La victoire des candidats des DSA lors des primaires intensifie la crise du Parti démocrate

Le candidat démocrate au Congrès, Brad Lander, arrive avec le maire de New York, Zohran Mamdani, pour une soirée électorale à New York, le mardi 23 juin 2026. [AP Photo/Ryan Murphy]

La victoire, lors des primaires démocrates du 23 juin pour le Congrès, de trois candidats se revendiquant socialistes, tous soutenus par le maire Zohran Mamdani, membre des Socialistes démocrates d'Amérique (DSA), a suscité l'inquiétude des deux partis représentant l'oligarchie capitaliste.

Cette victoire a exacerbé la crise au sein du Parti démocrate. Les dirigeants du parti cherchent à minimiser l'importance de ces élections, tandis qu'un groupe de démocrates « centristes » affichent leur soutien au capitalisme, à l'ordre public, aux restrictions de l'immigration, à la rigueur budgétaire et au patriotisme.

La réaction de l'administration Trump et du Parti républicain a été marquée par des dénonciations hystériques du « communisme ».

Les victoires électorales témoignent d'un profond mouvement à gauche dans l'orientation politique des masses ouvrières, des jeunes, des professions libérales et d'une partie de la classe moyenne, sous l'effet de la crise du capitalisme américain et mondial. L'escalade des guerres impérialistes, notamment le génocide israélien soutenu par les États-Unis à Gaza et l'agression criminelle contre l'Iran, la pauvreté et la précarité économique croissantes des masses, conjuguées aux milliards de dollars accumulés par l'oligarchie patronale, l'instauration d'une dictature fasciste par le régime honni de Trump et la lâcheté et la complicité des démocrates, alimentent une résistance populaire grandissante et un intérêt accru pour une solution socialiste au système actuel.

C'est ce qui engendre la peur dans les cercles dirigeants, bien plus que les réformes symboliques prônées par Mamdani et les DSA, qui cherchent à canaliser l'opposition populaire grandissante derrière le Parti démocrate.

Outre les trois victoires aux élections législatives de New York, sept candidats des DSA ont remporté les primaires pour l'Assemblée législative de l'État de New York. Début juin, Janeese Lewis George, membre des DSA, a remporté la primaire démocrate pour la mairie de Washington, et Nithya Raman, également membre des DSA, affrontera Karen Bass, la maire démocrate sortante de Los Angeles, au second tour en novembre.

Mamdani a apporté son soutien aux trois candidats au Congrès : Claire Valdez, membre de l'Assemblée de l'État de New York ; Darializa Avila Chevalier, doctorante et ancienne militante anti-génocide à l'Université Columbia ; et Brad Lander, ancien contrôleur de la ville de New York. Dans les trois cas, les candidats ont remporté l'élection face à des adversaires soutenus par la gouverneure Kathy Hochul et le chef de la minorité à la Chambre des représentants, Hakeem Jeffries, dans des circonscriptions considérées comme des bastions démocrates.

Lors de chacune de ces campagnes, l'opposition des candidats des DSA au génocide de Gaza et à l'armement d'Israël par l'establishment du Parti démocrate a joué un rôle crucial, tout comme leur opposition aux rafles de l'Immigration and Customs Enforcement (ICE) contre les immigrés et au coût de la vie exorbitant, notamment en matière de logement.

En réaction aux résultats des primaires, le Washington Post a cité le sénateur Richard Blumenthal du Connecticut : « Ce qui se passe à New York sera totalement insignifiant » d'ici les élections de novembre.

Jeffries, pressenti pour devenir président de la Chambre des représentants si les démocrates en prennent la direction en novembre, a déclaré le soir des élections : «Quelques primaires qui tournent d'un côté ou de l'autre, dans un ou deux États, ne vont pas redéfinir l'identité des démocrates à la Chambre. »

Le New York Times a cité Matt Bennett, cofondateur de Third Way, un groupe de réflexion démocrate, qui a mis en garde : « Les républicains ont déjà réussi à instrumentaliser les idées les plus farfelues de la gauche militante. Et maintenant, leurs munitions sont bien plus puissantes. »

Un groupe de démocrates de la Chambre des représentants a signé jeudi une lettre ouverte intitulée « Promesse à l'Amérique ». Cette initiative est co-organisée par Thomas Suozzi, de New York, et Adam Gray, de Californie. Parmi les signataires figurent également les représentants Josh Gottheimer (New Jersey), Susie Lee (Nevada), Don Davis (Caroline du Nord), Vicente Gonzalez Jr (Texas), Laura Gillen (New York), Janelle Bynum (Oregon), Kristen McDonald Rivet (Michigan), Maggie Goodlander (New Hampshire) et Jessica Killin (candidate à une primaire démocrate du Colorado).

La « Promesse à l'Amérique » déclare : « Nous sommes capitalistes, pas socialistes. » Elle affirme la conviction des signataires en l'« innovation, l'entrepreneuriat et la propriété ». Elle soutient la « sécurité des frontières ».

Sous le titre « Discipline budgétaire », elle déclare : « Nous nous engageons à traiter la dette nationale avec honnêteté et rigueur. Nous devons payer nos factures. » Puisque le document ne dit rien des guerres étrangères ni des dépenses militaires record, l'engagement en faveur d'un budget équilibré ne peut signifier qu'un soutien à des coupes plus drastiques dans les dépenses sociales.

Parmi les autres sous-titres du document, on trouve : « Nous voulons la sécurité, pas l'anarchie » ; « Nous pensons que le gouvernement doit résoudre les problèmes, pas les créer » ; « Nous sommes du courant dominant, pas des extrêmes » ; et « Nous sommes fiers de l'Amérique, nous n’en avons pas honte ».

Le Parti républicain a réagi par une hystérie anticommuniste, sous l'impulsion de Trump. Lors de la conférence politique 2026 de la Faith & Freedom Coalition, jeudi, il a déclaré à propos des Socialistes démocrates d'Amérique : « Les assassinats sont très importants pour eux. Ce sont des bêtes sauvages [...] Les démocrates ont pris un virage à gauche radical [...] Ce sont des gens qui veulent détruire notre pays. Ils haïssent notre pays. Ils haïssent notre peuple. »

Le Wall Street Journal, dans un éditorial du 24 juin, exhortait ses lecteurs à prendre les résultats des élections au sérieux, écrivant : « Les victoires de la liste de gauche du maire Zohran Mamdani vont changer le Parti démocrate – et peut-être la politique du pays. »

Dans une interview accordée à l'émission « This Week » d'ABC, diffusée le dimanche, Mamdani a répété à plusieurs reprises le slogan des DSA : faire du Parti démocrate un parti qui « doit défendre les travailleurs ». Il a clairement indiqué que lui et les DSA restaient fidèles au Parti démocrate, un parti de Wall Street, du Pentagone et de la CIA, qualifiant plusieurs fois les démocrates de « notre parti ».

À deux reprises au cours de l'entretien, Mamdani a insisté sur son rôle dans le maintien de l'ordre public. Il s'est vanté qu'au cours de ses six premiers mois de mandat, « nous avons enregistré des niveaux historiquement bas en matière d'homicides et de fusillades ».

Parallèlement, Mamdani a non seulement renié sa promesse de campagne de gratuité des bus, mais il a également renforcé le contrôle des titres de transport. Vendredi, la Legal Aid Society a porté l'affaire devant les tribunaux contre la ville car, comme l'a déclaré un porte-parole, « le maire Mamdani persiste dans la même politique répressive que l'administration Adams concernant le tarif de 3 dollars du métro ».

La semaine dernière, des dizaines d'organisations de défense des droits civiques et de la justice pénale, dont la New York Civil Liberties Union, ont adressé une lettre à Mamdani pour protester contre la répression continue menée par la police de New York contre la petite délinquance sous la direction de la commissaire de police milliardaire Jessica Tisch. Les opposants soulignent l'augmentation des décès en détention, ainsi que du nombre d'arrestations pour des délits non violents. Ces groupes ont organisé une manifestation devant l'hôtel de ville jeudi.

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