Perspective

Les grèves des infirmières américaines et l'appel à la grève générale contre Trump : comment les travailleurs doivent se préparer

Grève des infirmières à New York, le mardi 3 février 2026

Un puissant mouvement d'opposition se développe aux États-Unis contre l'administration Trump. Les manifestations de masse suite aux meurtres d'Alex Pretti et de Renée Nicole Good à Minneapolis ont lancé l’appel à la grève générale. Ce mouvement préfigure l'entrée en lice de la classe ouvrière américaine dans des luttes historiques.

Actuellement, 31 000 infirmières de l’établissement Kaiser sur la côte ouest et 15 000 à New York sont en grève. Chez Kaiser, 3 000 techniciens et pharmaciens devraient se joindre au mouvement. Ces grèves bénéficient d'un large soutien, alimenté par la prise de conscience que les travailleurs sont confrontés à une oligarchie dont les intérêts sociaux parasitaires sont au cœur de la crise.

Les grèves prennent de l'ampleur, s'intensifient et se prolongent. À New York, le mouvement se poursuit après trois semaines malgré les menaces de licenciements collectifs. La direction recrute ouvertement des briseurs de grève depuis la mi-février. Au Brooklyn Hospital Center – l'un des nombreux établissements où la bureaucratie syndicale empêche les infirmières, qui sont sans convention collective, de faire grève – la direction a unilatéralement coupé la couverture santé, privant ainsi les infirmières des soins qu'elles prodiguent elles-mêmes aux patients.

Les infirmières sont en première ligne de la guerre que mène la classe dirigeante contre la société. Elles subissent les conséquences du refus du gouvernement de mettre en œuvre des mesures de santé publique pendant la pandémie – des décisions prises pour protéger les profits des grands trusts. Aujourd'hui, le pays est encore moins préparé qu'auparavant. On estime à 260 millions le nombre d'Américains ayant été infectés par la COVID-19 l'an dernier. Les États-Unis sont également sur le point de perdre leur statut d'élimination de la rougeole, avec l’apparition de foyers épidémiques dans les camps de détention de l'ICE.

D'autres forces de la classe ouvrière veulent aussi entrer en lutte :

  • Jeudi, 40 000 étudiants de troisième cycle répartis sur les 10 campus de l'Université de Californie entament un vote d'autorisation de grève.
  • Dimanche, les conventions collectives de 30 000 employés des raffineries de pétrole, responsables des deux tiers de la capacité de raffinage américaine, ont expiré.
  • Les conventions collectives sont expirées pour la plupart des grands districts scolaires de Californie, et des grèves ont déjà été autorisées à San Francisco et à Los Angeles.
  • Un important contrat de travail couvrant 30 000 travailleurs du syndicat de l'alimentation et du commerce (UFCW) chez Stop & Shop arrive à échéance ce mois-ci.
  • Les négociations pour la prochaine convention collective des postiers débutent ce mois-ci. Le 22 février, des manifestations sont prévues contre les coupes budgétaires fatales qui ont déjà coûté la vie à des employés des services postaux.
  • Tout au long de l'année, les conventions collectives de centaines de milliers d'employés du secteur public de la ville de New York arriveront à échéance, notamment ceux des employés du métro en mai.
  • Et le 1er septembre, les contrats de travail de 25 000 métallurgistes arrivent à échéance.

Un changement majeur est en cours, qui touche de plus en plus profondément les rangs de la classe ouvrière. Après plus de quatre décennies de luttes réprimées – suite aux trahisons et aux défaites des années 1980 – la classe ouvrière américaine commence à se mobiliser de nouveau.

La crise la plus profonde de l'histoire du capitalisme américain – et, de fait, mondial – pousse les travailleurs à la lutte. La classe ouvrière du XXIe siècle est bien plus nombreuse, plus connectée à l'échelle internationale et objectivement plus puissante qu'à aucune autre époque de l'histoire.

Le mouvement contre Trump et la dictature doit s'ancrer dans la force sociale de la classe ouvrière. Les grèves en cours doivent être soutenues, amplifiées et unifiées dans tous les secteurs. Le mouvement de protestation doit développer une orientation explicitement de classe et anticapitaliste, visant à mobiliser l'immense force économique de la classe ouvrière. Il doit s'affirmer comme la force motrice de la lutte contre la dictature, en ralliant à sa cause les étudiants et de larges pans de la classe moyenne qui entrent aussi en lutte.

Cela implique de conjuguer la lutte contre la dictature et la guerre avec la défense des intérêts économiques et sociaux de la classe ouvrière. La reconnaissance du lien organique entre l'atteinte aux droits démocratiques perpétrée par l'administration Trump et la domination de la société par une oligarchie financière et patronale doit constituer le fondement de la stratégie politique de la classe ouvrière.

L'Alliance ouvrière internationale des comités de base (acronyme anglais IWA-RFC) vise à développer l'initiative indépendante des travailleurs en encourageant la création d'un réseau de comités de base à travers le pays. Composés de représentants de confiance issus de la base, ces comités permettront aux travailleurs de partager des informations, d'élaborer des stratégies et de coordonner leurs actions dans les différentes usines et lieux de travail.

Un élément essentiel de ces comités est leur indépendance vis-à-vis de toutes les forces qui cherchent à faire dérailler ou à réprimer le mouvement naissant. Tout en affichant leur soutien lors des manifestations, les responsables démocrates œuvrent en coulisses pour contenir et désamorcer l'opposition. En tant que parti de Wall Street, leur principale crainte est que l'opposition à Trump dégénère en un soulèvement social de masse qu'aucun des deux partis ne pourrait maitriser.

C’est pourquoi les démocrates ont voté pour le maintien du financement du département de la Sécurité intérieure et de l’ICE, ces mêmes agences qui se livrent à la répression et aux meurtres d’État.

Il est également nécessaire de s'affranchir des figures dites de « gauche » au sein et autour du Parti démocrate, promues pour instrumentaliser et contenir l'opposition sociale. Zohran Mamdani a été élu maire de New York sur la base de son « socialisme » autoproclamé, mais il a consacré son temps à rassurer Wall Street et même à rencontrer Trump à la Maison-Blanche dans le but de trouver un « terrain d'entente ».

Si Mamdani a initialement fait des apparitions sur les piquets de grève des infirmières pour améliorer son image, il est resté silencieux face aux menaces répétées de licenciement des infirmières et à la prolongation des pouvoirs d'urgence anti-grève par la gouverneure Hochul.

L'IWA-RFC cherche à donner aux travailleurs les moyens de contrer le sabotage mené délibérément par la bureaucratie syndicale. Face à la multiplication des appels à la grève générale, les responsables syndicaux réagissent avec crainte et hostilité, car un tel mouvement menacerait leurs intérêts financiers, notamment leurs milliards de dollars d'actifs et leurs liens étroits avec le grand patronat et l'État.

En réaction aux meurtres commis par l'ICE à Minneapolis, le syndicat United Auto Workers (UAW) a publié une déclaration reconnaissant que « notre liberté de grève, ou de manifester pour obtenir une vie meilleure, pourrait être menacée à nouveau ». Mais cette déclaration n'est accompagnée d'aucune action concrète. En réalité, la bureaucratie de l'UAW, qui soutient le nationalisme économique de Trump, joue un rôle clé dans la répression du droit même qu'elle prétend défendre.

À Minneapolis, les syndicats exigent que les travailleurs continuent de respecter les clauses de non-grève inscrites dans les conventions collectives depuis des décennies, même face à la menace fasciste. À Chicago, le syndicat des enseignants a appelé à des manifestations après les cours devant les magasins locaux de Target, tout en censurant activement les commentaires Facebook de ses membres appelant à la grève.

L’attitude dominante au sein des bureaucraties syndicales se résume à la phrase tristement célèbre adoptée par un syndicat d’enseignants de San Diego : « Obéissez maintenant, pleurez plus tard. » Autrement dit, soumettez-vous maintenant, ne luttez jamais.

À New York, l'Association des infirmières de l'État de New York (NYSNA) a délibérément limité la grève à seulement 4 des 15 établissements, annulant les débrayages dans les autres sans avoir obtenu d'entente. Chez Kaiser Permanente, le syndicat UNAC/UHCP se préoccupe principalement de préserver le partenariat patronat-syndicat, un système corporatiste qui a permis l’afflux de millions de dollars dans les caisses syndicales.

L’appareil syndical est intégré au système politique et patronal et soutient le même programme nationaliste de « l’Amérique d’abord » prôné par Trump et les démocrates. Pour se libérer de cette emprise, les travailleurs doivent rejeter ce poison et s’unir aux travailleurs immigrés et aux travailleurs du monde entier contre les inégalités, la guerre et la dictature.

Les grèves et les manifestations qui éclatent actuellement dans tout le pays sont motivées non seulement par des problèmes contractuels précis, mais aussi par une colère profonde et grandissante face à des niveaux intolérables d'exploitation et d'inégalités. Une minuscule oligarchie financière possède des richesses colossales tandis que les travailleurs sont contraints de choisir entre se nourrir et se loger.

L'IWA-RFC encourage la mise en place de comités capables de briser l'emprise des bureaucraties, de transférer le pouvoir à la base et d'établir un véritable pouvoir décisionnel démocratique.

Un tel mouvement doit s'attaquer non seulement aux grandes entreprises, mais aussi au système politique qui les protège. La classe ouvrière ne peut défendre ses intérêts dans le cadre de ce système corrompu. Elle doit se doter d'une nouvelle direction politique et lutter pour réorganiser la société en s'appuyant sur l'égalité et les besoins humains, et non sur le profit.

Cela signifie s'attaquer aux fondements du pouvoir capitaliste. La lutte pour le pouvoir des travailleurs est indissociable de la lutte pour exproprier les milliardaires et placer l'économie sous le contrôle démocratique de la classe ouvrière. Les fortunes de personnalités comme Elon Musk et Jeff Bezos – piliers de la droite fasciste et profiteurs de l'exploitation de masse – doivent être saisies et utilisées pour financer la santé, l'éducation, le logement et l'emploi.

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