Le gouvernement libéral exige un massacre des emplois à Postes Canada, alors que les travailleurs s'apprêtent à voter sur des conventions collectives truffées de concessions

Les travailleurs postaux qui souhaitent discuter de la suite de leur lutte et dire ce qu’ils pensent des ententes de principe peuvent contacter le Comité de base des travailleurs des postes à l'adresse canadapostworkersrfc@gmail.com ou en remplissant le formulaire figurant à la fin de cet article.

Un employé de Postes Canada se rend à son camion à Richmond, en Colombie-Britannique. [AP Photo/Ted S. Warren]

Postes Canada a confirmé la semaine dernière que, sur ordre du gouvernement libéral dirigé par Mark Carney, elle allait de l'avant avec des « consultations » sur la mise en œuvre d'un plan de restructuration de grande envergure. Dictée par le gouvernement libéral fédéral, la transformation du service postal en un employeur de type Amazon composé d’emplois précaires entraînera la suppression de dizaines de milliers d'emplois.

Cette annonce marque une escalade décisive dans les efforts de la classe dirigeante pour transformer la société d'État en une opération logistique hyper-exploitante et axée sur le profit. Leur objectif est d'utiliser la restructuration de Postes Canada comme fer de lance d'un assaut plus large contre les travailleurs du secteur public et la classe ouvrière dans son ensemble.

Les reportages indiquent que le gouvernement a déjà autorisé la mise en œuvre des propositions de restructuration initiales dévoilées en septembre 2025 et a ordonné à Postes Canada de revenir dans un délai de 45 jours avec une nouvelle série de mesures de «transformation». Cela met en place un processus continu de coupes et de restructurations, dicté directement par le gouvernement libéral pro-patronal, dans lequel une vague d'attaques en prépare une autre.

Derrière les demandes de «modernisation» et de «stabilisation financière», les mesures décrites en septembre dernier et maintenant mises en œuvre impliquent un programme de dévastation sociale : l'élimination de la livraison du courrier à domicile, la fermeture ou la vente des bureaux de poste ruraux et suburbains, l'abandon de la norme de livraison de cinq jours, le transfert du courrier non urgent du transport aérien vers un transport terrestre plus lent, et l'expansion du travail précaire des colis le week-end. Ces mesures détruiront Postes Canada en tant que service public universel et transformeront les travailleurs qui resteront en une main-d'œuvre précaire et mal payée.

Les consultations obligatoires, qui doivent commencer avec le Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes (STTP) et s'étendre ensuite aux dirigeants municipaux et aux autres «intervenants», sont une escroquerie. Les décisions essentielles ont déjà été prises à huis clos par la direction de Postes Canada et le gouvernement fédéral. Le plan de restructuration de la direction, soumis à Ottawa à la fin de l'année dernière, reste caché aux travailleurs et au public. Même les «partenaires» corporatistes de la direction de la bureaucratie syndicale n'ont pas eu accès au plan secret élaboré par la direction et le gouvernement. Sa mise en œuvre nécessitera le démantèlement de l'actuel Protocole du service postal canadien, qui impose la livraison universelle de porte à porte.

Le député libéral Joël Lightbound, ministre fédéral responsable de Postes Canada, a expressément ordonné à la société d'imposer «une série de mesures visant à stabiliser les finances de la Société et à permettre sa modernisation». En pratique, cela signifie que Postes Canada doit rapidement redevenir rentable, un objectif partagé par la bureaucratie syndicale.

Ian Lee, ancien dirigeant de Postes Canada et professeur de gestion à l'université de Carleton, a insisté à plusieurs reprises sur la nécessité de supprimer jusqu'à 40 000 emplois, sur les quelque 55 000 employés actuels. Cela réduirait la main-d'œuvre à une opération squelettique axée sur la livraison en milieu rural et dans les régions éloignées. Les pertes déclarées de Postes Canada, qui s'élèvent à plus de 5 milliards de dollars depuis 2018, sont cyniquement invoquées pour justifier cette contre-révolution sociale, alors même que le gouvernement de l'ancien banquier central, le premier ministre Mark Carney, prodigue des dizaines de milliards à l'armée, aux subventions aux entreprises et aux réductions d'impôts.

La dernière annonce du gouvernement intervient alors que les postiers se préparent à voter, entre le 20 avril et le 30 mai, sur des reculs contractuels qui ouvriront la voie à l'imposition du plan de restructuration. Ils voteront en même temps sur la grève.

Comme l'explique le World Socialist Web Site, les deux accords couvrant les unités urbaines, rurales et suburbaines – approuvés par une majorité du comité de négociation du STTP – acceptent les principales demandes de la direction en matière de «flexibilité», d'augmentation du travail à temps partiel et le week-end, de salaires inférieurs à l'inflation et d'érosion des protections de longue date. En substance, il s'agit d'un cadre visant à démanteler la sécurité de l'emploi postal à temps plein et à aligner les conditions de travail sur les exigences de la restructuration.

Une faction minoritaire au sein de la direction du syndicat, dirigée par Jan Simpson, présidente du STTP, s'est opposée à l'accord en appelant à voter «non». Cette manœuvre est une tentative transparente d'éloigner la bureaucratie des conséquences d'une capitulation qu'elle a elle-même facilitée. Depuis plus de deux ans, Simpson dirige le STTP qui a confiné l'opposition des travailleurs de la base dans le carcan du système de «négociation collective». Elle a supervisé le sabotage de deux grèves nationales, surtout en isolant systématiquement les postiers sur le piquet de grève en refusant d'appeler à une mobilisation plus large de la classe ouvrière pour défendre les services publics et les droits des travailleurs.

Dans une déclaration du 30 mars, Simpson s'est plaint : «Ce n'est pas le bon moment pour consulter [...] Cette dernière démarche de Postes Canada et du gouvernement est encore une fois une tentative de faire dérailler notre processus de négociation.» Cette déclaration occulte délibérément le fait que c'est le diktat de restructuration du gouvernement qui détermine le contenu et l'issue des «négociations». Les conventions collectives n'offrent pas de solution à la restructuration, mais bien les moyens par lesquels la bureaucratie syndicale peut contribuer à sa mise en œuvre. Au lieu de cela, elle a lancé un appel au gouvernement même qui orchestre l'attaque pour qu'il procède à un «examen complet du mandat public». Tout ce que cela permettrait de faire, c'est de donner une certaine légitimité «démocratique» à des décisions déjà prises en coulisses dans l'intérêt du patronat canadien.

En insistant pour que les travailleurs restent confinés dans le cadre de la «négociation collective» pro-employeur, la bureaucratie du STTP bloque toute lutte contre ce qui est fondamentalement une offensive politique du gouvernement libéral. S'opposer à la destruction de Postes Canada nécessite une lutte politique contre le programme d'austérité et de guerre du gouvernement, une lutte à laquelle s’oppose l'appareil syndical.

Le gouvernement et la direction ont clairement indiqué qu'ils poursuivraient la restructuration, quels que soient les résultats de l'examen ou du vote sur les conventions collectives. Les accords sont conçus pour garantir la paix sociale et imposer les concessions initiales nécessaires au plan de transformation. Un vote négatif combiné à un mandat de grève, bien que nécessaire, n'arrêtera pas l'assaut du gouvernement et de la direction.

Les travailleurs postaux ont déjà démontré leur volonté de se battre. En 2024, ils ont mené des grèves pendant la période de pointe des livraisons et ont organisé un débrayage spontané à l'échelle nationale l'année dernière, défiant l'intervention du gouvernement et la collaboration corporatiste de la bureaucratie syndicale. Ces luttes ont été systématiquement isolées et étouffées par l'appareil syndical, qui fonctionne comme une police du travail subordonnée au gouvernement et à la direction de l'entreprise et qui ne cherche qu'à obtenir un «siège à la table de négociations».

La lutte pour la défense des emplois et des services postaux publics ne peut être menée dans le cadre de la négociation collective pro-employeur ou sous la direction de la bureaucratie du STTP. Les travailleurs doivent voter «non» aux dernières ententes truffées de reculs et «oui» à l'autorisation de grève. Mais ces étapes nécessaires ne permettront d'avancer que si les travailleurs se battent pour une perspective entièrement nouvelle basée sur la mobilisation de tous les travailleurs contre la destruction des services publics, des emplois et des conditions de travail.

L'assaut du gouvernement Carney contre les travailleurs du secteur public s'accélère. Il a publié des milliers d'avis de licenciement dans les ministères fédéraux, notamment dans les secteurs de la santé et de la recherche scientifique, tout en préparant des augmentations massives des dépenses militaires et du financement aux entreprises. L'attaque contre les postiers est un test pour le démantèlement des services publics dans leur ensemble.

Ce programme est mené avec le soutien total de la bureaucratie syndicale qui, depuis des décennies, poursuit un «partenariat» avec le gouvernement et les intérêts des entreprises. Dans tous les secteurs, les syndicats imposent des reculs et étouffent la résistance au nom de la «compétitivité» et de la «responsabilité fiscale». Sous la bannière d’« Équipe Canada », ils opposent également les travailleurs canadiens à leurs frères et sœurs de classe aux États-Unis, où les travailleurs sont confrontés aux mêmes attaques contre leurs droits démocratiques et sociaux aux mains de l'administration fasciste de Trump.

Les travailleurs doivent prendre les choses en main. Ils peuvent le faire en créant des sections du Comité de base des travailleurs des postes (CBTP) dans chaque bureau de poste, dépôt et centre de tri du Canada. Établi en 2024, le CBTP fournit les moyens d'unir les travailleurs dans tous les lieux de travail, de briser le black-out sur l'information imposé par le STTP et Postes Canada, et d'élaborer une stratégie indépendante commune.

En réponse à l'opération de démolition de Carney, la revendication centrale doit être la transformation de Postes Canada sous le contrôle démocratique des travailleurs en un véritable service public, géré pour répondre aux besoins sociaux et non au profit. Cela signifie qu'il faut défendre la livraison universelle de porte à porte, étendre les services et garantir des emplois sûrs et bien rémunérés. Les progrès technologiques doivent être utilisés pour améliorer les conditions de travail et le service, et non pour supprimer des emplois.

Les postiers ne peuvent pas lutter seuls. Leur lutte doit être liée à celle des travailleurs à travers le Canada et au niveau international, y compris les travailleurs des postes et de la logistique confrontés à des attaques similaires. Cela nécessite une rupture consciente avec les politiques nationalistes et pro-capitalistes et l'adoption d'une perspective socialiste internationale.

La destruction de Postes Canada en tant que service public n'est pas inévitable. Les ressources existent pour développer les services postaux et garantir des emplois sûrs. Ce qui fait obstacle, c'est la subordination de la société au profit privé et aux intérêts d'une oligarchie financière.

(Article paru en anglais le 8 avril 2026)

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