Le président américain Donald Trump a menacé l’Iran d’une nouvelle offensive militaire mardi, déclarant : « Nous pourrions être amenés à les frapper une fois de plus. » Quelques heures seulement après avoir affirmé avoir « suspendu » la reprise imminente des bombardements sur l'Iran, Trump a déclaré que l'armée américaine était « prête à intervenir » et qu'il pourrait décider d'attaquer ou non dès le début de la semaine prochaine.
Les menaces de Trump, dignes d'un gangster, sont le reflet authentique de l'impérialisme mondial, déterminé à imposer un joug colonial à l'Iran et à toute la région dans le cadre du nouveau partage du monde entre les grandes puissances, déjà bien amorcé. Le communiqué publié mardi par les ministres des Finances du G7, à l'issue de deux jours de consultations à Paris, a souligné ce fait. Tous les membres ont signé une déclaration imputant la responsabilité du désastre économique engendré par la guerre d'agression criminelle à la victime.
Les ministres des Finances et les gouverneurs des banques centrales du Royaume-Uni, du Canada, de la France, de l'Allemagne, de l'Italie, du Japon et des États-Unis ont insisté sur le fait qu'« un rétablissement rapide et sûr du transit dans le détroit d'Ormuz et une résolution durable du conflit sont impératifs ». Sans prononcer un mot sur l'offensive non provoquée lancée contre l'Iran le 28 février, alors que les négociations étaient encore en cours, ni sur les milliers de civils iraniens massacrés par les bombardements aveugles américains et israéliens, les ministres des Finances du G7, fidèles à leur hypocrisie habituelle, ont ouvert leur communiqué principal par la déclaration suivante : « Nous condamnons unanimement la guerre brutale que la Russie poursuit contre l'Ukraine et les actions d'escalade visant à saper les efforts collectifs de paix. »
L'incohérence flagrante de l'indignation morale des impérialistes coïncide invariablement avec les intérêts prédateurs mondiaux qu'ils poursuivent. L'impérialisme américain est déterminé à réimposer sa domination sur l'Iran perdue après la révolution de 1979, dans le cadre d'une stratégie visant à consolider son hégémonie sur le Moyen-Orient, riche en énergie, en marginalisant ses rivaux, surtout la Chine. Les impérialistes européens approuvent la guerre car ils espèrent s'assurer une part du butin grâce à la résurgence des méthodes barbares associées au colonialisme et parce qu'ils ont besoin du soutien continu des États-Unis dans leur guerre contre la Russie.
Les gouvernements censés mener des « efforts collectifs » pour « négocier la paix » sont en réalité les principaux protagonistes d'une troisième guerre mondiale qui s'intensifie rapidement. Trump s'est rendu à Pékin la semaine dernière pour rencontrer le président chinois Xi Jinping lors d'un sommet présenté comme une initiative visant à stabiliser les relations entre les deux plus grandes économies mondiales. Mais derrière les apparences diplomatiques, l'oligarchie financière américaine dont Trump est le porte-parole n'a aucune intention de permettre la croissance économique constante de la Chine aux dépens des États-Unis et se prépare ouvertement à la guerre contre la Chine.
L'échec de Trump à parvenir à un accord substantiel à Pékin est suivi, quelques jours seulement après, d'une nouvelle série de menaces d'anéantissement de l'Iran, qui est, sans surprise, l'un des principaux fournisseurs de pétrole de la Chine.
Les emportements incohérents de Trump et les fréquentes flambées de violence militaire témoignent de la faiblesse, et non de la force, de l'impérialisme américain. Depuis 35 ans, Washington, sous différentes administrations, cherche à compenser son déclin économique vertigineux par le recours à une force militaire brutale. Cette série ininterrompue de guerres n'a fait qu'aggraver la crise de l'impérialisme américain, en aggravant les tensions sociales jusqu'à un point de rupture et en exacerbant les rivalités entre les puissances impérialistes qui se disputent les marchés, les matières premières, la main-d'œuvre bon marché et l'influence stratégique dans un contexte d’effondrement du capitalisme mondial.
L'impérialisme, qu'il soit américain ou européen, ne peut offrir d'autre issue à cette crise que l'escalade des guerres.
Les menaces de Trump de reprendre la guerre contre l'Iran s'accompagnent de discussions sur l'éventualité d'une invasion de Cuba. La Maison-Blanche l’accuse désormais, de façon absurde, d'abriter des conseillers militaires iraniens et de posséder 300 drones fournis par la Russie et l'Iran. Une opération militaire sur l'île caribéenne, visant à renverser le régime castriste, constituerait la deuxième opération de « changement de régime » menée par les États-Unis en Amérique latine en moins de six mois, après l'invasion du Venezuela en janvier dernier pour enlever le président Nicolas Maduro et le juger comme un vulgaire criminel devant un tribunal new-yorkais. Trump pourrait envisager un scénario similaire pour s'emparer de Raul Castro, âgé de 94 ans, qui devrait être prochainement inculpé devant un tribunal américain.
En Europe, les puissances impérialistes du continent alimentent la guerre contre la Russie, puissance nucléaire, avec une insouciance débridée. L'Allemagne, en particulier, a pris l'initiative d'aider l'Ukraine à développer sa technologie de drones et de lui fournir des armes à longue portée capables d'atteindre des cibles en profondeur sur le territoire russe. Kiev s'est sentie enhardie ces dernières semaines à frapper des tours résidentielles à Moscou et des infrastructures énergétiques. Ces actes d'agression provocateurs, qui se sont intensifiés après la menace du Kremlin, plus tôt cette année, de bombarder des installations industrielles dans les pays de l'OTAN, visent à provoquer une riposte russe qui pourrait servir de prétexte à un élargissement du conflit.
Les puissances impérialistes européennes subordonnent toutes les ressources de la société à la guerre : l'Allemagne a approuvé un budget de 1 000 milliards d'euros pour les dépenses militaires et tous les membres de l'OTAN se sont engagés à consacrer 5 % de leur PIB à l'armée. La destruction des services publics et des droits des travailleurs, nécessaire au financement de cette course effrénée au réarmement, est justifiée par une propagande anti-russe hystérique.
Carsten Breuer, commandant en chef des forces armées allemandes, a déclaré dans une interview conjointe avec son homologue britannique, publiée dans la Süddeutsche Zeitung, que la Russie – qui, après quatre années de guerre, s’est avérée incapable de conquérir ne serait-ce que la moitié du territoire ukrainien – pourrait attaquer un pays membre de l’OTAN d’ici 2029. Le réarmement européen ne vise pas seulement la Russie, mais est motivé fondamentalement par la prise de conscience, par les classes dirigeantes, que l’impérialisme américain – longtemps allié – est désormais un rival dans la lutte pour le partage du monde entre les grandes puissances.
L’exacerbation des antagonismes interimpérialistes et l’émergence d’une troisième guerre mondiale confirment que les mêmes caractéristiques fondamentales du capitalisme, identifiées par Lénine dans son analyse de l’impérialisme, s’appliquent aujourd’hui avec toute leur force. Lénine écrivait au plus fort du carnage de la Première Guerre mondiale : « Monopoles, oligarchie, soif de domination et non de liberté, exploitation d’un nombre croissant de nations petites ou faibles par une poignée de nations parmi les plus riches ou les plus puissantes : tout cela a engendré les caractéristiques propres à l’impérialisme qui nous contraignent à le définir comme un capitalisme parasitaire ou décadent. »
Cette conception était au cœur de la vision de Lénine de cette époque comme une ère de guerres et de révolutions, c’est-à-dire non seulement une période de réaction impérialiste, mais aussi une période où un capitalisme en crise avait créé les conditions objectives permettant à la classe ouvrière de proposer une voie socialiste pour sortir de l’impasse.
Les mêmes contradictions capitalistes qui poussent toutes les puissances impérialistes à s’engager dans la guerre mondiale alimentent la lutte de la seule force sociale capable d’enrayer cette catastrophe : la classe ouvrière internationale. La guerre déclenchée par les États-Unis contre l’Iran a déjà, en moins de trois mois, provoqué une flambée des prix de l’énergie, du carburant et des denrées alimentaires. Des grèves et des manifestations ont mobilisé des travailleurs sur tous les continents, depuis les grèves nationales en cours contre la hausse des prix au Kenya et en Bolivie, jusqu'à la grève nationale d'une journée qui a paralysé de larges pans de l'économie italienne lundi, en réaction à la guerre et au génocide de Gaza.
L'intensification de la lutte des classes souligne l'urgence de construire un mouvement international antiguerre fondé sur un programme socialiste révolutionnaire. La colère initiale des travailleurs, exprimée lors des grèves, doit se muer en une opposition consciente à la guerre impérialiste, liant la lutte pour la défense de l'emploi et du niveau de vie à la lutte contre la barbarie impérialiste et le système capitaliste qui en est la cause profonde. Ce mouvement doit mettre fin à la domination de la société par l'oligarchie financière et à sa quête incessante de profit et de pillage, en se fixant pour objectifs la conquête du pouvoir politique par la classe ouvrière et la transformation socialiste de la société.
