marx21 (anciennement une partie de la Tendance socialiste internationale), le SAV (anciennement membre du Comité pour une Internationale ouvrière) ou les pablistes et les morénistes, le Sozialistische Gleichheitspartei (Parti de l’égalité) a toujours considéré le Parti de gauche comme un adversaire du socialisme et de la classe ouvrière. C’est désormais chose évidente. Un parti qui prend position de façon aussi agressive en faveur de la politique impérialiste de grande puissance n’a rien de progressiste, mais est une force profondément pro-impérialiste.

Le Parti de gauche et le retour du militarisme allemand

Cela est devenu de plus en plus évident, surtout au cours des douze dernières années. En 2013, le Parti de gauche et son ancien porte-parole pour la politique étrangère Stefan Liebich ont été directement impliqués dans l’élaboration du document de stratégie «Neue Macht – Neue Verantwortung» (Nouveau pouvoir – Nouvelle responsabilité). Ce document a servi de modèle au retour de l’Allemagne à une politique étrangère et de grande puissance agressive. Elle fut annoncée publiquement par le ministre des Affaires étrangères de l’époque et actuel président allemand Frank-Walter Steinmeier (SPD), son prédécesseur Joachim Gauck et la ministre de la Défense de l’époque et actuelle présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen (CDU) à la Conférence de Munich sur la sécurité, début 2014.

Lorsque Washington et Berlin, soutenus par des forces fascistes comme le parti Svoboda et le Secteur droit, ont organisé un coup d’État en Ukraine en février 2014 pour y installer un régime anti-russe, le Parti de gauche y a apporté son soutien. Les groupes de la pseudo-gauche au sein et autour du parti ont surtout célébré le coup d’État de droite comme une «révolution démocratique».

Parallèlement, le Parti de gauche a soutenu la politique étrangère agressive de la grande coalition CDU/SPD de l'époque. Après la guerre de l'OTAN en Libye (article en anglais), il a également soutenu la guerre de changement de régime en Syrie et l'intervention de l'impérialisme allemand au Moyen-Orient.

En avril 2014, plusieurs députés du Parti de gauche au Bundestag ont voté en faveur de l’envoi d’une frégate allemande en Méditerranée pour détruire les armes chimiques syriennes. Et en octobre 2014, quatorze responsables politiques du Parti de gauche ont publié un appel intitulé «Sauvons Kobané!», appelant le gouvernement allemand à lancer une intervention militaire massive contre l’État islamique en Syrie et en Irak.

Début 2015, le président du Parti de gauche de l’époque, Bernd Riexinger, avait par exemple «explicitement salué l’offensive diplomatique de la chancelière Merkel et du président français Hollande». Après l’invasion réactionnaire de l’Ukraine par Poutine, provoquée délibérément par l’OTAN en encerclant systématiquement la Russie, Merkel elle-même avait admis que les accords de Minsk servaient à gagner du temps pour réarmer l’Ukraine.

Le soutien du Parti de gauche à l'escalade militaire actuelle des puissances européennes de l'OTAN contre la Russie s'inscrit dans la continuité de cette politique. Peu après le début de la guerre en Ukraine, le Parti de gauche a resserré les rangs avec le gouvernement fédéral et l'OTAN. Depuis, il a appelé à plusieurs reprises à un durcissement des sanctions contre la Russie et même à l'envoi de soldats allemands en Ukraine . Il soutient explicitement les livraisons d'armes occidentales et l'aile jeunesse du Parti de gauche a même appelé à des dons pour l'armée ukrainienne, qui est infestée d'extrémistes de droite.

Le Parti de gauche joue le même rôle réactionnaire dans son soutien au génocide des Palestiniens. Il partage la responsabilité politique de la mort de dizaines de milliers de femmes et d’enfants, en particulier, et de la destruction quasi totale de Gaza et d’une bonne partie du Liban. Immédiatement après le début de la campagne israélienne d’annihilation, en octobre 2023, une résolution pro-israélienne des partis de la coalition au pouvoir de l’époque, SPD/Verts/Libéraux-démocrates (FDP) et de l’opposition CDU, a été adoptée au Bundestag avec les voix de tous (!) les députés du Parti de gauche. Le chef du groupe parlementaire du parti, Dietmar Bartsch, a salué la motion comme une «contribution de l’Allemagne à la lutte contre le terrorisme».

Heidi Reichinnek, candidate du Parti de gauche à la campagne des élections fédérales, a également soutenu agressivement le génocide à Gaza (article en anglais). Dans un discours au Bundestag le 12 mars 2024, elle a répété la propagande officielle d’atrocités, du «massacre du Hamas», dont «la violence brutale contre les enfants et la violence sexuelle contre les femmes» ne pouvaient être «comparées qu’à peu d’événements». Elle a déclaré que le Hamas «n’est pas composé de combattants de la liberté, mais de terroristes qui doivent être désarmés. Nous devons tous être d’accord là-dessus». Israël, a-t-elle déclaré, «a bien sûr le droit de se défendre».

Die Linke : un parti de contre-révolution sociale

La tentative du Parti de gauche de se présenter comme un «parti de la paix» malgré ce bilan est tout aussi malhonnête que ses propos sur la «justice sociale» et les «droits démocratiques ». En fait, partout où il gouverne ou a gouverné au niveau régional avec le SPD et les Verts – les partis qui ont introduit les «réformes» du marché du travail Hartz IV, créé un massif secteur à bas salaires et fait la guerre – il applique agressivement une politique d’austérité sociale, d’expulsions massives de réfugiés et de renforcement de la répression d’État.

C'est à Berlin que ce phénomène est le plus visible. Entre 2002 et 2011, le Parti de gauche et son prédécesseur, le PDS, ainsi que le SPD et son sénateur des finances d'extrême droite Thilo Sarrazin, ont organisé de sévères coupes sociales. Ils ont entre autre réduit de 10 pour cent les salaires du secteur public, supprimé des emplois à grande échelle et vendu des logements municipaux aux spéculateurs immobiliers.

Cette politique a ensuite été renforcée entre 2016 et 2021 par le Parti de gauche, en alliance avec le SPD et les Verts. À Berlin, de nouveaux camps de détention pour réfugiés ont été créés, les expulsions ont augmenté et les pouvoirs et l’équipement de la police, qui a réprimé à maintes reprises les manifestations de manière brutale, ont été massivement renforcés.

Le Parti de gauche organise des attaques similaires dans tous les Länder où il est au pouvoir. A Brême, gouvernée par une coalition SPD-Parti de gauche-Verts, la sénatrice de la Santé (ministre du Land) du Parti de gauche Claudia Bernhard joue un rôle clé dans la mise en œuvre de la réforme réactionnaire des hôpitaux du ministre allemand de la Santé Karl Lauterbach (SPD) et dans la fermeture d'hôpitaux.

Dans le Land de Thuringe, le seul ministre-président du Parti de gauche au pouvoir à ce jour, Bodo Ramelow, s’est vanté, avant même son entrée en fonction en 2014, d’être plus favorable aux investisseurs que la CDU. La conséquence en a été l’un des gouvernements le plus à droite de l’histoire de l’Allemagne d’après-guerre, caractérisé par un nombre particulièrement élevé d’expulsions brutales, une politique d’«immunité collective» irresponsable durant la pandémie, l’expansion de l’appareil de surveillance et de répression de l’État et le renforcement de l’AfD fasciste.

En 2020, Ramelow, qui a joué un rôle important dans la campagne électorale en tant que candidat direct de la «Mission Silberlocke», a aidé le député de l’AfD Michael Kaufmann à être élu vice-président du parlement de Thuringe. Et dans les commissions parlementaires de ce Land, le Parti de gauche, en collaboration avec les autres partis, a encore aidé les membres de l’AfD à obtenir des postes influents et travaillé en étroite collaboration avec eux. En Saxe, le Parti de gauche soutient l’intégration de l’AfD au travail du gouvernement minoritaire CDU-SPD du Land, par le biais de «consultations» régulières.

Le Parti de gauche est donc responsable à plusieurs titres de la montée de l’extrême droite, qu’il prétend combattre. Tout d’abord, il est responsable de la catastrophe sociale qui pousse au désespoir de nombreux travailleurs, notamment dans les Länder de l’Est. Ensuite, la poursuite de politiques capitalistes de droite au nom d’un parti « de gauche» crée une frustration politique que les fascistes de l’AfD peuvent exploiter. Et troisièmement, il est lui-même prêt à conclure des accords avec l’extrême droite et ses partisans au sein de la classe dirigeante et à mettre en œuvre une politique anti-réfugiés et anti-classe ouvrière.

Ce rôle ne se limite pas à l’Allemagne. En Grèce, Syriza, le parti frère de Die Linke, en alliance avec le parti d’extrême droite des Grecs indépendants (ANEL), a imposé les diktats d’austérité brutaux de la troïka composée de la Banque centrale européenne (BCE), de la Commission européenne et du Fonds monétaire international. Le Parti de gauche a activement soutenu cet assaut historique lancé contre la classe ouvrière grecque. Début mars 2015, il a d’abord voté en faveur des diktats d’austérité au Bundestag, puis a défendu la trahison de Syriza (articles en anglais) qui les a mis en œuvre.

Le caractère essentiellement contre-révolutionnaire du Parti de gauche et des tendances pseudo-de gauche qui opèrent en son sein ou autour de lui est apparu particulièrement clairement en Égypte. Poussé par la peur d’une révolution sociale, il a soutenu les développements contre-révolutionnaires orchestrés par l’armée égyptienne et ses soutiens impérialistes suite au renversement du dictateur de longue date Hosni Moubarak par les luttes de masse de la classe ouvrière, au début de 2011.

Les tendances de la pseudo-gauche associées au Parti de gauche en Égypte ont joué un rôle clé d’abord en amenant les manifestations de masse qui se s’étaient également développées en 2013 contre le successeur de Moubarak, le président islamiste Mohamed Morsi, derrière l’armée, puis en défendant ensuite la répression brutale des généraux au nom d’une «deuxième révolution».

Le Parti de gauche a activement soutenu et défendu cette politique, qui a conduit à l’instauration de la dictature militaire sanglante du général Abdel Fattah al-Sissi. Après le coup d’État militaire, un document stratégique de la Fondation Rosa Luxembourg, reproduit dans le journal du Parti de gauche Neues Deutschland, affirmait qu’il s’agissait désormais de «trouver un moyen d’introduire la justice sociale d’une manière qui soit acceptable pour les dirigeants militaires».

La revendication du Parti de gauche de parvenir à une entente avec le gouvernement militaire égyptien correspond à sa ligne actuelle de travailler avec Merz et le nouveau gouvernement allemand. C'est précisément dans les conditions d'une crise politique énorme et d'un virage à droite de la classe dirigeante que le caractère profondément réactionnaire et anti-ouvrier du Parti de gauche se révèle le plus nettement.

Lors de la crise financière de 2008, le Parti de gauche a permis l’adoption du plan de sauvetage des banques de 500 milliards d’euros en acceptant les procédures d’urgence. Il a joué le même rôle pendant la pandémie, lorsqu’il a de nouveau soutenu des aides massives aux grandes entreprises et aux banques. Et aujourd’hui, il est prêt à permettre la plus grande dépense de réarmement allemande depuis Hitler, et à contrôler et réprimer la résistance croissante à ce plan.

Il n'y a qu'une seule façon d'arrêter cette évolution. Les travailleurs et les jeunes qui veulent combattre le fascisme et la guerre et la politique de dévastation sociale qui l'accompagne doivent régler leurs comptes politiquement avec le Parti de gauche et ses partisans pseudo de gauche et construire le Sozialistische Gleichheitspartei (SGP, Parti de l’égalité socialiste). En tant que section allemande de la Quatrième Internationale fondée par Léon Trotsky en 1938, le SGP est le seul parti qui s'oppose à la conspiration de guerre de la droite et qui arme l'opposition croissante des travailleurs et des jeunes avec une stratégie et une perspective socialistes.

(Article paru en anglais le 6 mars 2025)

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