L'administration Trump et la milliardaire Linda McMahon, récemment confirmée au poste de ministre de l'Éducation, ont commencé à démanteler le système d'éducation publique américain. Les écoles publiques, construites au cours de 250 ans de lutte, éduquent des dizaines de millions d'élèves et sont massivement soutenues par la population en tant que droit démocratique fondamental.
Selon un article paru le 6 mars dans le Washington Post, les républicains du Congrès font pression en faveur d'un système universel de bons d'études dans le cadre du projet de loi de réconciliation budgétaire. Associé aux plans de l'administration de fermer le ministère de l'Éducation, ce projet s'inscrit dans le cadre d'un effort plus large visant à démanteler entièrement l'enseignement public.
Conformément au décret du 29 janvier de Trump, intitulé « Expanding Educational Freedom and Opportunity for Families » (Améliorer la liberté et les opportunités d’éducation pour les familles), le projet républicain de bons d'études détournerait entre 5 et 10 milliards de dollars de fonds publics vers l'enseignement privé, paroissial et à domicile.
« Le programme serait alimenté par un incitatif puissant et jamais testé auparavant : les contribuables qui font des dons à des programmes de bons d'études se verraient rembourser 100 % de leur argent au moment de remplir leur déclaration d'impôts », précise le Post. Les particuliers et les entreprises fortunés pourraient investir dans ces programmes ou leur donner des actions, ce qui leur permettrait de bénéficier de déductions fiscales à hauteur d'un dollar pour un dollar, tout en évitant de payer des impôts sur le gain en capital.
Cette mesure constituerait « la plus grande menace pour l'éducation publique que nous ayons jamais connue au niveau fédéral », a déclaré Sasha Pudelski, directrice de la défense des intérêts de la School Superintendents Association (association des directeurs d'école).
Selon le Wall Street Journal, Trump a rédigé un projet de décret visant à fermer le ministère de l'Éducation, mais les experts juridiques notent que cette mesure nécessiterait une majorité de 60 voix au Sénat. En attendant, les milliardaires McMahon et Musk mettent en œuvre une opération de démantèlement, en supprimant des emplois au sein du ministère de l'Éducation, en annulant des subventions et en mettant brusquement fin à des programmes de recherche et de soutien.
Le ministère de l'Éducation apporte un soutien essentiel aux écoles sous-financées et applique les politiques antidiscriminatoires établies par des décisions historiques telles que Brown v. Board of Education (1954), Individuals with Disabilities Education Act (1975) et Plyler v. Doe (1982), qui protègent les minorités, les élèves handicapés, les élèves apprenant l'anglais et les immigrés. Ces acquis sont aujourd'hui directement attaqués, Trump utilisant les programmes de diversité, d'équité et d'inclusion (DEI) comme prétexte pour démanteler les droits démocratiques.
La semaine dernière, Trump a supprimé 400 millions de dollars de financement fédéral à l'université de Columbia en représailles aux manifestations contre le génocide organisées par les étudiants. Cette semaine, il a ordonné de refuser l'annulation des prêts étudiants aux enseignants et aux travailleurs à but non lucratif considérés comme « nuisant aux valeurs américaines » ou qui se livrent à des « perturbations publiques », imposant de fait un test de loyauté politique.
Dans l'enseignement primaire et secondaire, un décret exige désormais l'enseignement du « Rapport 1776 », rédigé par des idéologues d'extrême droite, ainsi que d'autres mensonges visant à censurer l'histoire de l'impérialisme américain, de la répression de la classe ouvrière et, surtout, de la lutte des classes et du socialisme.
L'éducation publique universelle, un idéal fondamental des Lumières, a longtemps été considérée comme essentielle à la démocratie et comme une protection contre l'autoritarisme. Trois ans seulement après avoir rédigé la Déclaration d'indépendance, Thomas Jefferson a rédigé en 1779 un Projet de loi pour la diffusion générale des connaissances, reflétant la conviction des fondateurs de la révolution que l'éducation était le fondement de la démocratie et des droits sociaux et politiques. « Je ne connais pas d'autre dépositaire sûr des pouvoirs ultimes de la société que le peuple lui-même », écrit Jefferson, qui ajoute : « Le remède n'est pas de lui retirer le pouvoir, mais d'éclairer son jugement par l'éducation. »
L'expansion de l'éducation publique a toutefois été obtenue grâce à des luttes de masse. La guerre civile – la deuxième révolution américaine – a été nécessaire pour garantir les droits à l'éducation des Noirs et de nombreux Blancs pauvres, tout en étendant le système à l'ensemble du pays. Après la défaite du pouvoir esclavagiste, le président Ulysses S. Grant a demandé aux États « d'établir et de maintenir à jamais des écoles publiques gratuites » à caractère laïque, renforçant ainsi le principe démocratique de la séparation de l'Église et de l'État.
La lutte contre le travail des enfants et pour l'éducation publique universelle était une revendication centrale du premier mouvement ouvrier américain. La révolution russe de 1917, qui a créé le premier État ouvrier et lancé une campagne sans précédent en faveur de l'alphabétisation et de l'éducation, a donné une impulsion considérable à cette lutte. Un décret de 1919 a rendu obligatoire l'éducation pour tous les citoyens soviétiques âgés de 8 à 50 ans. En 1939, le taux d'alphabétisation des hommes atteignait 87 %, dépassant de loin les taux des pays occidentaux.
La montée en puissance du mouvement CIO (Congress of Industrial Organizations) dans les années 1930, dirigé par des socialistes inspirés par la révolution russe, ainsi que la puissante vague de grèves de l'après-guerre en 1945-46 et le mouvement des droits civiques qui a duré des décennies ont fait progresser de manière significative la lutte pour une éducation publique de qualité. En 1955, le taux d'obtention d'un diplôme d'études secondaires atteignait pour la première fois 80 %, et dans les années 1960, l'université devenait largement accessible à la classe ouvrière.
Trump et McMahon demandent la fermeture du ministère fédéral de l'Éducation afin de « rendre l'éducation aux États ». Il s'agit d'une reprise du slogan des « droits des États » que les ségrégationnistes du Sud utilisaient pour s'opposer à l'intégration raciale des écoles publiques.
La classe ouvrière n'a pas reçu l'éducation publique en cadeau, elle s'est battue pour l'obtenir. Cependant, alors que le capitalisme américain s'est enfoncé dans la crise, a mené des guerres sans fin et a favorisé la montée en flèche des inégalités sociales – en particulier au cours des trois dernières décennies –, les deux partis de la bourgeoisie ont systématiquement coupé le financement de l'enseignement public.
Trump suit le plan établi par le président démocrate Bill Clinton, qui a « mis fin à l'aide sociale telle que nous la connaissons » en 1996. En transformant l'aide fédérale en subventions globales contrôlées par les États, Clinton a bouleversé les programmes clés du New Deal et de la Grande Société. Trump a clairement indiqué qu'il avait l'intention de faire la même chose avec le Titre I et la loi sur l'éducation des personnes handicapées (Individuals with Disabilities Education Act, IDEA), ce qui reviendrait à détruire ces programmes éducatifs essentiels.
L'ancien président démocrate Barack Obama a notoirement réduit l'aide du Titre I aux écoles pauvres et l'IDEA, supprimant les emplois de centaines de milliers d'éducateurs et institutionnalisant davantage le choix de l'école et le salaire au mérite par le biais de Race To The Top.
L'année dernière, Biden a laissé expirer le Fonds d'aide d'urgence aux écoles primaires et secondaires (ESSER), coupant ainsi une bouée de sauvetage de 190 milliards de dollars aux districts scolaires en difficulté dans tout le pays. Cela a entraîné des licenciements collectifs, des réductions de programmes et des fermetures d'écoles dans tout le pays.
Comme tous les autres aspects de sa politique, l'assaut de Trump contre l'éducation publique est aussi une occasion d’enrichissement. Les investissements mondiaux en capital-risque dans les entreprises du secteur de l'éducation sont en forte hausse, et l'oligarchie avide de profits cherche à démanteler l'enseignement public, en siphonnant son budget de 850 milliards de dollars pour le confier au secteur privé ou le réorienter pour financer des guerres impérialistes à l'étranger.
Mais pour les gangsters de la Maison-Blanche, il ne s'agit pas seulement de privatisation. Comme tout autre droit démocratique, l'éducation publique universelle est fondamentalement incompatible avec la domination de la société par une oligarchie.
La classe dirigeante craint profondément la classe ouvrière, la liberté de recherche et d'expression et l'éducation elle-même. Elle utilise son contrôle des cordons de la bourse pour alimenter toutes sortes d’arriérations sociales, y compris la xénophobie, le racisme, l'opposition à la science et l'obscurantisme religieux.
Trump et l'oligarchie peuvent croire qu'ils peuvent détruire deux siècles et demi de droits démocratiques, mais la classe ouvrière, la base sociale la plus puissante de la démocratie, ne doit pas les laisser faire et ne les laissera pas faire.
Au cours des deux dernières années, les éducateurs du monde entier ont intensifié leurs luttes contre l'austérité et les coupes budgétaires, avec notamment des grèves importantes au Royaume-Uni, en Roumanie, en Hongrie, au Portugal, au Maroc, au Kenya, au Brésil, en Argentine, en Bolivie, au Mexique et dans de nombreux autres pays.
Aux États-Unis, les débrayages dans les écoles et les manifestations contre les droits des immigrés, les coupes budgétaires, les fermetures d'écoles, le génocide à Gaza et la guerre s'intensifient. Des centaines de travailleurs assistent aux réunions des conseils scolaires locaux pour s'opposer aux coupes budgétaires, tandis que des grèves d'éducateurs se préparent à Chicago, Philadelphie, Los Angeles, San Francisco, San Diego et dans d'autres villes.
Les éducateurs doivent tirer les leçons des luttes passées. En 2018-19, pendant la première administration de Trump, les enseignants ont lancé une puissante vague de grèves à travers la Virginie-Occidentale, l'Oklahoma, l'Arizona, le Kentucky, la Caroline du Nord, le Colorado et au-delà, se rebellant contre les bureaucraties de la Fédération américaine des enseignants (AFT) et de l'Association nationale de l'éducation (NEA). Cependant, l'appareil syndical, aidé par les Socialistes démocrates d'Amérique et d'autres groupes de la pseudo-gauche, a repris le contrôle en faisant croire que l'élection d'un démocrate protégerait l'éducation publique.
On ne peut pas combattre Trump en s'appuyant sur les démocrates et les bureaucraties de l'AFT et de la NEA, qui ont répondu à la menace existentielle qui pèse sur l'éducation publique en disant aux parents d'écrire des lettres au Congrès pour protéger l'éducation publique.
La défense de l'éducation nécessite une mobilisation politique et sociale de la classe ouvrière contre les partis politiques capitalistes et le système capitaliste qu'ils défendent.
Cela nécessite d'étendre le réseau des comités de base dans chaque école et chaque quartier, d'unir les éducateurs aux parents, aux étudiants et à l'ensemble de la classe ouvrière – y compris les travailleurs fédéraux, les travailleurs de la logistique et de l'industrie – par le biais de réunions de masse, de manifestations et de grèves pour défendre l'éducation publique. Cette lutte doit être liée à la défense des travailleurs immigrés et de leurs familles, à l'opposition à la répression de la liberté d'expression sur les campus, à la résistance aux réductions de Medicaid et des services sociaux et à la lutte pour mettre fin à la guerre impérialiste.
La défense et l'amélioration de l'éducation publique, comme tous les autres droits démocratiques et sociaux, ne peuvent être garanties que par une lutte politique de la classe ouvrière pour abolir le système capitaliste, exproprier les richesses de l'oligarchie et redistribuer les ressources de la société pour répondre aux besoins humains, et non au profit privé. Cela nécessite la lutte pour le socialisme, c'est-à-dire la réorganisation de la vie économique et politique sur la base de l'égalité sociale et du contrôle démocratique par la classe ouvrière elle-même.
Participez à la prochaine réunion en ligne du Comité de base des éducateurs (États-Unis), « La destruction de l’éducation publique par Trump doit être stoppée ! Mobilisez la classe ouvrière pour défendre les immigrés et les droits sociaux », le 15 mars à 12 h HAE. Inscrivez-vous ici.
(Article paru en anglais le 10 mars 2025)