Le président ukrainien Volodymyr Zelensky était arrivé mercredi soir à Paris avant le sommet organisé jeudi par le président français Emmanuel Macron sur l'intervention militaire européenne dirigée contre la Russie en Ukraine.
Cette conférence, qui intervenait après l'adoption par l'Union européenne (UE) d'un plan de réarmement de 800 milliards d'euros, marque une nouvelle escalade drastique de la guerre menée contre la Russie en Ukraine. Alors que des conflits explosifs éclatent avec les États-Unis, leur allié nominal, les puissances européennes réagissent à l'ouverture de négociations avec la Russie par l'administration Trump en devenant les défenseurs les plus agressifs de la guerre. Cela met à nu la présentation cynique par l'UE de sa politique comme d’une défense de la liberté et de la démocratie contre la Russie.
Macron et l'UE agissent avec un mépris flagrant pour la classe ouvrière. Il n'y a aucun soutien dans la population européenne pour une guerre totale avec la Russie ; un sondage de l'Eurasia Group l'année dernière avait révélé que 89 % des Européens de l'Ouest s'opposaient à la guerre avec la Russie. En 2023, lorsque Macron a tenté de financer une augmentation de 100 milliards d'euros du budget militaire de la France par le biais d'une réduction correspondante des retraites, à laquelle s'opposait 91 % de la population, cela a provoqué des grèves de masse. Pourtant, Macron, à l'instar des autres principales puissances européennes, redouble d'efforts dans sa politique impopulaire de guerre et d'austérité.
Après des discussions avec Zelensky au palais présidentiel de l'Élysée, Macron a promis une nouvelle aide militaire de 2 milliards d'euros à l'Ukraine. La France, a déclaré Macron, fournirait «des missiles antichar Milan, des armes de défense aérienne comme les missiles MICA pour les avions Mirage que nous avons livrés, ainsi que des armes sol-air Mistral». Il a également promis des anciens véhicules de combat, tels que «des véhicules blindés VAB, des chars AMX-10 RC et beaucoup de munitions, dont certaines guidées ou téléopérées, ainsi que des drones».
Macron s'est présenté comme préparant le déploiement d’une force de maintien de la paix française en Ukraine, dans le cadre d'un prochain accord de paix. Il a déclaré qu'il exigerait que la Russie accorde à l'Ukraine «un cessez-le-feu durable». Il a promis que la France veillerait à ce que l'Ukraine conserve «un format d'armée crédible qui permette de dissuader toute nouvelle agression» de la part de la Russie. Enfin, il a indiqué que la réunion discuterait de l'envoi en Ukraine de «forces de réassurance» européennes dans le contexte d'un accord de paix
Seules une telle politique, a affirmé Macron, pouvait défendre face à la menace d'une intervention militaire russe depuis l'Ukraine vers l'Europe même. «Nous sommes et resterons aux côtés de l'Ukraine», a-t-il déclaré. «Nous sommes dans une époque changée, et l'agressivité de la Russie n'est pas seulement une menace pour l'ordre mondial et la stabilité du monde. Elle impacte aussi très directement notre sécurité en Europe.»
C’est là un tissu de mensonges, d'abord et avant tout parce qu'il dissimule le danger d'une escalade militaire catastrophique. Le simple fait que Trump ait entamé des pourparlers avec des responsables russes ne signifie pas qu’une paix sera obtenue. En effet, la nouvelle tombait mercredi que Washington, après avoir brièvement suspendu son aide militaire à l'Ukraine, avait repris les vols d'équipements militaires à destination de Reszow, en Pologne – un point de transbordement clé pour les armes destinées à l'Ukraine – depuis les bases américaines du golfe Persique.
De plus, dans un contexte de rupture historique des relations entre l'impérialisme européen et Washington et de guerre tarifaire croissante de Trump contre l'Europe, même un retour de Trump à une politique de guerre totale avec la Russie ne résoudrait pas des conflits transatlantiques acerbes et de plus en plus profonds.
Les puissances européennes vont de l'avant avec leurs plans d'envoi de troupes en Ukraine, bien que les responsables russes aient averti que ces troupes seraient la cible d'une action militaire russe.
Le prétexte de Macron – que la Russie menace de conquérir toute l'Europe – est une supercherie. Depuis trois ans, l'armée russe s'efforce de s'emparer d'une bande de territoire à l'est de l'Ukraine, où vit une population majoritairement russophone. Il n'a aucun espoir réaliste d'organiser une conquête militaire de toute l'Europe, un continent de plus de 500 millions d'habitants dont l'économie est bien plus importante que celle des 140 millions de citoyens russes.
En effet, la proposition de Macron d'envoyer des «soldats de la paix» en Ukraine montre clairement les calculs qui sous-tendent la décision réactionnaire et banqueroutière du Kremlin d'envahir l'Ukraine. Moscou exige que l'Ukraine ne fasse pas partie de l'OTAN et ne reçoive pas d'aide militaire de l'OTAN parce qu'elle craint l'arrivée directement sur ses frontières d'importantes armées de l'OTAN. L'invasion lancée par le Kremlin en février 2022, suivie de sa tentative de négocier en Turquie une paix avec l'Ukraine en avril 2022, visait à convaincre ses «partenaires occidentaux» au sein des gouvernements impérialistes de l'OTAN de prendre ses préoccupations au sérieux.
Les manœuvres du Kremlin ont toutefois échoué alors que l'administration Biden et les principales puissances européennes ont cherché à justifier la guerre et la poursuite des mesures d'austérité contre la classe ouvrière en présentant le président russe Vladimir Poutine comme étant déterminé à conquérir le monde. Alors même que Washington entame des pourparlers avec Moscou, Zelensky et ses soutiens européens redoublent d'efforts en faveur du réarmement européen et de l'escalade militaire contre la Russie.
Zelensky, un dictateur qui a suspendu les élections et règne par la loi martiale, a déclaré au Figaro que l'Ukraine et l'Europe devaient mener une guerre pour la liberté et la démocratie, fondée sur la haine du peuple russe. «Je veux que nos enfants et nos petits enfants vivent dans un monde libre. Un monde libre en Ukraine, pas à l’extérieur, pas en Europe... La deuxième motivation est la haine des Russes, qui ont tué tant de citoyens ukrainiens» a-t-il déclaré.
Zelensky a salué les plans complètement irresponsables de Macron pour un déploiement direct de troupes terrestres européennes en Ukraine, dirigées contre la Russie. Durant le sommet de Paris, il a déclaré au Figaro: «Nous devons définir nos besoins, savoir qui est prêt à envoyer des troupes, lesquelles, combien, et pour aller où? Combien de pays sont vraiment prêts à le faire? C'est un sujet difficile et important.»
Zelensky a appelé à un vaste engagement de ressources industrielles et financières pour fabriquer des armes en vue d'une guerre totale contre la Russie: «En effet, nous avons moins d'artillerie et de munitions que la Russie. Le Kremlin dispose de drones kamikazes fournis par l'Iran, ainsi que d'artillerie et de missiles produits par la Corée du Nord.»
Il a appelé à financer la guerre en s'emparant illégalement de 300 milliards d'euros de revenus pétroliers russes gelés, détenus dans les banques européennes: «Nous voudrions que les avoirs russes gelés soient utilisés pour équiper notre armée. Une armée ukrainienne renforcée et solide est notre plus grande garantie de sécurité. Nous avons besoin de déploiements de troupes. Et nous avons besoin de défenses aériennes. Les Américains en ont. Nous avons soulevé cette question avec Donald Trump. Mais si les Américains ne fournissent pas ce système, nous devons voir avec les Européens quel équipement similaire ils pourraient livrer pour que nous puissions totalement fermer nos cieux.»
Ces plans d'une nouvelle escalade militaire catastrophique sont très avancés. Alors même que les tensions politiques et militaires s'exacerbent avec les États-Unis, les principales puissances européennes s'engagent sur la voie de la guerre avec la Russie. Elles se sont ralliées aux positions du président polonais Andrzej Duda, un partenaire de négociation clé de Macron dans la préparation du sommet de Paris d'aujourd'hui. L'année dernière, Duda avait appelé à l'éclatement de la Russie en une mosaïque de mini-États ethniques, dont les vastes ressources en pétrole, gaz et minéraux stratégiques pourraient alors être facilement contrôlées et pillées par les puissances de l'OTAN. Il avait déclaré :
La Russie est souvent appelée la prison des nations, et ce pour une bonne raison. Elle abrite plus de 200 groupes ethniques, dont la plupart sont devenus résidents de la Russie à la suite des méthodes utilisées aujourd'hui en Ukraine. La Russie reste aujourd'hui le plus grand empire colonial du monde qui, contrairement aux puissances européennes, n'a jamais connu le processus de décolonisation et n'a jamais été en mesure de faire face aux démons de son passé. Il n'y a plus de place pour le colonialisme dans le monde moderne.
Il faut sonner l'alarme. La poursuite de l'intervention militaire européenne en Ukraine, telle qu'elle est planifiée et préconisée par Macron, fait peser une menace imminente d'escalade militaire, y compris de frappes directes mutuelles de la Russie et de la France, sur les territoires de l'une et de l'autre. Les travailleurs doivent rejeter les plans de guerre avec la Russie et les mesures d'austérité utilisées pour les financer. Ils doivent construire un mouvement qui lie l'opposition à l'austérité sociale à l’opposition socialiste aux guerres des impérialistes européens.