L'approche du 2 avril, qualifié par Trump de « jour de la libération » où son régime imposera des « tarifs douaniers réciproques » contre tous les pays, amis et ennemis, qui « escroquent » les États-Unis depuis des décennies, entretient la confusion, une pratique courante de la nouvelle administration.
Après avoir indiqué que son régime de rétorsion serait généralisé, Trump a précisé qu'il pourrait être plus ciblé et que des exemptions pourraient être accordées. Les responsables de l'administration ont indiqué que cela pourrait couvrir les quelques pays avec lesquels les États-Unis ont un excédent commercial plutôt qu'un déficit, mais personne ne sait avec certitude si cela s'appliquera.
S'adressant aux journalistes lundi, Trump a déclaré : « Il se peut que j'accorde des réductions à de nombreux pays. Ils nous ont fait payer tellement que je suis gêné de leur faire payer ce qu'ils nous ont fait payer, mais ce sera substantiel, et vous en entendrez parler le 2 avril. »
Dans des commentaires précédents, il a déclaré que ce serait le « jour de la libération » pour les États-Unis. « Nous nous faisons escroquer par tous les pays du monde, amis et ennemis. »
Les « droits de douane réciproques » ne se limitent pas aux droits de douane directs imposés aux exportations américaines. Ils incluent toutes les mesures de politique intérieure d'un pays, telles que les taxes, les subventions et les réglementations, qui sont considérées comme ayant un impact négatif sur les entreprises américaines.
L'une des raisons motivant le report ou l’annulation de certaines mesures pourrait bien être l'énorme quantité de travail que représente l'examen des politiques économiques d'un pays donné afin de déterminer leur impact sur les exportations américaines.
Outre le programme de « tarifs réciproques » à l'encontre de certains pays, Trump a annoncé des droits de douane supplémentaires sur un certain nombre de produits de base.
Il a déclaré aux journalistes, lors d'une réunion d'information dans le bureau ovale, que la menace de droits de douane sur les voitures serait mise en œuvre « assez rapidement au cours des prochains jours », avant l'adoption de mesures plus vastes.
Sans fournir de détails, il a également déclaré qu'il prévoyait d'imposer des droits de douane sur le bois d'œuvre et les semi-conducteurs. Il a réitéré sa menace d'imposer des droits de douane sur les produits pharmaceutiques, affirmant qu'ils seraient appliqués « dans un avenir très proche ».
L'une des annonces les plus importantes a été celle de son intention d'imposer des droits de douane de 25 % sur toutes les importations en provenance des pays qui achètent du pétrole au Venezuela. Cette mesure vise directement la Chine et l'Inde, deux des plus gros acheteurs de pétrole vénézuélien. Pour la Chine, l'imposition s'ajouterait aux 20 % de droits de douane déjà prélevés sur ses exportations, ce qui porterait le taux total à 45 %.
L'annonce a été accompagnée d'une série d'attaques contre le Venezuela et le gouvernement de Nicolas Maduro, que les administrations américaines successives ont tenté de renverser.
Le Venezuela exporte environ 600 000 barils de pétrole par jour, dont environ 230 000 barils par jour vers les États-Unis l'année dernière, ce qui en fait le quatrième fournisseur international des États-Unis. Le Trésor américain a déjà ordonné à Chevron de cesser ses activités et a repoussé au 27 mai son délai initial.
Les analystes du pétrole ont prévenu que si le pétrole vénézuélien était retiré du marché, cela pourrait provoquer des perturbations et entraîner une augmentation des prix à la pompe, ce qui irait à l'encontre de l'objectif déclaré de Trump de faire baisser les prix.
À ce stade, il semble que les droits de douane du 2 avril visent un groupe de 15 pays qui ont un excédent commercial persistant avec les États-Unis. Ils ont été qualifiés de « 15 escrocs » lors d'une interview télévisée sur Fox Business donnée par le secrétaire au Trésor Scott Bessent la semaine dernière : une désignation reprise depuis par les médias.
Le langage employé est une expression du caractère du régime Trump, qui rompt toutes les relations sur lesquelles l'ordre d'après-guerre était fondé. Les principales nations commerçantes sont qualifiées d’« escrocs » : des criminels qui cherchent à voler les États-Unis.
L'année dernière, les 15 cibles concernées étaient, par ordre décroissant, la Chine, l'Union européenne, le Mexique, le Viêt Nam, Taïwan, la Corée du Sud, le Canada, l’Inde, la Thaïlande, la Suisse, la Malaisie, l’Indonésie, le Cambodge et l’Afrique du Sud.
« Ce qui va se passer le 2 avril, c'est que chaque pays recevra un chiffre qui, selon nous, représente ses droits de douane. Pour certains pays, ce chiffre pourrait être très bas. Pour d'autres, il pourrait être très élevé », a déclaré Bessent.
Puis, adoptant le ton d'un chef de la mafia, il a poursuivi : « J'ai bon espoir que le 2 avril, certains droits de douane ne devront pas être maintenus parce qu'un accord aura été négocié au préalable, ou qu'une fois que les pays auront reçu leur taux tarifaire réciproque, ils viendront immédiatement nous voir et voudront le négocier à la baisse. »
Le taux tarifaire réciproque n'englobera pas seulement le taux tarifaire effectivement appliqué aux marchandises américaines, mais sera calculé de manière à inclure les politiques nationales du pays qui, selon l'administration, impactent négativement les exportations américaines de la même manière qu'un tarif douanier.
Les pays dans la ligne de mire sont engagés dans un cycle de discussions frénétiques pour tenter d'obtenir une sorte d'exemption. Le responsable européen du commerce, Maros Sefcovic, a rencontré mardi le secrétaire au Commerce, Howard Lutnick, et le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer. Le gouvernement indien a également demandé des exemptions lors d'une réunion avec une délégation américaine.
Des pays comme l'Australie, qui ont un déficit commercial avec les États-Unis, espèrent que cela signifiera qu'ils seront exclus des mesures du 2 avril. Les efforts déployés précédemment par les représentants du gouvernement pour tenter d'obtenir une exemption des droits de douane de 25 % sur l'acier et le fer, en invoquant l'argument du déficit, ont été vains.
Le régime australien de prestations pharmaceutiques (Pharmaceutical Benefits Scheme) a été spécialement ciblé par les grandes sociétés pharmaceutiques américaines, qui y voient un obstacle à leur rentabilité devant faire l'objet de mesures de rétorsion.
Le secrétaire au Commerce, Lutnick, a déclaré aux journalistes, à l'issue d'une réunion du cabinet, que l'administration annoncerait également son projet de création d'un nouveau service, l’« External Revenue Service », qui superviserait la perception des droits de douane et « rétablirait la puissance et le prestige de l'Amérique ».
La proposition de créer ce nouvel organisme a été annoncée dans le décret de Trump sur la politique commerciale « America First », publié le 20 janvier après son investiture. Son rôle n'a pas été défini, si ce n'est qu'il recommanderait la meilleure méthode pour concevoir et mettre en place les moyens de collecter les droits de douane, les taxes et les autres recettes liées au commerce extérieur. On n'a plus guère entendu parler d'elle depuis lors.
À l'heure actuelle, son rôle précis n'est pas clair, car les recettes tarifaires sont perçues par le service des douanes et de la protection des frontières.
Toutefois, les remarques de Lutnick indiquent qu'il s'agira d'une sorte d'organe permanent chargé de poursuivre et d'approfondir la guerre économique qui sera lancée le 2 avril.
(Article paru en anglais le 26 mars 2025)