Lançant une nouvelle escalade majeure de sa guerre commerciale, le président américain Donald Trump a signé, mercredi 26 mars 2025, un décret imposant des tarifs douaniers de 25 % sur les importations de toutes les voitures considérées comme fabriquées à l'étranger.
Ces tarifs entreront en vigueur le 2 avril, le jour même où Trump annoncera son programme de «tarifs réciproques», qui devrait notifier des droits de douane visant un large éventail de pays et non seulement des produits spécifiques.
Mercredi prochain marquerait « le début du Jour de la Libération en Amérique », a déclaré Trump lors d'une conférence de presse dans le Bureau ovale, annonçant les tarifs douaniers sur les automobiles et signant le décret pour l'imposer. « Si vous fabriquez votre voiture aux États-Unis, il n'y aura pas de tarifs.»
Il y a eu beaucoup de confusion ces derniers jours sur la question de savoir si les voitures assemblées au Mexique et au Canada pourraient être exemptées en vertu de l'accord de libre-échange de ces deux pays avec les États-Unis. Mais Trump a semblé exclure cette possibilité dans ses remarques lors de sa conférence de presse.
«Ce que nous allons faire, c'est imposer un tarif de 25 % sur toutes les voitures qui ne sont pas fabriquées aux États-Unis.» Il a ajouté que «cela conduirait, pour la plupart des cas, à ce que les voitures soient fabriquées en un seul endroit.»
La nouvelle ordonnance touchera un éventail de pays, à l'exception du Canada et du Mexique, en particulier le Japon et la Corée du Sud.
Selon les estimations de l'industrie automobile, un tarif de 25 % sur les importations en provenance du Mexique et du Canada ajouterait environ 6 000 dollars aux coûts. L'organisation de services industriels Cox Automotive a déclaré que ces tarifs entraîneraient bientôt un ralentissement majeur dans l'industrie, contrairement aux affirmations de Trump selon lesquelles ils inaugureraient un nouvel âge d'or pour l'industrie automobile américaine.
«En fin de compte, c’est la baisse de la production, le resserrement de l'offre et la hausse des prix qui se profilent à l'horizon», a déclaré Jonathan Smoke, économiste en chef de Cox Automotive, au Wall Street Journal.
L'objectif déclaré de Trump de concentrer la production automobile en un seul lieu va totalement à l'encontre du réseau complexe de production qui s'est développé au cours des quatre dernières décennies. Cela signifie qu'il est impossible de déterminer si une voiture a été «fabriquée en Amérique» ou à l'étranger.
Un article du New York Times donne quelques exemples de cette absurdité. Il cite l'exemple d'un SUV Chevrolet assemblé au Mexique avec des moteurs et des transmissions fabriqués aux États-Unis. On peut supposer qu'il s'agit d'une voiture fabriquée à l'étranger.
La berline Nissan Altima est fabriquée dans le Tennessee et le Mississippi, et peut donc être considérée comme américaine. Mais son moteur de deux litres vient du Japon et sa transmission du Canada. Le Toyota RAV4 est importé du Canada, mais 70 % de ses composants, en valeur, sont fabriqués aux États-Unis. Et la liste est encore longue.
Il y a environ 90 ans, alors que les nuages de la guerre s'amoncelaient au milieu de l'escalade des guerres commerciales, Léon Trotsky soulignait que, si les tarifs douaniers et les politiques nationalistes étaient totalement irrationnels d'un point de vue économique, ils suivaient une logique implacable pour ce qui était de préparer la guerre. Ils visaient à concentrer les forces nationales de production pour une économie de guerre. Aujourd'hui, cette logique est à nouveau à l'œuvre.
Outre la perturbation totale de la production automobile dans le réseau complexe États-Unis-Canada-Mexique, les droits de douane vont toucher le Japon, qui est l'un des plus grands exportateurs d'automobiles au monde. Toyota, qui est très impliqué dans la production nord-américaine, est également dans la ligne de mire, tout comme Honda, Nissan, Mazda et Subaru.
Selon un rapport du Times, sur les 2,3 millions de voitures vendues sur le marché américain l'année dernière, Toyota en a fabriqué 1 million en dehors des États-Unis. Ses dirigeants, comme ceux de Nissan et Honda, ont prévenu que les bénéfices seraient considérablement affectés. Les constructeurs automobiles sud-coréens, qui connaissent déjà un ralentissement, seront eux aussi fortement touchés.
Le principal produit d'exportation japonais est l'automobile et, selon les calculs de la société financière Nomura, l'impact sera si important qu'il affectera les chiffres du PIB, entraînant une réduction de la croissance d'environ 0,2 %. Étant donné que la croissance japonaise ne devrait être que d'environ 0,5 % cette année, cela représenterait une réduction de 40 %.
Les exportations de voitures en provenance d'Europe, et en particulier d'Allemagne, prendront un gros coup, l'Union européenne étant sur le point de devenir une cible privilégiée dans la guerre des «tarifs réciproques» lancée par Trump, qui doit être annoncée mercredi prochain.
Lors de sa conférence de presse sur l'automobile, Trump a également averti que des tarifs sur le bois d'œuvre étaient également en préparation et que des «tarifs réciproques» engloberaient «tous les pays» et pas seulement les «15 mauvais sujets», les principaux exportateurs vers les États-Unis, présentés par le secrétaire au Trésor Scott Bessent.
L'un des principaux objectifs est l'Union européenne, que Trump a déclaré avoir été créée pour «arnaquer» les États-Unis.
Mardi, le principal négociateur commercial de l'UE, Maroš Šefčovič, a passé une journée à Washington pour tenter d'obtenir un sursis de dernière minute ; il a rencontré le secrétaire au Commerce Howard Lutnick, le représentant des États-Unis pour le commerce extérieur Jamieson Greer et Kevin Hassett, directeur du Conseil économique national. Il est reparti les mains vides.
Selon un article du Financial Times, «des responsables de l'UE ont déclaré que la partie américaine était inflexible dans sa détermination à appliquer des tarifs et implacable dans ses critiques de la politique commerciale de l'UE dans les réunions.»
Ils n’auraient de toute façon pas pu offrir grand chose de concret, car le dernier mot décisif est prononcé par Trump.
L’article du Financial Times indique que le commissaire européen au Commerce a indiqué qu'il pensait que les droits de douane seraient «de l'ordre de 20 %» et qu'ils seraient «dévastateurs» pour l'Union européenne.
Šefčovič a même essayé de jouer la carte anti-chinoise, reconnaissant que Pékin était la prinicpale cible du régime Trump. Il a cherché à convaincre les responsables américains qu'ils avaient un intérêt mutuel à se réindustrialiser pour défendre les marchés contre les importations chinoises. Mais cela non plus n'a servi à rien.
L'Union européenne a préparé une série de contre-mesures pour réagir à ce qui sera annoncé le 2 avril. Cela viendra s'ajouter aux mesures d'une valeur de 26 milliards d'euros, dirigées contre les exportations américaines, en réaction à l'imposition de droits de douane de 25 % sur l'acier et l'aluminium qui entreront en vigueur le 12 avril.
Les responsables de l'UE ont déclaré que les États-Unis n'allaient pas changer de politique et que la justification pour les tarifs douaniers n'était pas claire.
Il reste à déterminer quel outil juridique Washington utilisera pour les imposer. Mais cela ne constituera pas un obstacle pour l'administration Trump, pour qui le synonyme est «le non-droit».
(Article paru en anglais le 26 mars 2025)