Les États-Unis reprennent les frappes contre l'Iran, Trump menace d'une nouvelle escalade

Le porte-avions USS George H.W. Bush navigue dans la mer d'Oman, le 3 mai 2026. [Photo: U.S. Navy]

Les forces américaines ont frappé des cibles militaires iraniennes jeudi après avoir envoyé trois destroyers de l'US Navy à travers le détroit d'Ormuz, que l'Iran maintient effectivement fermé depuis février. Les forces iraniennes ont lancé des missiles, des drones et des petites embarcations contre les navires de guerre lors de leur transit; les destroyers ont échappé aux attaques. Le Commandement central des États-Unis (CENTCOM) a ensuite ordonné des frappes sur des sites militaires iraniens.

Le président américain Donald Trump a proféré ce qui a été largement interprété comme une menace nucléaire contre l'Iran plus tard jeudi, déclarant aux journalistes devant le Miroir d’eau du Lincoln Memorial: «Vous n'aurez qu'à regarder une grande lueur sortir de l'Iran, et ils feraient mieux de signer leur accord rapidement.»

Ces frappes sont les premières effectuées par les États-Unis contre l'Iran depuis la trêve du 8 avril. La reprise des actions militaires témoigne de la profondeur de la crise stratégique à laquelle est confrontée l'administration Trump. La guerre, lancée le 28 février par les États-Unis et Israël, est entrée dans son 69e jour. Les États-Unis n'ont pas réussi à atteindre leurs objectifs déclarés consistant à paralyser militairement l'Iran et à renverser son gouvernement.

Le CENTCOM a déclaré que les frappes avaient touché des «installations militaires iraniennes responsables des attaques contre les forces américaines, notamment des sites de lancement de missiles et de drones, des centres de commandement et de contrôle, ainsi que des nœuds de renseignement, de surveillance et de reconnaissance».

Les destroyers impliqués étaient l'USS Truxtun, l'USS Rafael Peralta et l'USS Mason. Le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) a affirmé avoir infligé des dommages importants aux navires américains, un récit contesté par le CENTCOM.

Le président américain a écrit sur sa plateforme Truth Social: «Trois destroyers américains de classe mondiale viennent de transiter, avec grand succès, hors du détroit d'Ormuz, sous le feu des tirs. Aucun dommage n'a été causé aux trois destroyers, mais des dommages considérables ont été infligés aux assaillants iraniens.» Il a accompagné cette annonce d'une menace directe : «Tout comme nous les avons mis KO à nouveau aujourd'hui, nous les frapperons beaucoup plus fort, et beaucoup plus violemment, à l'avenir, s'ils ne signent pas leur Accord, VITE!»

Le général Dan Caine, chef d'état-major interarmées, a déclaré cette semaine que les forces iraniennes avaient attaqué l’armée américaine plus de dix fois depuis l'entrée en vigueur de la trêve et avaient ouvert le feu sur des navires commerciaux à neuf reprises.

Une enquête de Reuters menée par Gram Slattery, Jonathan Landay et Erin Banco, publiée le 4 mai, indique que les évaluations des services de renseignement américains concluent que le calendrier nucléaire de l'Iran reste inchangé: Téhéran aurait encore besoin d'environ un an pour fabriquer une arme, soit la même estimation que celle produite après les frappes de juin 2025 sur Natanz, Fordow et Ispahan. La guerre actuelle a produit de «nouveaux dommages limités», ont déclaré trois sources à Reuters. Le stock iranien d'environ 440 kilogrammes d'uranium hautement enrichi — suffisant pour environ 10 armes — reste intact dans des sites profondément enfouis que les munitions américaines ne peuvent pénétrer.

Ces mêmes évaluations du renseignement placent la force de missiles conventionnels survivante de l'Iran à environ la moitié de son inventaire d'avant-guerre, avec environ 60 % de la marine du Corps des gardiens de la révolution islamique intacte. Les dommages causés aux bases américaines dans la région se chiffrent en milliards: la base aérienne d'Al Udeid au Qatar a perdu un système radar de 1,1 milliard de dollars; la base aérienne Prince Sultan en Arabie saoudite a été frappée le 27 mars, laissant 15 soldats américains blessés et un avion AWACS détruit; le quartier général de la Cinquième Flotte à Bahreïn a été touché dès le premier jour de la guerre; 16 bases américaines dans la région ont essuyé des tirs.

Selon les chiffres du Pentagone, on dénombre 13 morts parmi les militaires américains et plus de 400 blessés. Le site The Intercept a indiqué que le bilan réel s'élevait à au moins 15 morts. Près de la moitié des stocks de missiles intercepteurs Patriot des États-Unis ont été utilisés, tout comme plus de la moitié des stocks de missiles intercepteurs THAAD, dont le réapprovisionnement prendra entre trois et quatre ans.

L'Agence de presse des activistes des droits de l'homme en Iran (HRANA) a recensé 3 636 morts iraniens jusqu'au 7 avril, dont 1 701 civils. L'Iran a fait état de 81 000 infrastructures civiles endommagées, dont 275 établissements de santé. Israël a dénombré 24 morts et 7 791 blessés suite aux attaques de missiles iraniens; au moins neuf ressortissants des États du Golfe ont été tués lors de frappes iraniennes.

Trump a fixé à l'Iran un délai de 48 heures pour accepter ses conditions, y compris un mémorandum d'une page exigeant que l'Iran interrompe l'enrichissement d'uranium pendant 12 ans et une période de négociation de 30 jours durant laquelle les restrictions sur le détroit d'Ormuz seraient progressivement levées. Ce délai intervient avant l'arrivée prévue de Trump à Pékin le 14 mai pour rencontrer le président chinois Xi Jinping. Le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, a déclaré cette semaine que l'Iran serait «une priorité à l'ordre du jour du président» lors de ce sommet.

Le ministre des Affaires étrangères iranien, Abbas Araghchi, s'est rendu à Pékin le 6 mai pour briefer son homologue chinois Wang Yi. La Chine absorbe 80 % ou plus des exportations de pétrole de l'Iran et a refusé une demande américaine d'envoyer des navires de guerre chinois pour escorter le transport maritime commercial à travers le détroit. La Russie a fourni à l'Iran des renseignements en temps réel sur la position des navires de guerre américains pendant la guerre et a vu ses propres revenus pétroliers doubler suite à la fermeture d'Ormuz, sans engager de troupes.

C'est la classe ouvrière qui supporte le coût économique de la guerre. Le prix de l'essence a dépassé les 4,50 dollars le gallon la semaine dernière, une première depuis juillet 2022. L'Agence internationale de l'énergie (AIE) a qualifié les perturbations de «plus importantes de l'histoire du marché pétrolier».

La compagnie aérienne Spirit Airlines a été mise en liquidation le 2 mai, entraînant pour 17 000 personnes la perte de leur emploi. Les compagnies Frontier, Avelo, Sun Country et Allegiant ont conjointement sollicité une aide fédérale d'urgence de 2,5 milliards de dollars pour le carburant, demande que le secrétaire aux Transports, Sean Duffy, a publiquement rejetée. JetBlue montre des signes de graves difficultés financières.

L'indice des prix à la consommation de mars a augmenté de 0,9 % en un seul mois, le plus grand bond en quatre ans, l'essence elle, ayant grimpé de 21,2 %. Le gain horaire réel a chuté d'environ 0,6 % ce mois-là. L'indice des dépenses de consommation personnelle, la mesure de l'inflation préférée de la Réserve fédérale, tourne à 4,5 % en rythme annuel — soit plus du double de l'objectif de la banque centrale. Le taux d'épargne personnelle est tombé à 3,6 %. La dette américaine par carte de crédit a atteint le record de 1 280 milliards de dollars, avec un taux annuel moyen supérieur à 21 %.

La crise politique s'aggrave aux États-Unis. La cote de popularité de Trump est tombée à 34 % dans le sondage Reuters/Ipsos, son plus bas niveau depuis le début de son mandat. Soixante et un pour cent des Américains, dont 25 % des républicains, estiment que la guerre a fait plus de mal que de bien. Le Sénat a rejeté à cinq reprises des Résolutions sur les pouvoirs de guerre visant à mettre fin au conflit. Le 1er mai, Trump a déclaré les hostilités officiellement «terminées» afin de contourner le délai de 60 jours prévu par la Résolution sur les pouvoirs de guerre, une position rejetée par les hauts responsables démocrates et les constitutionnalistes de tous bords politiques.

Quelles que soient les concessions temporaires que l'administration Trump parviendrait à arracher à Téhéran, ce ne serait là que le prélude à de nouvelles flambées de violence, toujours plus intenses, alors que l'impérialisme américain tente de se sortir de sa crise par la force militaire.

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