Les tarifs douaniers de Trump ébranlent l'économie américaine et mondiale

L'imposition par le président américain Trump de tarifs douaniers de 25 % sur les importations en provenance du Canada et du Mexique, entrés en vigueur mardi, a provoqué une onde de choc dans l'économie mondiale, alors qu'on réalise de plus en plus que tout le cadre des relations économiques et commerciales en place depuis la Seconde Guerre mondiale s'est désintégré.

Des ouvriers récoltent des choux mercredi 5 mars 2025 dans un champ à moins de dix miles de la frontière avec le Mexique, à Holtville, en Californie. [AP Photo/Gregory Bull]

En plus des droits de douane imposés au Canada et au Mexique, les États-Unis ont ajouté 10% aux droits de douane imposés à la Chine, en plus des 10 % déjà adoptés.

La Chine a riposté en imposant des droits de douane de 15 % sur les produits agricoles américains, notamment le poulet, le blé, le maïs et le coton, ainsi que des taxes de 10 % sur le sorgho, les fruits, les légumes et les produits laitiers.

Pékin a ajouté 10 entreprises américaines à la liste des «entités non fiables», ce qui signifie qu'il leur est interdit d'exporter ou d'importer en Chine ou de réaliser de nouveaux investissements. Il a également inscrit 15 entités américaines sur une liste de contrôle des exportations.

Le Canada a réagi en imposant immédiatement 25 % des importations américaines d'une valeur de 21 milliards de dollars, qui seront suivies dans trois semaines d'un tarif sur une valeur d’environ 90 milliards de dollars.

Les mesures tarifaires ont été initialement dévoilées par Trump peu après son investiture au motif que le Canada n'en faisait pas assez pour stopper l'entrée de la drogue fentanyl aux États-Unis. Mais ce n'était qu'un prétexte pour les visées expansionnistes des États-Unis, comme vient de le clamer le premier ministre canadien Justin Trudeau.

Lors d'une conférence de presse mardi, il a déclaré que la question du trafic transfrontalier de fentanyl était «complètement bidon, complètement injustifiée, complètement fausse». Ce que Trump voulait vraiment, c'était déclencher «l'effondrement total de l'économie canadienne parce que cela faciliterait l'annexion de notre pays». Auparavant, Trudeau avait déclaré lors d'une réunion de chefs d'entreprise que l'accent mis par Trump sur les minéraux essentiels signifiait que sa menace d'annexion était «bien réelle».

C'est là un signe certain de l'effondrement économique et géopolitique. Ce qui aurait pu être dit à huis clos est maintenant étalé au grand jour, les dirigeants impérialistes s'accusant publiquement de mentir pour dissimuler leur véritable agenda.

La menace qui pèse sur les économies canadienne et mexicaine est très réelle. Plus de 80 % des exportations de ces deux pays sont destinées aux États-Unis. Selon une analyse rapportée par le Wall Street Journal, le Canada pourrait subir une contraction de 5 % de son PIB et le Mexique de 3 %.

L'Europe est également dans la ligne de mire de Trump, qui a menacé d'imposer des droits de douane de 25 %, après avoir dénoncé l'Union européenne comme une organisation destinée à «arnaquer» les États-Unis.

Dans son discours devant la session conjointe du Congrès mardi, Trump a souligné que l'imposition de «tarifs réciproques» aurait lieu après la remise d'un rapport le 2 avril. Les mesures prévues vont bien au-delà des droits de douane et comprendront des représailles pour toutes les mesures, telles que la taxe européenne sur la valeur ajoutée et les réglementations sur les géants de la technologie, que les États-Unis considèrent comme hostiles aux profits de leurs trusts.

Après un lobbying des grandes entreprises automobiles américaines, Trump leur a accordé un sursis d'un mois sur le tarif Mexique-Canada, que sa porte-parole Karoline Leavitt a déclaré destiné à garantir qu'elles ne soient pas en «désavantage économique». Elle n'a pas précisé dans quelle mesure une dérogation d'un mois aiderait les constructeurs automobiles à planifier des opérations qui s'étendent sur des années.

Même avant l’octroi du délai d'un mois, il y avait des avertissements que, quels que soient les rebondissements à l'avenir, le mal avait déjà été fait.

Matthew Holmes, vice-président exécutif de la Chambre de commerce du Canada, a déclaré au Journal: «Les entreprises ne peuvent tout simplement pas modifier l'ensemble de leur modèle pour éviter les droits de douane, puis revenir en arrière, en fonction de ce que les politiciens décident un jour donné».

La guerre commerciale de Trump menace non seulement toutes les économies du monde, mais aussi les États-Unis mêmes. La chute de la valeur des actions à Wall Street, qui a effacé tous les gains réalisés depuis la victoire électorale de Trump en novembre, en est une indication. Jusqu'à présent, un total d'environ 3 400 milliards de dollars ont été effacés de la capitalisation boursière.

Les avertissements concernant l'impact des tarifs douaniers arrivent à un rythme effréné. Le secteur agricole est l'un des premiers à être touché, tandis que les représentants de l'industrie dénoncent les mesures tarifaires.

«Contrairement à ce que pense le président, cela ne signifie rien que de la douleur», a déclaré Aaron Lehman, chef de l'Union des agriculteurs de l'Iowa, au Financial Times.

D'autres commentaires au Financial Times (FT) allaient dans le même sens. Caleb Ragland, président de l'American Soybean Association, a déclaré que les agriculteurs étaient «frustrés». Les tarifs douaniers n'étaient pas quelque chose à prendre à la légère ou faits pour «s'amuser», mais frappaient les entreprises au portefeuille. Ils avaient ébranlé un «principe fondamental sur lequel reposent nos relations commerciales, à savoir la fiabilité».

Faisant allusion aux assertions électorales de Trump qu’il ferait baisser les prix et développerait l'économie – une partie de la poudre de perlimpinpin qui a incité des millions de gens à voter pour lui par colère et dégoût des démocrates – Michael Hanson, porte-parole de la Retail Industry Leaders Association, a déclaré: «Les tarifs douaniers imposés au Canada et au Mexique mettent sérieusement en péril ces objectifs et risquent de déstabiliser l'économie nord-américaine».

Le New York Times a rapporté que des «groupes d'entreprises anxieux» organisaient des réunions pour déterminer leurs réponses, certains envisageant même de contester juridiquement l'autorité de sécurité nationale en vertu de laquelle Trump a imposé ces mesures.

Kathy Bostjancic, économiste en chef du forum bancaire et financier Nationwide, a déclaré que si les tarifs étaient maintenus et s’ils étaient suivi de représailles, la croissance économique serait inférieure d'au moins un point de pourcentage en 2025 à ce qu'elle avait été en 2024, et ne serait que de 1,5 %.

Les perspectives de l'économie américaine semblent se dégrader rapidement. Vendredi dernier, l'estimation courante de la croissance du PIB de la Banque fédérale de réserve d'Atlanta prévoyait une contraction de 1,5 % au premier trimestre. Dans une estimation publiée lundi, cette contraction était passée à 2,8 pour cent.

Les entreprises américaines signalent des baisses significatives des nouvelles commandes et de l'emploi. L'indice ISM des achats des fabricants est tombé à 50,3 en février, contre 50,9 le mois précédent. Le niveau de 50 marque la limite entre l'expansion et la contraction. D'autres indices ont mis en évidence une forte baisse des nouvelles commandes, qui sont passées de 55,1 à 48,6.

La perspective d'un ralentissement significatif de l'économie américaine se manifeste également dans le marché obligataire. Les rendements (taux d'intérêt) des obligations d'État à 10 ans ont baissé.

Normalement, on pourrait s'attendre à ce qu'ils augmentent, les investisseurs anticipant que la Réserve fédérale ne réduirait pas les taux en raison des pressions inflationnistes causées par les hausses de tarifs douaniers, qui, contrairement aux affirmations mensongères de Trump qu’ils sont payés par les étrangers, touchent en réalité consommateurs et entreprises.

Mais le sentiment du marché évolue rapidement. Au début de l'année, on s'attendait à ce qu'il n'y ait qu'une seule réduction des taux d'intérêt cette année. Mais aujourd'hui, on s'attend à trois réductions, à partir de juin.

C'est parce que les investisseurs craignent que les mesures tarifaires de Trump ne poussent l'économie vers une récession, ce qui obligerait la Réserve fédérale à réduire les taux d'intérêt. L'une des préoccupations de la Fed, bien que cela ne soit pas dit ouvertement, est qu'une récession puisse déclencher une chute brutale de Wall Street et provoquer des turbulences financières.

Comme l'a expliqué Emmanuel Cau, analyste à la banque Barclay's, au FT: « Les investisseurs ont commencé à vraiment craindre la politique de Trump. S'il y a un problème de croissance aux États-Unis, il sera difficile de l'ignorer... Les gens sont nerveux, certains commencent même à craindre une récession. »

(Article paru en anglais le 6 mars 2025)