Perspective

La lutte des classes aux États-Unis : des grèves importantes éclatent à travers le pays

Des enseignants, des élèves et des sympathisants manifestent devant le lycée Mission High School à San Francisco, le lundi 9 février 2026. [AP Photo/Jeff Chiu]

Le premier mois de 2026 a été marqué par l'éclatement de luttes sociales majeures aux États-Unis, à commencer par les manifestations de masse contre la dictature et les meurtres commis par l'ICE. L'opposition prend désormais de plus en plus un caractère de classe, avec l'émergence d'un mouvement de grève en plein essor.

Lundi, 6400 enseignants de San Francisco se sont mis en grève. Dans une ville où les coûts du logement ont atteint des niveaux inabordables en raison des dépenses des milliardaires du secteur technologique, les enseignants réclament des augmentations salariales, des limites applicables en matière d'effectifs par classe et de dotation en personnel, ainsi qu'une augmentation des financements. Ils font grève alors que les lycéens, bravant les menaces des administrateurs scolaires, des politiciens et des bureaucrates syndicaux enseignants, se mettent en grève dans tout le pays pour s'opposer aux attaques contre les immigrants.

À Los Angeles, des dizaines de milliers d'enseignants ont voté en faveur d'une grève pour les mêmes raisons, tandis que 40 000 étudiants diplômés de l'université de Californie votent actuellement pour autoriser une autre grève.

Lundi également, 4000 employés de pharmacies et de laboratoires se sont joints à la grève en cours de 31 000 infirmières et autres travailleurs de la santé de Kaiser Permanente, qui entre maintenant dans sa troisième semaine, contre les coupes budgétaires dans les soins de santé motivées par le profit. Il est significatif que le même jour, les syndicats de New York aient décidé de trahir une grève d'un mois menée par 15 000 infirmières de la ville de New York, précisément en raison de l'émergence potentielle d'un mouvement national des travailleurs de la santé.

Le militantisme grandissant des travailleurs des raffineries alimente l'opposition à une nouvelle convention collective qui est loin de répondre aux revendications en matière d'augmentation des salaires et de sécurité de l'emploi. Des dizaines de milliers de travailleurs chez UPS, Amazon, dans l'industrie automobile et ailleurs luttent également contre les licenciements collectifs.

Ces luttes sont motivées par l'inflation, la détérioration du niveau de vie, la destruction d'emplois et la violence généralisée de l'élite financière et patronale contre tous les droits des travailleurs. La répression de la résistance organisée par la bureaucratie syndicale a créé une situation dans laquelle des décennies de tensions sociales refoulées éclatent aujourd'hui au grand jour.

Ce mouvement doit trouver de nouveaux canaux. L'ampleur et la durée de plus en plus importantes des grèves reflètent la difficulté croissante pour l'appareil syndical d’étouffer la résistance organisée, un rôle qu'il joue depuis des décennies.

Mais la bureaucratie fait tout ce qu'elle peut pour perturber et isoler cette résistance. Ses salaires à six chiffres, ses milliards en actifs provenant des cotisations des travailleurs et son accès à la direction et aux politiciens bourgeois dépendent tous de sa capacité à remplir cette fonction.

La rémunération de Becky Pringle, présidente de la National Education Association (NEA), l'organisation mère du syndicat en grève en Californie, s'élève à près de 500 000 dollars. Le président de l'United Steelworkers (USW), David McCall, touche 250 000 dollars, et le président de l'UAW, Shawn Fain, est payé 270 000 dollars. Ces responsables dirigent des appareils qui possèdent des milliards de dollars, utilisés pour financer toute une couche de bureaucrates dont les intérêts sont hostiles à ceux des travailleurs de la base.

En réponse aux manifestations de masse contre les meurtres commis par l'ICE, les bureaucrates syndicaux se sont opposés à la participation à une grève générale à Minneapolis, invoquant cyniquement les clauses de « non-grève » qu'ils ont eux-mêmes insérées dans les contrats. Leur point de vue a été résumé par une injonction des responsables du syndicat des enseignants de San Diego, en réponse au soutien croissant des enseignants de la base pour une grève : « Obéissez maintenant. Vous vous plaindrez plus tard. »

En Californie, la California Teachers Association (CTA) a maintenu la plupart des grands districts au travail pendant des mois sous le slogan hypocrite «We Can't Wait » (Nous ne pouvons pas attendre). À New York, la New York State Nurses Association (NYSNA) a répondu à la prolongation de la grève chez Kaiser Permanente en annonçant un accord de capitulation qui ne répondait à aucune des revendications des infirmières. Elle organise des votes de ratification précipités qui mettraient fin à la grève dans trois hôpitaux, tout en isolant les infirmières d'un autre hôpital, le New York-Presbyterian. Cette décision a « enragé » les infirmières, comme l'a déclaré l'une des grévistes.

Le syndicat United Steelworkers, qui se vantait en 2022 que la dernière convention collective luttait contre l'inflation en limitant les augmentations salariales, tente aujourd'hui d'imposer un accord national qui isolerait les travailleurs de la raffinerie BP de Whiting, dans l'Indiana. Ce contrat est également un contrat de guerre, négocié entre la guerre menée par Trump pour s'emparer du pétrole au Venezuela et la prochaine guerre actuellement planifiée contre l'Iran.

La bureaucratie tente d'empêcher toute rupture avec l'emprise du Parti démocrate, qui est plus terrifié par un mouvement de masse que par le fascisme et qui met en œuvre des mesures d'austérité au niveau local et national.

En Californie, les enseignants s'opposent directement au Parti démocrate, qui dirige le gouvernement au niveau de l'État et au niveau local. À New York, la gouverneure Kathy Hochul a répondu à la grève des infirmières en émettant des ordonnances d'urgence pour aider à faire venir des briseurs de grève. La police de New York (NYPD), sous l'administration du maire soi-disant socialiste démocrate Zohran Mamdani, a arrêté plus d'une douzaine d'infirmières en grève lors d'une manifestation la semaine dernière. L’entente de trahison a été négociée par Mamdani et l'ancienne secrétaire au Travail de Biden, Julie Su, que Mamdani avait nommée à son administration municipale.

Dans un discours prononcé lundi lors de la conférence du soi-disant « programme d'action communautaire » de l'United Auto Workers, qui était en réalité une réunion avec les responsables du Parti démocrate, le président du syndicat Shawn Fain a averti que « le fascisme est à nos portes », déclarant : « Si vous pensez que cela ne peut pas vous arriver, vous vous trompez. Si vous pensez que cela ne peut pas arriver sur un piquet de grève de l'UAW, vous délirez. »

Pourtant, il n'a proposé aucune action. Les mots « grève générale » n'ont été prononcés qu'une seule fois par une personne dans le public. Au lieu de cela, Fain a évoqué les élections de mi-mandat de 2026 – élections que Trump se prépare ouvertement à annuler ou à mener sous la menace des armes – et 2028, date à laquelle les contrats de trahison de l'UAW expireront, promettant vaguement que « nous ferons tout ce qu'il faudra faire » dans plus de deux ans, alors qu'il sera trop tard. Son choix de mots abandonne discrètement la rhétorique antérieure sur le soutien à une grève générale, même dans un avenir lointain.

Fain a déclaré de manière inquiétante : « Nous ne sommes ni démocrates ni républicains », non pas pour plaider en faveur d'une rupture avec le système bipartite, mais pour signaler la volonté du syndicat de collaborer avec des fascistes déclarés ainsi qu'avec les démocrates. L'UAW est l'un des nombreux syndicats qui cultivent des liens avec Trump, soutenant son nationalisme économique fasciste de type « Amérique d’abord » tout en se préparant à soutenir des personnalités anti-immigrés, racistes et populistes de droite telles que Dan Osborn dans le Nebraska.

À mesure que la lutte des classes continue de s'intensifier, la bureaucratie tentera de plus en plus ouvertement et sans vergogne de la saboter. Les travailleurs ont donc besoin de moyens pour lutter contre ce sabotage, s'unir à l'échelle nationale et internationale et établir leur indépendance et leur initiative politiques.

L'Alliance ouvrière internationale des comités de base (IWA-RFC) exhorte les travailleurs à former un réseau de comités, composés de militants de confiance issus des ateliers, afin de discuter de la stratégie et de préparer des actions communes au-delà des divisions artificielles entre industries, régions et nations. L'appareil bureaucratique qui existe pour étouffer la lutte des classes doit être aboli, et le pouvoir doit être transféré à la base. De tels comités donneront aux travailleurs le pouvoir de s'opposer aux trahisons et d'annuler les décisions qui violent la volonté des membres.

À New York, par exemple, le Comité de base des infirmières de New York se bat pour l’élargissement de la grève à l'ensemble des 15 établissements représentés par la NYSNA et pour l'octroi d'une indemnité de grève afin que les infirmières puissent poursuivre leur lutte pour des effectifs suffisants et des salaires décents. Il exhorte les infirmières à lancer un appel aux travailleurs de la santé de tout le pays, chez Kaiser et ailleurs, afin qu'ils s'allient à des sections plus larges de la classe ouvrière, et non aux politiciens démocrates.

Dans le même temps, l'IWA-RFC appelle les travailleurs des raffineries de pétrole à rejeter le dernier contrat national de capitulation imposé par le syndicat United Steelworkers, qui isole les travailleurs de BP. Ils ne doivent pas permettre qu'un autre contrat de guerre leur soit imposé sous la pression de l'escalade du militarisme et du nationalisme énergétique.

Les comités de base doivent rassembler l'ensemble de la classe ouvrière, et pas seulement les membres des syndicats, afin de préparer le terrain pour une grève générale. Ils sont basés sur une stratégie de lutte des classes et d'unité internationale de la classe ouvrière, indépendamment de la nationalité, de l’origine ethnique ou du statut d'immigrant. Les comités doivent devenir des centres d'organisation de l'opposition de la classe ouvrière aux rafles d'immigrants et autres mesures policières dans les lieux de travail et les quartiers.

Un mouvement de masse est en train de naître. Son issue dépendra de la capacité des travailleurs à se libérer de l'emprise de la bureaucratie syndicale et à intervenir en tant que force sociale indépendante.

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