Le Commandement central américain a annoncé dimanche que des navires de guerre américains commenceraient à bloquer tout trafic maritime entrant ou sortant des ports iraniens lundi à 10 h, heure de l'Est. Les destroyers lance-missiles USS Michael Murphy et USS Frank E. Petersen Jr. sont entrés dans le détroit d'Ormuz samedi.
Ce blocus fait suite à 21 heures de négociations à Islamabad entre le vice-président J.D. Vance et le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf – la rencontre en face à face au plus haut niveau entre des responsables américains et iraniens depuis la révolution de 1979. L'Iran a refusé les exigences américaines qui l'auraient de facto réduit à un protectorat colonial : le démantèlement de toutes les installations d'enrichissement nucléaire, la remise de près de 450 kg d'uranium enrichi, le retrait du soutien au Hezbollah et au Hamas et la réouverture inconditionnelle du détroit d'Ormuz. Vance a qualifié la proposition américaine de « notre dernière et meilleure offre » et est parti sans programmer de nouvelles négociations.
Le président américain Donald Trump a annoncé le blocus dimanche dernier sur Truth Social, déclarant : « Avec effet immédiat, la marine américaine, la meilleure du monde, entame le BLOCUS de tous les navires tentant d'entrer ou de sortir du détroit d'Ormuz.» Il a qualifié le contrôle iranien de cette voie maritime d'« EXTORSION MONDIALE » et a ordonné à la marine de « rechercher et d'intercepter tout navire se trouvant dans les eaux internationales et ayant payé un droit de passage à l'Iran. »
Trump a ajouté : « Tout Iranien qui tire sur nous ou sur des navires pacifiques sera RÉDUIT EN CENDRES ! » Il a conclu : « Notre armée anéantira le peu qui reste de l'Iran ! »
Lors d'une interview sur Fox News dimanche, Trump a menacé de détruire les infrastructures civiles iraniennes restantes. « Il ne reste plus que leur eau, et ce serait dévastateur de la détruire », a-t-il déclaré. « Je détesterais en arriver là, mais il s'agit de leur eau, de leurs usines de dessalement, de leurs centrales électriques, qui sont très faciles à atteindre. »
Le 1er avril, Trump a prononcé un discours à heure de grande écoute promettant de renvoyer l'Iran « à l'âge de pierre » et a menacé de détruire «chacune de leurs centrales électriques ». Le dimanche de Pâques, il a publié un message menaçant truffé d'insultes, signé « Gloire à Allah ». Le 7 avril, Trump a annoncé un cessez-le-feu de deux semaines négocié par le Pakistan. Ce cessez-le-feu a duré cinq jours.
Le prix du pétrole a dépassé les 100 dollars le baril suite à l'annonce du blocus. Les contrats à terme sur le Dow Jones ont chuté de 517 points. Le prix de l'essence s'établit à 4,13 dollars le gallon aux États-Unis, soit une hausse de 38 % depuis le 28 février, cinq États affichant un prix supérieur à 5 dollars. Plus de 600 navires sont toujours bloqués dans le golfe Persique. Goldman Sachs a qualifié la fermeture du détroit de « plus important choc d'approvisionnement pétrolier de l'histoire » et a relevé à 30 % la probabilité d'une récession aux États-Unis. Les Philippines ont déclaré l'état d'urgence énergétique nationale. Un tiers de l'approvisionnement mondial en engrais transite habituellement par le détroit ; le prix de l'urée a bondi de 32 % en une seule semaine.
Le détroit mesure 34 kilomètres de large à son point le plus étroit. La voie de navigation fait 3,2 kilomètres de large dans chaque sens. Le littoral iranien bordant le détroit est jalonné de batteries de missiles antinavires, d'artillerie côtière et de bases de lancement de drones. L'Iran possède entre 5 000 et 6 000 mines marines et affirme « ne plus connaitre » leur emplacement. Plus de 60 % de ses vedettes rapides sont encore en service.
Les navires de guerre américains opérant à courte portée dans ce détroit sont exposés aux tirs de missiles et de drones provenant des côtes iraniennes et des îles contrôlées par l'Iran. Tout échange de tirs – tir de sommation, explosion de mine, frappe de drone contre un destroyer – entraînerait des pertes militaires américaines importantes et créerait les conditions d'une escalade majeure du conflit. Treize militaires américains ont été tués depuis le 28 février. La perte d'un navire de guerre ou un massacre de marins bouleverseraient du jour au lendemain la dynamique politique du conflit.
Ces six dernières semaines, des personnalités politiques américaines de premier plan ont appelé à une invasion terrestre de l'Iran, incluant la prise de l'île de Kharg, par laquelle transitent 90 % des exportations de pétrole iranien. Des Marines de trois unités expéditionnaires et une brigade de combat de la 82e division aéroportée sont arrivés dans le golfe Persique ou sont en route. Plus de 50 000 militaires américains sont déployés dans la région.
Les Gardiens de la révolution iraniens ont averti dimanche que tout navire militaire s'approchant du détroit, « sous quelque prétexte que ce soit », serait considéré comme une violation du cessez-le-feu et s'exposerait à une « riposte sévère ». Mohsen Rezaei, conseiller principal du Guide suprême Mojtaba Khamenei, a déclaré que l'Iran disposait de « moyens importants et intacts » pour contrer tout blocus.
Le ministre des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a écrit dimanche sur X que l'Iran avait « collaboré de bonne foi avec les États-Unis pour mettre fin à la guerre. Mais alors que nous étions à deux doigts de signer le “Mémorandum d'accord d'Islamabad” – un protocole d'entente qui aurait officialisé les termes du cessez-le-feu –, “nous nous sommes heurtés à du maximalisme, à des objectifs changeants et à un blocus”.
Il y a cinq jours, le premier ministre pakistanais, Shehbaz Sharif, a annoncé que les États-Unis et l'Iran, « ainsi que leurs alliés, ont convenu d'un cessez-le-feu immédiat partout, y compris au Liban et ailleurs, avec effet immédiat ». Il a invité des délégations à Islamabad le 10 avril pour négocier un règlement permanent.
Chaque cessez-le-feu annoncé par Trump dans ce conflit a été précédé de nouvelles actions militaires. Après le cessez-le-feu de juin 2025 qui a mis fin à l'opération Midnight Hammer, les États-Unis ont repris et intensifié la guerre huit mois plus tard avec l'offensive à grande échelle qui a débuté le 28 février. Les objectifs stratégiques des États-Unis sont restés inchangés. Washington a lancé cette guerre pour imposer son contrôle direct sur le golfe Persique et le détroit d'Ormuz et éliminer l'Iran en tant qu’obstacle à l'hégémonie mondiale américaine. Le blocus constitue la phase suivante de ce projet.
Le Parti démocrate, tout en critiquant la manière dont Trump mène cette guerre, en partage les objectifs fondamentaux. Le sénateur Tim Kaine a déclaré dimanche sur ABC, dans l'émission « This Week » : « Ils représentent une menace régionale. Ce régime est assurément malveillant. Nous devons nous assurer que l'Iran ne se dote pas de l'arme nucléaire », tout en critiquant le fait que Trump ait mené cette guerre sans autorisation du Congrès.
Le comité éditorial du New York Times, partageant la même orientation politique, a qualifié dimanche la conduite de Trump d'« incompétence flagrante » et l'a exhorté à « impliquer le Congrès et à solliciter l'aide des alliés de l'Amérique ».
