Le Parti communiste marxiste du Kenya, stalinien, en quête d’un nouveau piège politique pour capter le mécontentement croissant des travailleurs et des jeunes – Première partie

Ceci est le premier d'une série de trois articles. Lire la deuxième partie et la troisième partie.

En novembre, le parti stalinien PCK (Parti communiste du Kenya) a tenu un Deuxième congrès très médiatisé dans le quartier d’affaires d’Upper Hill à Nairobi sous le slogan «Faire progresser la révolution démocratique nationale pour un Kenya socialiste véritablement indépendant».

L’événement a attiré l’attention des principaux médias capitalistes du Kenya – The Standard, Citizen Digital, Business Times Kenya et Nairobi Wire – ainsi que des publications staliniennes internationales comme Peoples Dispatch et Peoples Democracy, l’hebdomadaire anglais du Parti communiste indien (marxiste).

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Les partis staliniens du monde entier, imprégnés de contre-révolution, ont envoyé des messages de solidarité. Le Parti communiste chinois, impitoyable garant des conditions de travail des capitalistes étrangers et nationaux contrôlés par des milliardaires et des bureaucrates, a apporté son soutien. Le Parti communiste indien (marxiste), qui a contribué à soutenir les gouvernements de coalition nationaux ayant imposé des «réformes» pro-marché droitières pour transformer l’Inde en pôle d’investissement étranger et de main-d’œuvre bon marché, a lui aussi exprimé son soutien. Le Parti communiste sud-africain s’est joint à eux, lui qui a récemment défendu la politique de famine du gouvernement du Congrès national africain à Stilfontein, où le blocus des mines d’or abandonnées a conduit au massacre d’au moins 78 mineurs.

Au cœur du Congrès se trouvait le changement de nom du PCK en Parti communiste marxiste-Kenya (initiales anglaises CPM-K) en réponse à la crise interne du parti après que le secrétaire général Benedict Wachira et le président national Mwandawiro Mganga ont déserté le parti pour rejoindre le gouvernement du président William Ruto en 2022, démasquant les staliniens comme un outil de la bourgeoisie kenyane.

Depuis, Ruto a imposé des mesures d’austérité brutales, des hausses d’impôts et des coupes sociales dictées par le Fonds monétaire international (FMI), tout en intensifiant la répression policière contre les travailleurs et les jeunes. Dans le même temps, il a renforcé l’alignement du Kenya sur l’impérialisme américain, devenant un allié majeur hors OTAN, soutenant les efforts de Washington pour remodeler le Moyen-Orient par le génocide, le changement de régime et les guerres, et déployant la police kenyane en Haïti pour réprimer l’immigration des Caraïbes vers les États-Unis.

L’année dernière, les mesures d’austérité de Ruto ont provoqué les manifestations de la génération Z, où des millions de Kenyans, en particulier des jeunes, ont lancé des manifestations de masse à travers le pays, dépassant des divisions tribales longtemps entretenues par la classe dirigeante. La police a répondu par une violence massive, tuant plus de 60 manifestants et en blessant des centaines d’autres. Cela a été suivi par une vague de grèves, au cours de laquelle des centaines de milliers d’enseignants, de travailleurs de la santé, de personnels des aéroports, de fonctionnaires des comtés et de professeurs se sont mobilisés pour s’opposer aux coupes budgétaires, aux projets de privatisation et aux promesses non tenues concernant les salaires et le personnel.

Le soulèvement de la génération Z a ébranlé le gouvernement et l’ensemble de la classe dirigeante kenyane. Des manifestations similaires se sont propagées au Nigeria, au Ghana, en Ouganda et au Mozambique. Les capitales de toute l’Afrique craignent que des troubles éclatent, alimentés par l’aggravation de la crise capitaliste mondiale.

En réponse à cette radicalisation, les staliniens kenyans ont enfilé une nouvelle chemise de «gauche». Le CPM-K a adopté une nouvelle constitution et un manifeste s’engageant à «démanteler les structures capitalistes exploiteuses et à établir une société juste et équitable». Il a adopté la faucille et le marteau et a choisi l’Internationale comme hymne officiel.

Booker Ngesa Omole, 2020 [Photo by Gracemutheum / Wikimedia / CC BY-SA 4.0]

Booker Omole, ancien vice-président du PCK, a été élu secrétaire général. Il a déclaré que la nouvelle direction «incarne l’esprit de notre lutte, avec un accent renouvelé sur la construction d’un mouvement révolutionnaire de masse». Il a affirmé que la mission du PCM-K était d’approfondir «les racines du Parti au sein des masses ouvrières» pour «porter le flambeau de la révolution démocratique de notre peuple».

Loin de construire un «véritable mouvement révolutionnaire de masse», le congrès du PCM-K a réaffirmé ce qui était déjà clair: malgré l’ajout du mot «marxiste» à son nom, le parti n’a aucune orientation vers la classe ouvrière. Il reste une organisation pro-capitaliste enracinée dans le nationalisme, représentant les intérêts de sections de la bourgeoisie et de la classe moyenne. Son héritage idéologique n’est pas le marxisme mais les traditions contre-révolutionnaires du stalinisme et de son jumeau, le maoïsme.

Le Congrès l’a rendu explicite en approuvant un manifeste insistant – conformément à la réactionnaire théorie stalinienne des deux étapes – pour dire que la lutte pour le socialisme au Kenya doit d’abord passer par l’étape du capitalisme «démocratique» à travers une «révolution démocratique nationale» – une alliance entre la classe ouvrière et les éléments «patriotes» et «non-compradores» de la bourgeoisie.

Dans cette «révolution démocratique nationale», le CPM-K prône la préservation du système de profit et une voie nationale, dirigée par l’État, vers le développement du capitalisme kenyan, comme première étape vers un socialisme dans un avenir indéfini. Le CPM-K appelle à un «système économique mixte où l’État, le secteur privé et le secteur coopératif coexistent».

Les profits capitalistes du Kenya doivent également être protégés de la concurrence extérieure. «Les politiques de libéralisation du néolibéralisme, qui ouvrent les marchés locaux à une concurrence étrangère déloyale, ont freiné l’agriculture, le commerce et l’industrie du Kenya. Le CPM-K insiste sur le devoir de l’État de protéger et de soutenir ces secteurs. Si les investissements étrangers sont les bienvenus, ils ne doivent pas porter atteinte aux domaines que les Kenyans sont capables de gérer de manière indépendante ni compromettre la souveraineté de la nation.»

Le CPM-K insiste sur la nécessité de négocier avec les institutions impérialistes comme le FMI et la Banque mondiale pour «obtenir un allègement de la dette», affirmant que «la question de la dette extérieure du Kenya sera abordée avec les créanciers pour garantir un allègement de la dette, facilitant ainsi la reprise économique et la croissance». En d’autres termes, il cherche un arrangement plus confortable avec les créanciers impérialistes, mais la classe ouvrière continuera à payer pour la dette d’une classe dirigeante kenyane corrompue.

Le programme du CPM-K présente le socialisme comme son objectif ultime, mais en pratique, il cherche à établir une économie capitaliste apparemment indépendante et autonome. Il y est explicitement indiqué: «En fin de compte, le CPM-K vise à construire une économie indépendante, intégrée au niveau national et autonome en mobilisant les ressources du Kenya.» Il affirme en outre son rejet du «cadre économique néolibéral», prônant à la place «des politiques locales créatives basées sur les priorités et les ressources du Kenya.»

L’utopie d’une autarcie économique capitaliste prônée par le PCM-K est du «socialisme dans un seul pays» – la politique d’État du stalinisme en URSS et du maoïsme en Chine – dépouillé de ses attributs socialistes. Dans le cas des deux modèles, la perspective aboutit à la restauration du capitalisme.

Ces événements ont confirmé l’analyse de longue date du mouvement trotskyste, représenté aujourd’hui par le Comité international de la Quatrième Internationale (CIQI). Le CIQI a insisté sur le fait que la fin de l’Union soviétique en 1991 n’était pas l’échec du socialisme mais du stalinisme et de son orientation nationaliste, incapables de résister aux pressions de la production mondialisée.

Ayant abandonné la lutte pour la révolution socialiste mondiale depuis longtemps, la bureaucratie stalinienne a répondu à la crise croissante de l’économie soviétique et à la montée de l’agitation de la classe ouvrière en s’intégrant au capitalisme mondial, en garantissant ses privilèges par la restauration de la propriété privée capitaliste.

L’effondrement de l’URSS n’était pas un événement isolé, mais le symptôme d’un effondrement plus large de l’ordre d’après-guerre et de l’intensification de la contradiction fondamentale du capitalisme, celle entre l’économie mondiale et le système désuet des États-nations.

Au lieu d’ouvrir la voie à ce que les propagandistes bourgeois ont clamé être la «fin de l’histoire» et le triomphe de la démocratie capitaliste, la chute de l’Union soviétique et la disparition de son modèle économique autarcique ont préfiguré la transformation ou l’effondrement de tous les partis et institutions fondés sur la régulation économique nationale, la réforme sociale et l’industrialisation par substitution aux importations. Aucune des contradictions fondamentales du capitalisme ayant conduit aux luttes révolutionnaires du XXe siècle – la guerre, les inégalités sociales, la réaction fasciste – n’a été résolue.

Aujourd’hui, face à la colère explosive devant les inégalités sociales produites par des décennies d’austérité et de chômage de masse dans l’Union européenne post-soviétique, la classe dirigeante se prépare à nouveau à la guerre et à la dictature.

Au Kenya, la crise s’est manifestée par une austérité massive, des hausses d’impôts sous le gouvernement de Ruto, un creusement des inégalités (8300 personnes contrôlent plus de richesses que les 99,9 pour cent les plus pauvres, soit plus de 44 millions de personnes) et une escalade de la répression policière.

Le CPM-K tente de reconstruire sa crédibilité auprès des travailleurs et des jeunes dans un contexte d’opposition croissante au gouvernement Ruto, auquel s’est rallié désormais ouvertement l’ODM (Orange Democratic Movement), dont le dirigeant milliardaire Raila Odinga joue depuis longtemps le rôle de répresseur des troubles sociaux et de canalisateur du mécontentement vers des manœuvres parlementaires sans issue. Un vide à gauche se creuse rapidement.

Dans ces conditions, le changement d’image du CPM-K est une tentative calculée pour bloquer l’opposition croissante à l’establishment politique de Ruto-Odinga parmi les travailleurs et les jeunes de gauche. Représentant les intérêts d’une couche aisée de la classe moyenne supérieure, les staliniens s’appuient sur la répression de la classe ouvrière et sa subordination continue à l’ordre politique existant.

Le CPM-K appelle à un pivot vers la Chine

Derrière sa rhétorique de gauche et ses appels nationalistes à donner la priorité au capitalisme kenyan, le CPM-K se positionne comme un véhicule pour des sections de la bourgeoisie frustrées par l’alignement du gouvernement Ruto-Odinga sur les États-Unis. Le Kenya n’ayant que peu à gagner de son partenariat stratégique avec Washington, ces factions voient la Chine comme une alternative plus lucrative. Ici, la lignée maoïste du CPM-K et les liens de ses dirigeants avec la Chine sont considérés comme un atout pour renforcer les liens avec Pékin.

Depuis l’indépendance du Kenya il y a soixante ans, la bourgeoisie kenyane est un larbin loyal de l’impérialisme. Elle héberge des bases militaires britanniques et américaines, facilite les opérations de renseignement et participe à des programmes de lutte contre le terrorisme. Les interventions militaires du Kenya, notamment son invasion de la Somalie sous couvert de lutte contre Al-Shabaab en 2011, ont été menées au service des objectifs géostratégiques des États-Unis, visant à contrôler la Corne de l’Afrique. Nairobi dirige également une mission de police soutenue par l’Occident en Haïti, a soutenu le génocide israélien contre les Palestiniens et s’est aligné sur les frappes aériennes américano-britanniques au Yémen.

L’année dernière, cette relation a culminé avec la désignation par Washington du Kenya comme allié majeur non membre de l’OTAN (MNNA). Cette désignation fait du Kenya le seul pays d’Afrique subsaharienne à entretenir avec les États-Unis une relation de coopération militaire de haut niveau.

[Photo: US Government / Flickr]

Cependant, au cours des quinze dernières années, le poids extraordinaire de l’influence économique chinoise a créé une base sociale pour une faction pro-chinoise au sein de la classe dirigeante et de parties de la classe moyenne aisée.

Les échanges bilatéraux entre Nairobi et Pékin sont passés d'environ 2,4 milliards de dollars en 2011 à plus du double en 2018 (5,3 milliards de dollars). Cette tendance à la hausse s'est poursuivie, les exportations chinoises vers le Kenya atteignant 7,8 milliards de dollars en 2024. Pékin a joué un rôle déterminant dans le financement et la construction de grands projets d'infrastructures, notamment la ligne ferroviaire à écartement standard Mombasa-Nairobi (SGR), la super-autoroute de Thika facilitant le transport de matières premières et de produits finis entre Nairobi et Thika, deuxième ville la plus industrialisée du pays, et des projets comme le terminal pétrolier de Kipevu dans le port de Mombasa, le port de Lamu, le pont flottant de Liwatoni et le barrage de Thwake.

Ces années d’investissement et de commerce chinois ont coïncidé avec la croissance économique du Kenya, qui a atteint en moyenne près de 5 pour cent entre 2015 et 2019. Cette expansion a contribué à l’émergence d’une petite classe moyenne urbaine fragile, mais en pleine croissance: près d’un tiers d’entre eux n’étant qu’à un choc financier de retomber dans la pauvreté.

Cette couche sociale trouve son expression au sein du CPM-K. Son secrétaire général, Omole, jouit du confort d’une maison indépendante à Syokimau: une communauté riche et fermée, loin des luttes quotidiennes de la classe ouvrière, dans sa grande majorité coincée dans des bidonvilles comme Kibera et Mathare, ou entassés dans des appartements densément peuplés à Eastlands, Githurai et Ruiru. Le siège du CPM-K se trouve à Kileleshwa, l’un des quartiers les plus aisés de Nairobi, où le loyer d’un appartement de deux pièces est trois fois supérieur au salaire moyen d’un ouvrier. Ses dirigeants se permettent également des voyages de luxe à Pékin.

Le CPM-K est ainsi devenu la faction la plus ouvertement pro-Pékin et exprime les intérêts des sections de la classe moyenne et de la bourgeoisie ayant bénéficié de la montée de l’influence économique de la Chine sur le continent. Son changement d’image intervient dans un contexte de débat intense au sein de la classe dirigeante sur l’orientation étrangère du pays – un débat exacerbé par les coupes budgétaires de l’USAID décidées par le président américain Trump.

L'aide américaine a contribué à hauteur d'environ 1,68 milliard de dollars par an à l'économie kenyane, dont 1 milliard de dollars d'aide bilatérale et multilatérale directe et 678 millions de dollars supplémentaires provenant de mesures de soutien. Les coupes budgétaires devraient entraîner la perte de 35 000 emplois, déstabilisant encore davantage une économie déjà fragile.

Dans les années 2000, les staliniens kenyans ont collaboré avec la bourgeoisie kenyane et l’impérialisme américain et britannique pour rédiger la Constitution de 2010. Ils ont approuvé l’intervention militaire du Kenya en Somalie en 2011, soutenue par les États-Unis, déclarant: «Nous avons applaudi l’administration de M. [Uhuru] Kenyatta pour avoir pris la mesure audacieuse de sécuriser nos frontières […]. Et il est certain que tout le monde peut convenir qu’après l’intervention kenyane en Somalie, les cas de terrorisme ont été très minimes.»

Aujourd’hui, plus d’une décennie plus tard, le CPM-K appelle à une réorientation fondamentale de la politique étrangère du Kenya. Il préconise un tournant en direction d’un alignement plus étroit avec la Chine capitaliste et d’un éloignement des puissances impérialistes américaines et européennes. L’année dernière, le secrétaire général Omole s’est rendu à Londres pour participer à un événement organisé par le groupe stalinien britannique Friends of Socialist China, intitulé «L’Afrique, la Chine et l’essor du Sud global». Dans son discours, Omole a déclaré:

Aujourd’hui, la Chine se présente comme une contre-force, proposant une voie alternative fondée sur le respect mutuel et la coopération. Son ascension sans asservissement d’autres nations la distingue de l’Occident, qui a accumulé ses richesses aux dépens des pays du Sud. La politique de non-ingérence de la Chine s’oppose de façon frappante à l’interventionnisme occidental, dont l’héritage de pillage et de colonialisme continue de hanter et de définir des régions comme l’Afrique.

L’engagement de la Chine envers l’Afrique est devenu un signe distinctif de la nouvelle ère, une ère caractérisée par des partenariats stratégiques et une coopération mutuelle. Par le biais d’initiatives telles que l’initiative Belt and Road, la Chine remet en cause la domination du capital financier occidental en Afrique, en proposant des alternatives indispensables et durables pour le développement. […] Ses contributions au Sud global, des infrastructures à la technologie, témoignent des changements de marée qu’apporte la mondialisation.

En défendant un ordre international nouveau et juste fondé sur des idéaux socialistes aux caractéristiques chinoises, la Chine a sorti des milliards de personnes de la pauvreté et favorisé le développement national. Contrairement à l’hypocrisie occidentale en matière de droits de l’homme, la Chine met l’accent sur les droits économiques et la souveraineté comme caractéristiques d’une véritable égalité.

C’est là un mensonge. La Chine n’est pas un État socialiste, mais une dictature policière capitaliste dirigée par le Parti communiste chinois (PCC), un appareil qui a violemment écrasé la classe ouvrière lors du massacre de la place Tiananmen en 1989 avant d’accélérer la restauration capitaliste à grande échelle. Aujourd’hui, le PCC est le parti au pouvoir de la bourgeoisie chinoise et de ses milliardaires.

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Plus important encore, l’ascension de la Chine en tant que puissance économique n’a pas conduit à un développement pacifique du capitalisme, mais a seulement intensifié les conflits entre Pékin et les puissances impérialistes. Alors que l’oligarchie au pouvoir en Chine restreint le pillage direct par l’impérialisme de ses vastes ressources, de sa main-d’œuvre et de sa technologie en rapide évolution, les puissances occidentales, poussées par l’aggravation de leurs crises, sont déterminées à supprimer toutes les restrictions, par la guerre si nécessaire. Incapable de faire appel à la classe ouvrière, le régime chinois répond à ces menaces en oscillant entre menaces militaires et tentatives de négociations avec les puissances impérialistes.

Le CPM-K minimise délibérément le danger de guerre. En effet, il promeut la fausse théorie de la «multipolarité» qui affirme que les anciennes colonies peuvent coexister plus ou moins pacifiquement avec les puissances impérialistes de l’OTAN. Son nouveau manifeste déclare:

L’affaiblissement de la domination du dollar américain et l’essor de structures économiques d’alternative comme les BRICS sont les signes avant-coureurs d’un ordre mondial qui ne sera plus entravé par les diktats impérialistes américains. Cette transformation permettra aux révolutions de libération nationale de prospérer, déclenchant une résurgence du socialisme et des démocraties populaires dans les nations opprimées. Le déclin de l’impérialisme préfigure un avenir meilleur où les nations rechercheront une véritable indépendance, la paix et la justice sociale selon leurs propres conditions.

Cette perspective est vouée à l’échec, car elle repose sur l’illusion que les puissances américaines et européennes accepteront passivement leur déclin et permettront à la Chine de consolider son contrôle sur les minéraux et les ressources naturelles clés en Afrique et ailleurs. En réalité, Washington a passé les trois dernières décennies à mener des guerres incessantes en Europe de l’Est, au Moyen-Orient et en Afrique pour tenter désespérément de compenser son déclin économique. Aujourd’hui, la Chine se trouve encerclée par un réseau croissant d’alliances militaires dirigées par les États-Unis.

Cette rivalité croissante se reflète clairement dans la réorientation agressive de la politique étrangère américaine par l’administration Trump, qui vise à sécuriser les ressources essentielles et les voies commerciales mondiales. Trump a proposé d’annexer le Groenland et de prendre le contrôle du canal de Panama, deux éléments essentiels au commerce mondial et à la logistique militaire, tout en intensifiant la pression économique et militaire sur le Canada et l’Amérique latine pour consolider la domination américaine sur l’hémisphère occidental.

Ces manœuvres font partie d’une stratégie plus large dirigée contre la Chine alors que Washington intensifie la guerre économique, étend les restrictions commerciales et cherche à dominer les chaînes d’approvisionnement mondiales, en particulier pour les semi-conducteurs et les terres rares, essentiels à l’industrie moderne et à la technologie militaire.

Les BRICS ne peuvent pas constituer une alternative aux États-Unis. Il s’agit d’une coalition informelle d’États capitalistes liés uniquement par une reconnaissance commune de la menace existentielle que représentent la domination mondiale de Washington et l’hégémonie du dollar. Les États membres ou candidats – comme l’Inde et le Pakistan, l’Iran et l’Arabie saoudite – se sont retrouvés à plusieurs reprises au bord de la guerre, sujets à des tensions géopolitiques de longue date qui contredisent directement la notion d’un bloc homogène tel que décrit par les staliniens kenyans.

L’orientation du CPM-K vers Pékin n’a rien à voir avec une quelconque solidarité avec la classe ouvrière chinoise, confrontée à la perspective d’une guerre menée par l’impérialisme, mais avec la sécurisation du flux de capitaux chinois destinés à l’enrichissement la bourgeoisie kenyane, tout en espérant que la présentation trompeuse de la Chine comme d’un État socialiste – couplé à un afflux constant de capitaux chinois – aidera la bourgeoisie kenyane à contenir la lutte des classes.

La seule perspective viable pour faire face à l’escalade incessante de la guerre des puissances impérialistes est de construire un mouvement anti-guerre révolutionnaire et socialiste au sein de la classe ouvrière internationale.

À suivre