Le 28 janvier, le provocateur politique Alex Steiner a publié sur son blog permanent-revolution.org une lettre qu’il avait reçue d’un informateur soi-disant anonyme, qui dénonçait de manière calomnieuse la campagne de défense menée par le Comité international de la Quatrième Internationale (CIQI) en faveur du trotskyste ukrainien emprisonné Bogdan Syrotiuk. Cette lettre affirmait que le CIQI avait de façon irresponsable révélé l’identité de Syrotiuk à la police secrète ukrainienne (SBU) en publiant des articles dans lesquels son vrai nom, «Ostap Rerikh», était utilisé plutôt qu’un pseudonyme politique. De plus, selon l’informateur soi-disant anonyme de Steiner, le nom «Bogdan Syrotiuk» était en fait un pseudonyme inventé par le CIQI pour dissimuler sa culpabilité dans l’arrestation du jeune dirigeant trotskyste. L’essentiel de la lettre était constitué par l’affirmation que la campagne de défense menée par le CIQI était une fraude politique, embourbée dans la dissimulation et la tromperie, dans laquelle même le véritable nom du prisonnier politique n’était pas correctement identifié.
Le texte de la lettre publiée par Steiner était extrêmement virulent, accusant la direction du CIQI de «tentative apparente d’exploiter son emprisonnement [celui de Bogdan] à des fins politiques… »
Steiner et son associé Sam Tissot n'ont présenté aucune information corroborant les allégations contenues dans la lettre de leur informateur. Ils ont déclaré qu'ils avaient «pu établir l'identité de l'expéditeur, mais ne [remettriaent] pas en cause son souhait de rester anonyme».
Steiner et Tissot ont affirmé qu'ils avaient «demandé un commentaire à un représentant du WSWS mais n'avaient pas reçu de réponse».
Avant la publication de cette lettre, le blog de Steiner n’avait pas publié un seul article sur l’arrestation, en avril 2024, de Bogdan Syrotiuk et encore moins publié de déclaration demandant sa libération. Mais soudain, au moment des audiences menées par les accusateurs ukrainiens de Syrotiuk, Steiner a publié une lettre qui n’avait d’autre but que de discréditer le CIQI et de saper la campagne de défense.
En trois jours, la tentative de Steiner d’entraver la campagne de défense a échoué. Le 1er février, il publiait «Une correction et des excuses», déclarant:
Nous avons été informés que la lettre que nous avons publiée le 28 janvier, provenant d'une source anonyme, est erronée et nous supprimons donc la lettre et nos commentaires basés sur cette lettre. La lettre affirmait que Bogdan Syrotiuk était le pseudonyme du prisonnier politique ukrainien et dirigeant de la Jeune Garde des Bolcheviks Léninistes (YGBL) et qu' Ostap Rerikh était son nom légal. Cette affirmation était erronée. Sur la base de cette information erronée, la lettre accusait ensuite le World Socialist Web Site (WSWS) d'avoir utilisé le vrai nom de Bogdan au lieu d'un pseudonyme dans une série d'articles de la YGBL, révélant ainsi inutilement l' identité de Bogdan Syrotiuk à la branche répressive des forces de renseignement ukrainiennes. Nous, le comité de rédaction du site web Permanent Revolution, nous excusons d'avoir publié et commenté cette lettre erronée. Cela n'aurait pas dû se produire.
Steiner n'a pas présenté d'explication sérieuse ou crédible de comment il s'était retrouvé à servir d'instrument à une provocation qui visait à discréditer la campagne de défense du CIQI et à saboter la lutte pour la libération de Syrotiuk. Les «excuses» de Steiner étaient une dissimulation malhonnête et autojustificative.
Steiner n'a pas révélé qui lui avait fourni la nouvelle information, ni quelle était cette information qui l'avait contraint à publier une rétractation. Mais le moment de cette rétractation, moins de 72 heures après la publication des allégations sur son blog, témoigne de la nullité de celui-ci. Les allégations publiées par Steiner ne reposaient sur aucune base factuelle quelle qu’elle soit.
Le 4 février, le World Socialist Web Site a publié une déclaration intitulée « Une provocation ratée : Alex Steiner tente de discréditer la défense menée par le CIQI du trotskyste ukrainien Bogdan Syrotiuk. » Le WSWS a rejeté les excuses de Steiner, qui mêlaient euphémismes intéressés, excuses évasives et mensonges éhontés pour justifier sa participation à une provocation politique. La lettre que Steiner et Tissot avaient approuvée et publiée sur leur blog ne consistait pas, comme ils le prétendaient, en une simple «information erronée». Son contenu était une fabrication malveillante et évidente, entièrement dénuée de toute preuve factuelle. Dans ses excuses, Steiner a inventé l’histoire que la lettre avait été reçue d’une source «anonyme» et qu’il n’avait aucune raison de douter de sa crédibilité.
Steiner ne connaissait pas seulement l'identité de l'auteur. Il savait aussi, plusieurs semaines avant de publier la lettre, que l'individu qui lui avait transmis les fausses allégations avait publié, sous le pseudonyme d’Alexander Goldman@bukvasevich, des dénonciations anticommunistes de Lénine, Trotsky et de la révolution d'Octobre. De plus, cet individu avait également publié fin décembre 2024 et début janvier 2025 les mêmes fausses allégations disant que le CIQI était responsable de l'arrestation du camarade Bogdan.
Le WSWS a déclaré :
Bien que l'histoire et la nature de sa relation avec le provocateur «Alexander Goldman» n'aient pas encore été clarifiées, ce que l'on peut dire avec une certitude absolue, c'est que la publication par Steiner des mensonges de Goldman n'était pas le résultat d'une malencontreuse mésaventure journalistique. La politique de Steiner – et celle de son associé Tissot – a fait d'eux les parfaits complices de la provocation de Goldman.
Steiner lui-même n'est pas un agent de la police. Mais son subjectivisme et sa haine maladive du CIQI le rendent utile à ses ennemis. Ceux-ci considèrent permanent-revolution.org comme un bureau de poste qu'ils peuvent utiliser de manière fiable lorsqu'ils veulent diffuser des dénonciations anti-CIQI et de la désinformation. Goldman savait que Steiner saisirait l'occasion d'attaquer le CIQI.
Steiner a répondu à la déclaration du WSWS, comme on pouvait s’y attendre par une nouvelle dénonciation virulente du Comité international. Dans une déclaration intitulée « Diffamation calomnieuse du WSWS», publiée le 7 février, Steiner se présente comme la victime d’«un déluge de mensonges et de calomnies malveillants». Mise à part une légère défaillance dans la procédure de vérification des faits, Steiner affirme que sa conduite et ses motivations sont irréprochables. Voilà pour ses «excuses».
Même si les allégations étaient fausses, Steiner défend la décision de publier la lettre sur son blog:
En décembre, nous avons reçu une lettre non sollicitée d’une source qui a souhaité garder l’anonymat, affirmant que le WSWS avait compromis la sécurité du prisonnier politique ukrainien Bogdan Syrotiuk en publiant son nom légal au lieu de son pseudonyme. La lettre affirmait que Bogdan Syrotiuk, actuellement incarcéré par les autorités ukrainiennes, était le pseudonyme d’un jeune membre de la Jeune Garde des Bolcheviks Léninistes, dont le nom légal était Ostap Rerikh. Si cela était vrai, cela aurait constitué une grave violation des précautions élémentaires de sécurité. Ayant reçu ces informations, nous avons estimé qu’il était de notre responsabilité de les rendre publiques si elles étaient vraies.
La première question est de savoir pourquoi Steiner a-t-il estimé qu’il était de sa « responsabilité» de rendre publiques des allégations émanant d’une source qu’il prétend être anonyme? Il ajoute la réserve suivante, «si elles étaient vraies». Mais ce sont là des mensonges. Il n’y avait aucune preuve factuelle corroborant ces allégations. Quel avantage la publication de la dénonciation «anonyme» pourrait-elle apporter à la défense de Syrotiuk ?
La réponse politique correcte à la réception de cette lettre douteuse en décembre, provenant d'une source prétendument anonyme, aurait été de la transmettre immédiatement au World Socialist Web Site, en l'avertissant que la défense de Bogdan par le CIQI semble être la cible d'une provocation. C'est un principe de base des organisations ouvrières et socialistes, quelles que soient leurs divergences politiques, de collaborer dans la lutte commune contre les provocations de l'État. Mais Steiner n'a rien fait de tel. Sa seule préoccupation était de savoir comment la publication de cette information diffamatoire pouvait nuire au Comité international, au Parti de l'égalité socialiste et, pour faire bonne mesure, à David North personnellement. Quant au sort de Bogdan Syrotiuk, il n'intéressait absolument pas Steiner, obsédé par lui-même.
Réagissant comme s'y attendait le provocateur prétendument anonyme, Steiner a mordu à l'hameçon.
Réagissant au fait que sa provocation a été démasquée, Steiner énumère ce qu’il considère comme les falsifications du WSWS. Il affirme avoir envoyé deux courriels à l’adresse de David North, les 24 et 27 janvier, l’informant que la lettre était sur le point d’être publiée. N’ayant reçu aucune réponse, Steiner a procédé à la publication de la lettre le 28 janvier, avec une introduction provocatrice écrite par Sam Tissot.
North n’a reçu aucun courriel de Steiner. Mais Steiner, laissant entendre que le WSWS ment, déclare: «Nous sommes convaincus que le courriel est bien arrivé à destination sur le serveur de messagerie du WSWS.» Mais Steiner se trompe lui-même en faisant référence au serveur de messagerie du WSWS. L’adresse électronique utilisée par North ne se trouve pas sur le serveur du WSWS. En raison de problèmes techniques, North a cessé de l’utiliser il y a plus d’un an. L’erreur de Steiner pourrait cependant être considérée comme involontaire si sa propre explication ne montrait pas clairement qu’il n’a fait aucun effort sérieux pour contacter le WSWS ou le Parti de l’égalité socialiste. Pourquoi, doit-on se demander, Steiner n’a-t-il envoyé son avertissement de 72 heures qu’à une seule adresse électronique? N’ayant pas reçu de confirmation de North que son avertissement était bien arrivé, pourquoi Steiner n’a-t-il pas envoyé la lettre à d’autres adresses électroniques?
La réponse donnée par Steiner est manifestement fausse. Il écrit: « Comme nous n'avons nulle part trouvé d'adresse électronique générique que nous puissions utiliser pour écrire au comité de rédaction du WSWS, nous avons utilisé une adresse électronique dont nous savons qu'elle était valide pour North peu de temps auparavant. »
En fait, un formulaire de contact est affiché bien en évidence sur le World Socialist Web Site. C'est à cette adresse que sont régulièrement envoyées les communications destinées au comité de rédaction et à North personnellement. On peut y lire:
Utilisez ce formulaire se trouvant sur cette page pour envoyer vos commentaires et suggestions au World Socialist Web Site. Vous pouvez également utiliser ce formulaire pour signaler les conditions sur votre lieu de travail ou d'autres informations. Votre anonymat sera protégé.
Steiner ne pouvait ignorer l’existence de ce formulaire. Mais il a choisi de ne pas l’utiliser. Il y a une autre question à laquelle il ne répond pas. Pourquoi Tissot et lui n’ont-ils pas envoyé la lettre à d’autres adresses électroniques et SMS? Tissot, qui a été exclu de la section française du CIQI l’année dernière pour avoir refusé de respecter la confidentialité des communications internes du parti, envoie régulièrement des courriels et des SMS aux membres du parti. Il a même accès aux numéros de téléphone portable de ses anciens camarades. N’ayant reçu aucune réponse de North, pourquoi Tissot n’a-t-il pas envoyé la « lettre anonyme» à d’autres adresses?
Une autre question sans réponse est celle de savoir pourquoi Steiner s’est précipité pour publier la lettre. Quelle nécessité urgente exigeait la publication de cette lettre? Steiner, comme le montre sa propre chronologie, a reçu ce qu’il prétend avoir été une communication anonyme un mois plus tôt, le 17 décembre. Le courriel qu’il prétend avoir envoyé à North est daté du 24 janvier. Ainsi, Steiner a gardé la lettre en réserve pendant environ cinq semaines avant, si l’on accepte sa déclaration, de la transmettre à une adresse électronique non fonctionnelle.
Même si l’on est prêt à accepter l’affirmation non fondée de Steiner selon laquelle il aurait envoyé un courriel à David North, il est évident qu’il a fait le minimum possible, dans les circonstances, pour informer le World Socialist Web Site de son intention de publier la lettre concoctée. Plutôt que d’envisager la possibilité, hautement probable, que North n’ait pas vu sa lettre, Steiner s’est précipité pour la publier. Son action a été déterminée par un mélange de mauvais jugement colossal, d’indifférence malveillante aux principes politiques, d’une haine subjective incontrôlable envers le Comité international et de désir de saboter son travail politique quelles qu’en soient les conséquences.
Steiner se penche ensuite sur une autre «falsification» du WSWS, à savoir qu’il aurait, lui, inventé l’histoire d’une lettre «anonyme» pour justifier son utilisation d’allégations non fondées émanant d’une source de droite douteuse. Il attaque la déclaration suivante de l’article du WSWS du 4 février:
L'affirmation par Steiner et Tissot que la source des fausses informations qu'ils ont publiées le 28 janvier était une «lettre» d'une source souhaitant rester anonyme est un mensonge pur et simple.
Steiner accuse le WSWS de «répandre des mensonges». Pour appuyer sa coléreuse justification de lui-même, il publie une série de captures d’écran qui, selon lui, confirment sa version des faits. En fait, les faits documentés dans ces captures d’écran sont une réfutation accablante de l’alibi de Steiner. Il reproduit quatre échanges de courriels avec son informateur.
Le premier, daté du mardi 17 décembre 2024 à 5 h 26, est intitulé «La direction politique du CIQI est responsable de l’arrestation d’Ostap Rerikh (Bogdan Syrotiuk)». Il ne s’agit pas d’une communication anonyme. Elle porte le nom de «danielbukvasevic» et l’adresse électronique danielbukvasevic@proton.me. Steiner reproduit la première phrase de la lettre.
Une lettre contenant un nom et une adresse électronique ne peut, de façon plausible, être qualifiée d’anonyme. De plus, Steiner ne réagit pas d’une manière qui indiquerait que la lettre, ainsi que ses allégations préjudiciables, provient d’une source anonyme et inconnue.
Six heures après seulement, le mardi 17 décembre 2024 à 11h46, Steiner répond:
Daniel, merci pour ce rapport. Souhaitez-vous rendre cette information publique ? Fraternellement, Alex
Ce n’est pas là la réponse que quelqu’un enverrait à une source anonyme diffusant des informations préjudiciables. Steiner, s’adressant à l’informateur par son prénom, Daniel, indique immédiatement son intérêt à publier les allégations et termine par la salutation « Fraternellement, Alex».
Le courriel suivant, daté du 18 décembre 2024 à 5 h 37, se lit comme suit:
Oui, Alex. Merci de ton message. J'avais l'intention de rendre cette information publique.
Bien cordialement,
Daniel
L'auteur, pour indiquer sa familiarité, adresse son message à «Alex». Cette salutation est celle qui est couramment utilisée entre des connaissances ou des amis.
La réponse de Steiner, datée du 18 décembre 2024 à 14 h 04, témoigne d'une certaine inquiétude quant à la crédibilité de l'information, car l'histoire n'a aucun sens. Il écrit:
Je suis sûr que vous comprendrez que nous devons être prudents sur tout ce qui concerne l'Ukraine et ses agences de renseignement. J'ai bien confirmé que le WSWS avait publié 4 articles en utilisant le vrai nom de la personne et semble n'avoir adopté le pseudonyme qu'APRES son arrestation, ce qui est assez étrange. Quel est l'intérêt d'utiliser un pseudonyme si la personne a déjà été arrêtée?
J'aimerais en savoir plus sur vous et avoir une confirmation de ce que vous dites.
La réponse de Bukvasevic est arrivée le jeudi 19 décembre 2024 à 07h14
Cher Alex,
Je vous remercie de votre réponse réfléchie. Après mûre réflexion, j'ai décidé de ne pas poursuivre notre discussion pour le moment. J'apprécie votre compréhension et votre professionnalisme tout au long de notre correspondance.
Bien cordialement,
Daniel
Cette réponse aurait dû suffire à convaincre Steiner du caractère manifestement douteux de son informateur et de ses allégations. Lorsque Steiner lui a demandé de fournir des informations sur lui-même et de justifier ses affirmations, Bukvasevic a coupé toute communication avec le «Cher Alex».
Deux remarques doivent être faites au sujet des pièces à conviction de Steiner. Premièrement, il y a des raisons de croire qu’elles ne constituent qu’une partie d’une correspondance plus longue. Le niveau de familiarité et le choix de la formule de salutation indiquent fortement que les échanges ont comporté plus que cinq brefs courriels au total sur une période de trois jours. L’expression par Bukvasevic de sa reconnaissance pour la «compréhension et le professionnalisme de Steiner tout au long de notre correspondance» suggère plus que les échanges limités reproduits par Steiner. Mais quoi qu’il en soit, s’il s’agit là de l’intégralité des échanges de Steiner avec Bukvasevic, cela témoigne de l’irresponsabilité malveillante caractérisant sa décision de publier les allégations.
Le deuxième point est que nulle part dans les pièces fournies par Steiner, Bukvasevic ne demande l’anonymat. Il fournit un nom et une adresse électronique. Il y a une ligne en haut de la deuxième capture d’écran sur laquelle on peut lire «Anonyme». Mais cela n’a aucun rapport avec le contenu réel du courriel. L’affirmation de Steiner que son blog avait « effectivement reçu une lettre de quelqu’un ayant signé la lettre ‘‘Anonyme’’ » est contredite par les captures d’écran qu’il fournit. Aucune des lettres n’était signée ‘‘Anonyme’’. Tous les courriels sont adressés à ou signés par ‘‘Daniel’’.
Selon Steiner, «la réaction immédiate » de Tissot et de lui-même « à la rupture du contact entre Anonymous/Bukvasevic et nous-mêmes a été de considérer l’affaire comme close et, à ce stade, nous n’avions aucune intention de publier la lettre». C’était là une attitude dénuée de principes. L’affaire n’était en aucun cas «close». Maintenant qu’il était évident que la lettre était une provocation, Steiner était politiquement obligé d’en informer le CIQI et le WSWS. Il n’a pas suivi cette ligne d’action. Il a temporairement mis la lettre de côté et a attendu un prétexte pour la publier.
Dans les semaines qui ont suivi, Daniel Bukvasevic a adopté un nouveau pseudonyme, Alexander Goldman. Sous ce nom, il a publié une série de diatribes anticommunistes et reproduit toutes les allégations relatives à la défense de Bogdan Syrotiuk par le CIQI qu'il avait envoyées à Steiner. Mais bien qu'il ait adopté un nouveau nom, il a conservé l'identifiant @Bukvasevich. Si Steiner avait tenté d'enquêter sur les antécédents et les allées et venues de son informateur, une recherche Google de @bukvasevich l'aurait immédiatement conduit aux diatribes anticommunistes d'Alexander Goldman@bukvasevich. Le WSWS a déclaré:
Steiner a inventé l'histoire d'une lettre anonyme pour cacher aux lecteurs de permanent-revolution.org le fait qu'il utilisait un matériel frauduleux – pour lequel il n'existait aucune preuve corroborante – fourni par un agent provocateur et un ennemi anticommuniste du marxisme et du trotskysme…
Steiner savait que les allégations publiées sur son blog n'auraient aucune crédibilité si leur source était connue. C'est pourquoi il a concocté l'histoire de la «lettre» d'un auteur qui souhaitait rester anonyme.
Mais force est de constater que Steiner a mis le site de son blog au service d'un provocateur désireux d'aider la police ukrainienne et de saboter la campagne de défense menée par le CIQI.
En réponse à cette accusation accablante, Steiner recourt à cette affirmation absolument incroyable :
En fait, nous n'étions pas au courant des tweets de «Goldman». Notre seule source d'information était la lettre que nous avions reçue d'une source anonyme [sic] dont l'adresse e-mail était «danielbukvasevic». Nous n'avions aucun moyen de savoir que « danielbukvasevic » et «Alexander Goldman» étaient la même personne, car nous n'avions jamais vu les tweets de Goldman et n'étions même pas au courant de son existence.
«Aucun moyen de savoir»! Il aurait suffi à Steiner de faire une recherche sur « danielbukvasevic» ou «@bukvasevich» pour découvrir le lien avec Goldman. Mais si l’on devait croire l’incroyable – que Steiner n’ait jamais pris les mesures minimales pour vérifier l’identité de son informateur – cela démontre l’irresponsabilité, l’imprudence et la stupidité pure et simple de Steiner, un homme tellement aveuglé par la haine subjective qu’il est facilement instrumentalisé par un agent provocateur. Étonnamment, compte tenu de ce bilan de négligence politique grossière, Steiner continue de condamner comme une falsification l’accusation que «nous avons été imprudents et n’avons pas exercé la diligence requise avant de publier la lettre… » Il écrit cyniquement: «En fait, nous avons fait preuve de beaucoup de diligence mais avec le recul, cela n’a manifestement pas suffit.»
Enfin, Steiner explique sa décision de publier la lettre après avoir établi que Daniel Bukvasevic avait précédemment utilisé le pseudonyme @Dan ReznikWSWS et s’était présenté comme «membre du CIQI et traducteur du WSWS en serbo-croate sur Twitter et Reddit». C’est sur la base de ces informations qu’ils avaient «déterminé – à tort – que les allégations formulées dans la lettre étaient crédibles». Steiner n’explique pas comment il a réussi à découvrir le lien entre Bukvasevic et Reznik sans découvrir au cours de la même recherche le lien entre Bukvasevic et Goldman.
Quoi qu’il en soit, la conclusion tirée par Steiner ne découle pas de l’information prétendument «nouvelle». Le fait que Bukvasevic ait également utilisé l’identité de «Dan Reznik» n’apporte aucun élément supplémentaire à l’appui de ses allégations sans fondement.
Reznik est un agent provocateur, qui adopte et supprime les identités en fonction de l’opération dans laquelle il est engagé. En 2022, il a écrit au WSWS, déclarant son soutien total au CIQI et proposant de traduire des articles en serbo-croate. De nombreuses personnes contactent le WSWS et proposent leur aide pour les traductions. Comme il est désormais évident, «Reznik», alias Daniel Bukvasevic, tentait d’infiltrer le CIQI. Ses activités servent d’avertissement quant à la nécessité de se montrer vigilant face aux activités des agents de l’État.
Reznik n’a pas réussi. Il n’a jamais été membre d’une section du Comité international ni d’aucune organisation du parti. Reznik n’a jamais rencontré personnellement un seul membre du parti. Ses liens avec le parti se limitaient à des discussions occasionnelles en ligne et à des échanges de courriers électroniques.
Le CIQI a été attentif aux signes d'instabilité politique de Reznik. En octobre dernier, Alex Lantier, un dirigeant de la section française du CIQI, a écrit à Reznik pour lui demander de retirer un tweet dans lequel ce dernier avait approuvé l'assassinat par les staliniens d'un écrivain nationaliste croate en 1978. Lantier a écrit:
Ce tweet n’est pas trotskyste. La perspective trotskyste de «l’extinction» du système des États-nations est une révolution socialiste mondiale menée par la classe ouvrière internationale. Elle ne vise pas à l’extermination physique de tous ceux qui, à un moment ou à un autre, soutiennent le système des États-nations ou leur État-nation. Les trotskystes n’externalisent pas non plus la lutte politique contre le nationalisme, la confiant aux assassins des services de renseignements staliniens, qui étaient composés de nationalistes virulents. Si vous avez des questions à ce sujet, vous pouvez lire Les gangsters de Staline de Trotsky.
Comme le compte X/Twitter de Reznik faisait référence au WSWS, Lantier a écrit: «Je suis préoccupé par le fait que vous tweetiez ce qui sera perçu comme une approbation de l’assassinat stalinien d’une personnalité littéraire. Le WSWS et le CIQI ne peuvent pas assumer la responsabilité de telles positions publiques.» Lantier a insisté pour que Reznik supprime son tweet. Peu après, Reznik a supprimé son compte @DanReznikWSWS, a rompu tout contact avec le WSWS et a commencé à poster sous le nom de Daniel Bukvasevic.
Début décembre, Bukvasevic a commencé à fermer des comptes. À un moment donné, il a pris contact avec Steiner et lui a fourni de fausses informations qui pouvaient être utilisées pour discréditer le CIQI et saper la défense de Bogdan Syrotiuk. En choisissant Steiner comme messager de sa provocation, Bukvasevic avait bien choisi sa cible.
* * * * *
Trois semaines seulement se sont écoulées depuis que Steiner a publié sur permanent-revolution.org une lettre calomnieuse fournie par un agent provocateur, qui travaillait très probablement pour le compte de l’État ukrainien. La publication de ces calomnies n’avait d’autre but que de saper la défense par le Comité international du jeune trotskyste ukrainien Bogdan Syrotiuk, arrêté par le régime fasciste en avril 2024. Dans les 72 heures qui ont suivi la publication de la calomnie, Steiner a été obligé de se rétracter et de supprimer cette attaque. Mais ses excuses pro forma pour la publication de la lettre étaient une dissimulation transparente de son rôle dans l’encouragement de la provocation dirigée contre Bogdan Syrotiuk. Le World Socialist Web Site a révélé en détail le récit mensonger et absurde concocté par Steiner pour excuser et justifier sa conduite. La Jeune Garde des Bolcheviks-Léninistes – les camarades de Bogdan en Russie, en Ukraine et dans d’autres parties de l’ex-Union soviétique – a également émis une protestation cinglante contre la provocation de Steiner.
A mesure qu’était dévoilée l’ampleur de sa supercherie et de sa complicité politique dans cette provocation, Steiner a lancé une nouvelle salve de dénonciations. Il a découvert la véritable victime des événements qui se sont déroulés depuis que son blog a publié pour la première fois la lettre fournie par le provocateur du SBU: il s’agit de nul autre que Steiner! Cette incarnation moderne du détestable Pecksniff de Dickens se complaît maintenant dans l’apitoiement sur lui-même, hurlant à propos du mauvais traitement subi de la part du Comité international et du World Socialist Web Site. Monumentalisant l’ampleur de sa persécution, Steiner se compare modestement à Karl Marx. Sous le titre «La lutte de Marx contre la diffamation: un hommage à Herr Vogt pour le 150e anniversaire», Steiner établit un parallèle entre la situation à laquelle Marx était confronté en 1860 et celle dans laquelle lui se trouve aujourd’hui.
L'ouvrage cité par Steiner, Herr Vogt, a été écrit par Karl Marx pour dénoncer les diffamations d'un journaliste radical petit-bourgeois, Karl Vogt, qui visaient à discréditer Marx et ses plus proches partisans politiques. Au cours de sa dénonciation des mensonges de Vogt, Marx a établi le lien entre le contenu des attaques de Vogt et les intérêts politiques du régime réactionnaire de Louis Bonaparte [Napoléon III] en France. Marx a accusé Vogt d'être un agent travaillant pour le compte de ce régime. Dix ans plus tard, après la chute de Louis Bonaparte, des documents ont été découverts confirmant le rôle d'agent de Vogt.
Steiner retourne cet épisode historique, le mettant à l’envers. Il écrit :
Comme lors de la période d’exil politique qui a suivi l’échec des révolutions de 1848, nous assistons aujourd’hui à un tournant similaire vers une chasse aux agents calomnieuse au sein de la gauche. C’est dans ce contexte que s’inscrivent les accusation diffamatoires de plus en plus démentes de la part du World Socialist Web Site (WSWS) lancées contre Alex Steiner et le site Internet permanent revolution.
Les explosions d’accusations fausses de chasse aux agents dans les rangs de la gauche deviennent particulièrement destructrices dans des conditions où grandit le recours à de véritables provocateurs policiers.
Le récit de Steiner met la réalité à l’envers. Si l'on doit établir des comparaisons entre la dénonciation de Herr Vogt par Marx et la réponse du World Socialist Web Site à Steiner, elles parlent entièrement et massivement en faveur du WSWS. Dans la controverse actuelle, le rôle de Vogt – le pourvoyeur de calomnies dans l'intérêt de la réactionnaire dictature bonapartiste – est joué par Steiner, qui a publié sur son site Web du matériel qu'il a obtenu d'un agent de la police d'État ukrainienne, le SBU.
La description ridicule par Steiner du Herr Vogt de Marx comme un polémique contre « la chasse aux agents», alors qu'en fait, l'objectif central de Marx en écrivant ‘Vogt’ était de le dénoncer comme un agent bonapartiste cherchant à entraver le mouvement socialiste naissant.
Il est ironique que Steiner rende hommage à Herr Vogt et qu’il le fasse dans le contexte de relancer les accusations de «chasse aux agents» faites contre le Comité international et le WSWS. Steiner a négligé le fait que New Park Publications, la maison d’édition du Workers Revolutionary Party (alors la section dirigeante du CIQI), a publié en 1982 sous le titre de Herr Vogt: A Spy in the Workers Movement [Herr Vogt : un espion dans le mouvement ouvrier] une nouvelle traduction anglaise du chef-d’œuvre longtemps négligé de Marx.
La date de publication était importante. Comme l'explique l’avant-propos:
Depuis 1975, le Comité international de la Quatrième Internationale mène une enquête de grande envergure sur les circonstances de la mort de son fondateur Léon Trotsky en 1940, sur l’infiltration de son foyer par des agents du Gépéou et sur l’infiltration ultérieure du mouvement trotskyste, et en particulier du Socialist Workers Party américain, par des agents de l’impérialisme. L’enquête a déjà fourni des preuves irréfutables de cette infiltration.
Dès le début, l’enquête a été ignorée ou tournée en dérision par les révisionnistes et leurs cercles petits-bourgeois. Le Comité international a été qualifié de «paranoïaque».
Historiquement, il est en bonne compagnie. Ce que révèle Herr Vogt, c'est que le mouvement marxiste a dû, dès ses premières années, accorder la plus grande attention à sa sécurité et à la dénonciation des agents dans le mouvement ouvrier.
En reprenant l’accusation de la «chasse aux agents», Steiner suit une ligne dictée par la logique de ses efforts pour justifier son rôle de complice d’une provocation policière. Le terme a été trouvé par le Socialist Workers Party (SWP) pour discréditer et rendre illégales, sous peine d’expulsion, toutes les tentatives d’enquêter et de révéler les activités des agents de la police au sein de ce parti. La première utilisation significative du terme «chasse aux agents» eut lieu le 7 avril 1978, dans une lettre écrite par la direction du SWP à Alan Gelfand en réponse à sa demande d’explication sur les réunions secrètes de Joseph Hansen avec le FBI, qui avaient été cachées au SWP pendant près de 40 ans. Le SWP écrivait: «Le Parti ne peut pas permettre de chasse aux agents dans ses rangs et ne la permettra pas. Aucune autre répétition de votre calomnie à la Healy ne sera tolérée.»
Dans les mois et les années qui suivirent, le terme «chasse aux agents» fut utilisé de façon de plus en plus désespérée à mesure que l'enquête sur la sécurité et la Quatrième Internationale produisait une masse écrasante de preuves révélant sans équivoque le rôle joué par le leader du SWP, Joseph Hansen, en tant qu'agent et informateur de la police secrète soviétique et du FBI.
Le terme lui-même, au fond absurde, tire sa valeur opérationnelle du fait qu’il emploie une tournure orwellienne pour associer et assimiler les efforts de défense du parti et du mouvement ouvrier contre les provocateurs et agents de la police à la «chasse aux rouges» et à la «chasse aux juifs». Les anticommunistes se livrent à la première, les antisémites à la seconde. Mais qui est la cible de la «chasse aux agents»? En quoi consiste exactement cette «chasse»? Le terme «chasse» peut être utilisé à la manière d’une «novlangue» orwellienne pour discréditer et rendre illégales une large portion des activités de protestation de gauche. L’opposition aux fascistes peut être dénoncée comme une «chasse aux nazis»; l’opposition aux meurtres de masse et aux expulsions illégales discréditée comme une « chasse au génocide».
Il y a cinquante ans, en mai 1975, Alex Steiner faisait partie de la délégation américaine au sixième congrès du CIQI qui vota à l’unanimité en faveur de l’ouverture de l’enquête sur la Sécurité et la Quatrième Internationale. Dans les années qui suivirent, Steiner publia même des déclarations sous sa signature en faveur de l’enquête.
Mais à la fin de 1978, Steiner abandonna le mouvement trotskyste et se retira dans le monde complaisant et malhonnête de la politique opportuniste de la classe moyenne ; et cela mis en marche un processus prolongé, se produisant avec une méchanceté sans cesse croissante, de répudiation des principes et des idéaux qui l'avaient initialement attiré vers le mouvement socialiste. La collaboration de Steiner avec un provocateur contre le mouvement socialiste constitue le point culminant de sa dégénérescence politique et personnelle.
(Article paru en anglais le 20 février 2025)