En plein massacre des Alaouites syriens, le régime islamiste de HTC et les FDS kurdes parviennent à un accord

En plein massacre des Alaouites en Syrie, au cours duquel près d’un millier de civils ont été tués, un accord a été conclu entre le régime islamiste sunnite de Hayat Tahrir al-Cham (HTC), soutenu par l'Occident, et les Forces démocratiques syriennes (FDS), dirigées par les forces nationalistes kurdes soutenues par les États-Unis, qui contrôlent le nord-est du pays.

L'accord, qui prévoit l'intégration des forces armées des FDS et de l'administration autonome de facto sous leur contrôle au régime de Damas, fait partie des efforts déployés par l'impérialisme américain, de concert avec Israël, pour remodeler le Moyen-Orient sous sa domination. Cela comprend le génocide et le nettoyage ethnique en cours à Gaza et en Cisjordanie, l'attaque lancée contre le Liban et la préparation d'une guerre contre l'Iran.

Le président par intérim de la Syrie, Ahmed al-Sharaa, et le chef des Forces démocratiques syriennes (FDS), Mazloum Abdi, ont signé un accord historique le 10 mars 2025 [Photo: Syrian Presidency]

Depuis 2011, les milices islamistes sunnites et nationalistes kurdes ont servi de mandataires aux forces américaines et de l'OTAN dans la guerre visant à renverser le régime du président Bachar el-Assad, soutenu par la Russie et l'Iran ; elles ont été glorifiées à l'international par la pseudo-gauche comme combattants de la « révolution démocratique ». Cet accord, conclu au lendemain du massacre d’Alaouites et d'autres minorités, témoigne du caractère réactionnaire et pro-impérialiste de ces forces mandataires et de ceux qui les défendent.

L'accord, signé par le chef du HTC, Mohammed al-Jolani (Ahmed al-Shara), déclaré « président par intérim», et le commandant des FDS, Mazlum Abdi, comporte huit articles. Selon le deuxième article, qui stipule un cessez-le-feu sur l'ensemble du territoire syrien, «la communauté kurde est une communauté autochtone de l'État syrien, et l'État syrien garantit son droit à la citoyenneté et tous ses droits constitutionnels».

En échange, il sera prévu «d’intégrer toutes les institutions civiles et militaires du nord-est de la Syrie dans l’administration de l’État syrien, y compris les postes frontières, l’aéroport et les champs pétroliers et gaziers».

On ignore encore comment les forces kurdes seront intégrées à l'armée syrienne et quelles seront leurs protections constitutionnelles. « Les détails de l'accord ne sont connus que de l'équipe travaillant avec Abdi », a déclaré Bessam Ishak, directeur du bureau du Conseil démocratique syrien à Washington, affirmant que les États-Unis avaient servi de médiateur entre Abdi et Colani. .

Salih Muslim, porte-parole des affaires étrangères du Parti de l'union démocratique (PYD), auquel appartiennent les Unités de protection du peuple (YPG), pilier des FDS, a répondu à la question de savoir si le Rojava (nord et est de la Syrie) avait obtenu un statut lors d'un entretien avec la chaîne kurde ANF : « Après tant de luttes et de résistance, nous sommes désormais partenaires sur tous les plans, c'est clair. Nous sommes partenaires sur tout ce qui touche à cet État : son administration, sa constitution, sa vie quotidienne, son économie, tout. »

Dans l'article six de l'accord, qui doit entrer en vigueur d'ici la fin de l'année, les FDS approuvent la justification du régime sectaire de HTC pour le massacre des Alaouites dans le nord-ouest du pays. L'État syrien sera soutenu « dans sa lutte contre les vestiges d'Assad et contre toutes les menaces qui pèsent sur sa sécurité et son unité ».

En fait, l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), une organisation basée au Royaume-Uni et opposée au président déchu Bachar al-Assad, a documenté la mort de 973 civils ces derniers jours, exécutés et tués de sang-froid.

Cemil Diyarbekirli, directeur de l'Observatoire assyrien des droits de l'homme, a déclaré au groupe médiatique kurde Rûdaw que les massacres de civils ne visaient pas uniquement les Alaouites et qu'au moins huit civils chrétiens avaient été tués. Selon le Monitor, 40 massacres ont eu lieu en trois jours.

Des manifestations de masse contre le massacre des Alaouites ont été organisées dans les provinces turques de Hatay et d'Adana, malgré les tentatives de la police pour les empêcher. À Istanbul, une interdiction de manifester de trois jours a été imposée dimanche dans le district de Şişli afin d'empêcher une marche massive vers le consulat syrien.

Dans un article sur les massacres de civils en Syrie, le journaliste libanais d’Al Ahbar, Mohammad Nureddin, a déclaré que les Kurdes et les Druzes n’étaient pas ciblés par le nouveau régime parce qu'ils bénéficiaient du soutien et de la protection des États-Unis et d'Israël; les Alaouites ne se trouvaient cependant pas dans une situation similaire et n'avaient pas formé leur propre force armée spéciale.

Selon Nureddin, «les attaques sanglantes du nouveau régime contre les Alaouites visent à les empêcher d'obtenir un statut spécial, à l'instar des Kurdes ou des Druzes. Le nouveau régime considère la région alaouite – seule porte de la Syrie sur la Méditerranée – comme stratégiquement cruciale. C'est pourquoi il refuse que la côte alaouite soit rattachée de quelque manière que ce soit à une administration autonome. Il refuse donc catégoriquement de reconnaître un statut spécial aux montagnes et à la région côtière alaouites ».

Après le changement de régime de décembre, Israël a démantelé presque toute l'infrastructure militaire syrienne, faisant avancer son armée jusqu'aux abords de Damas et n'a rencontré aucune résistance de la part du régime de HTC, aprouvé par les forces de l'OTAN, notamment la Turquie.

Le 6 janvier, le rapport de la commission Nagel, présenté au gouvernement israélien, affirmait : «La Turquie est devenue la puissance la plus influente à Damas et l'axe sunnite-turc a remplacé l'axe chiite iranien.» Israël, en concurrence avec la Turquie en Syrie, a menacé d'étendre son intervention, affirmant défendre les «droits démocratiques» des Kurdes, des Alaouites et des Druzes.

Début mars, le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a qualifié le nouveau gouvernement syrien de «radical» et a déclaré: «Si le régime s’en prend aux Druzes, nous nous en prendrons à lui.» Le ministre de la Défense, Israël Katz, a déclaré le 1er mars: « Nous ne permettrons pas au régime islamique extrémiste de Syrie de s’en prendre aux Druzes. Si le régime porte atteinte aux Druzes, nous le frapperons.»

Des dirigeants comme Abdi et Muslim des forces kurdes, qu’Israël a déclaré être ses «alliés naturels», se sont dits ouverts à un soutien du régime sioniste.

L'accord entre le régime de Damas et les FDS est également lié aux négociations d'Ankara avec le chef emprisonné du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan) Abdullah Öcalan pour obtenir que son parti dépose les armes. Öcalan, reconnu comme un leader par le PYD et les YPG, a appelé le PKK à déposer les armes et à se dissoudre dans une lettre fin février. Le PKK a accepté cette décision et a déclaré un cessez-le-feu.

Ankara a préconisé que les forces kurdes syriennes se dissolvent et se soumettent au nouveau régime de Damas sans obtention d’un statut légal et s’est appuyé sur son influence sur le HTC pour y parvenir.

Dans une interview accordée à l'agence de presse kurde ANF, Muslim a déclaré: «Nous n'avons pas dérogé à ce qui était indiqué dans la lettre. Nous n'avons pas outrepassé les points mentionnés par Rêber Apo [le leader Abdullah Öcalan]… En substance, nous acceptons de faire la paix et de faire partie de cet État. Bien sûr, nous y occuperons notre place tout en protégeant nos droits et notre identité. Nous l'avons toujours dit, nous ne sommes donc pas exclus.»

(Article paru en anglais le 12 mars 2025)

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