De nombreux reportages et déclarations de responsables gouvernementaux ont confirmé que l’administration Trump prépare une reprise de la guerre contre l’Iran après les élections de mi-mandat du 3 novembre. Les actions en préparation comprennent le renforcement des forces américaines dans la région et des avertissements adressés aux alliés du Golfe, afin qu’ils se préparent à une campagne militaire intense.
Jeudi, le sénateur démocrate du Connecticut Chris Murphy a indiqué sur X qu’il avait reçu une séance d’information classée secret-défense sur ces plans, confirmant que la Maison-Blanche rassemble les moyens d’un nouvel assaut qui pourrait s’étendre aux infrastructures civiles dans toute la région.
Murphy a publié sur X la déclaration suivante, accompagnée d’une vidéo de son intervention au Middle East Institute :
Trump prévoirait de relancer la guerre contre l’Iran après l’élection. Certains d’entre nous ont été informés du plan de guerre. Et si je ne peux en divulguer aucun détail, je peux dire ceci : ce plan est insensé. Il n’atteindra pas ses objectifs et déclenchera un nouveau cycle d’escalade.
S’exprimant mercredi à l’institut, Murphy a expliqué que les élus avaient discuté de ce qu’impliqueraient de nouvelles opérations militaires. « Vous avez eu un aperçu laissant entendre qu’il s’agirait d’un plan de courte durée. Je dirai simplement ceci : leur plan est insensé », a-t-il déclaré, avant d’ajouter : « Il conduira à une escalade dévastatrice et très probablement à la destruction de notre engagement envers l’État de droit. »
Il a rattaché son message à des informations faisant état d’attaques contre des infrastructures civiles. Les planificateurs de l’administration, a-t-il dit, avaient reçu pour instruction d’élaborer une opération dont l’aboutissement serait une guerre prolongée et en escalade. Murphy a déclaré que les conséquences seraient dévastatrices, même à l’aune des propres « intérêts de sécurité » de Washington.
L’avertissement de Murphy est significatif parce qu’il a vu les plans classés secret-défense. Mais en invoquant une menace pesant sur l’« engagement envers l’État de droit » de l’Amérique, il présente la destruction de cet engagement comme une possibilité future, comme si cet aspect de la criminalité de l’impérialisme américain n’était pas à l’œuvre depuis plus de deux décennies.
Le bilan des campagnes militaires qui violent le droit américain et le droit international traverse les administrations républicaines et démocrates successives : de la guerre d’agression de l’ère George W. Bush contre l’Afghanistan et l’Irak, des détentions illégales, de la torture et de l’espionnage de la population américaine, jusqu’au renversement et à l’assassinat de Kadhafi en Libye et à la multiplication des assassinats ciblés sous Obama. Ce bilan situe l’assaut meurtrier et illégal de Trump contre l’Iran dans le contexte d’une criminalité bipartisane qui perdure depuis le début du 21e siècle, et non comme une rupture avec une politique étrangère et intérieure par ailleurs respectueuse de la légalité.
Comme tous les démocrates, Murphy ne s’oppose pas aux objectifs impérialistes qui sous-tendent l’assaut de l’administration Trump contre l’Iran. Selon ses propres termes, Murphy convient qu’il faut empêcher Téhéran d’obtenir l’arme nucléaire et que la République islamique est « responsable de la mort de milliers d’Américains et d’un niveau inacceptable de soutien aux organisations terroristes dans tout le Moyen-Orient ».
Le Wall Street Journal a rapporté que l’amiral Brad Cooper, commandant du Commandement central des États-Unis (CENTCOM), avait informé Trump jeudi, à la Maison-Blanche, des options militaires contre l’Iran. Le secrétaire à la Défense Pete Hegseth et le chef d’état-major interarmées, le général Dan Caine, y ont participé, aux côtés d’autres membres du cabinet. Cette réunion faisait suite à une séance tenue mercredi avec des chefs militaires et le vice-président JD Vance.
Cooper informe rarement Trump en personne. Cette réunion marque donc une étape importante dans les préparatifs. Selon le Journal, Washington a demandé aux gouvernements arabes du Golfe de se préparer à une « campagne courte et intense » après les élections. Trump lui-même a déclaré la semaine dernière : « Nous pourrions faire une nouvelle petite Epic Fury », nom de la campagne de bombardements lancée en février.
Le Pentagone a envoyé des défenses anti-aériennes supplémentaires, des munitions et du matériel tout en déplaçant du personnel hors des bases vulnérables. Une batterie Patriot supplémentaire est acheminée vers Israël, dans un contexte de craintes de pénurie d’intercepteurs. Les préparatifs concernant les bombardiers et les avions de chasse, les réductions des effectifs diplomatiques et le retrait du personnel exposé indiquent tous que l’on se prépare aussi bien aux représailles iraniennes qu’à une attaque américaine.
D’après les informations disponibles, le groupe aéronaval de l’USS Theodore Roosevelt et le groupe amphibie de l’USS Makin Island constitueraient des renforts attendus d’ici la fin novembre, ce qui pourrait porter à trois le nombre de porte-avions et indique une campagne qui s’étendra sur plusieurs semaines, et non sur quelques jours.
Une analyse de Lazar Berman, publiée par le Times of Israel et reprise par le Middle East Forum, a paru sous un titre selon lequel la reprise de la guerre « semble inévitable ». Son argumentation combine des préparatifs militaires tangibles, les pressions israéliennes en faveur d’opérations conjointes et le fossé entre les positions de négociation américaine et iranienne.
Washington exige la fin de l’enrichissement iranien, la saisie de l’uranium enrichi et des garanties concernant la circulation maritime dans le détroit d’Ormuz avant d’accepter un allègement économique substantiel. Téhéran exige la levée du blocus, la levée des sanctions, l’accès aux avoirs gelés et la cessation des hostilités. Berman voit dans ces positions de départ inconciliables, ainsi que dans la liberté d’action dont Trump disposera après les élections, des facteurs qui poussent à la reprise de la guerre.
Berman a également rapporté des éléments attestant d’une implication israélienne, en citant des informations selon lesquelles le Premier ministre Benjamin Netanyahou aurait fait pression en faveur de frappes conjointes, Israël aurait préparé des attaques contre des installations nucléaires et énergétiques pour le week-end du 10 octobre, avant que Trump n’intervienne, et le lobbying israélien en faveur d’une participation américaine se serait poursuivi. Un affrontement entre Netanyahou et le chef d’état-major de l’armée Eyal Zamir aurait porté sur une opération susceptible de déclencher un conflit avec l’Iran.
La crise politique à laquelle Netanyahou est confronté, à la suite des élections israéliennes du 27 octobre, accentue encore la pression en faveur d’une action militaire de la part du régime sioniste. Les tractations politiques en vue de former une coalition pourraient prolonger le mandat de Premier ministre par intérim de Netanyahou, qui conserverait son autorité bien qu’il n’ait pas obtenu de nouvelle majorité parlementaire.
Le chroniqueur du Washington Post David Ignatius a rapporté que le vice-président Vance avait proposé, dans une lettre envoyée dimanche, de rencontrer personnellement le responsable iranien de la sécurité Mohsen Rezaei pour discuter d’un règlement négocié. Selon cet article, Vance chercherait à aborder le programme nucléaire iranien tout en reconnaissant les intérêts de Téhéran en matière de souveraineté et de reconstruction économique. Les médias iraniens ont confirmé avoir reçu la lettre, mais les informations publiées jusqu’au 30 octobre indiquaient qu’aucune réponse officielle n’avait encore été donnée.
Reuters a rapporté le 23 octobre que deux hauts responsables iraniens de la sécurité avaient décrit des plans d’urgence détaillés visant à attaquer les câbles de communication sous-marins du Golfe en réponse à une nouvelle attaque des États-Unis. L’un d’eux a déclaré que Téhéran chercherait à empêcher les réparations afin de prolonger les perturbations. Yadollah Javani, responsable du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), a désigné sept câbles majeurs passant sous le détroit d’Ormuz comme cibles potentielles si les infrastructures iraniennes étaient attaquées.
La guerre américano-israélienne contre l’Iran a commencé le 28 février par des frappes qui ont tué le Guide suprême Ali Khamenei et d’autres dirigeants. La veille seulement, Trump avait publiquement affirmé qu’il n’avait pas pris de décision définitive sur le recours à la force, à la suite de négociations à Genève. Ce fait met en évidence le caractère peu fiable de tous les efforts diplomatiques de Washington, y compris les assurances de Trump selon lesquelles l’assaut ne reprendrait pas avant les élections américaines.
Les annonces de cessez-le-feu qui ont suivi ont, au moins en partie, servi à plusieurs reprises à manipuler les marchés pétroliers. Reuters a recensé environ 500 millions de dollars de transactions pétrolières peu avant l’annonce de Trump, le 23 mars, reportant les attaques contre les infrastructures, puis d’autres opérations suspectes avant l’annonce du cessez-le-feu du 7 avril. Son enquête ultérieure a mis au jour 7 milliards de dollars de paris pétroliers placés à l’avance.
Comme le World Socialist Web Site le soutient constamment, la guerre contre l’Iran exprime la crise de l’impérialisme américain et sa tentative de surmonter ses contradictions politiques et économiques par la force militaire. Les destructions déjà infligées n’ont produit ni soumission ni stabilité, mais des préparatifs d’attaques plus vastes. Les germes d’une troisième guerre mondiale résident dans la logique de la crise qui va en s’aggravant du capitalisme mondial, et pas seulement dans les brimades et l’irresponsabilité de Trump.
