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Près de 100 manifestants du groupe antisioniste Jewish Voice for Peace ont été arrêtés jeudi après avoir rempli le hall de la Trump Tower à New York pour demander la libération de l'activiste palestinien Mahmoud Khalil. L'ancien étudiant diplômé de Columbia a été arrêté devant son domicile de Manhattan par des agents de l'Immigration and Customs Enforcement (ICE) dans la nuit de samedi à dimanche.
Jeudi également, l'université de Columbia, qui entretient des liens étroits avec le Parti démocrate, a suspendu, expulsé ou révoqué les diplômes de 22 étudiants ayant participé aux manifestations contre le génocide de Gaza l'année dernière. Cette mesure exceptionnelle a été prise le jour même où une lettre de la Maison-Blanche a exigé des mesures disciplinaires comme « condition préalable » à des négociations sur « la poursuite des relations financières de l'université de Columbia avec le gouvernement des États-Unis ».
Des reportages indiquent également que des agents de l'ICE se sont rendus dans d'autres résidences du quartier de l'université de Columbia, à la recherche d'autres cibles à placer en détention.
La détention de Khalil a suscité une indignation grandissante à New York, dans toute l'Amérique et dans le monde entier. Plus de 3 millions de personnes ont signé une pétition en ligne demandant la libération de Khalil, et une collecte de fonds en ligne pour sa défense juridique a dépassé son objectif de 250 000 dollars mercredi et est maintenant sur le point de le doubler.
Khalil a été arraché aux bras de sa femme, enceinte de huit mois, et transporté par avion à 1300 kilomètres de là jusqu'à une prison privée en Louisiane. Pendant près d'une demi-journée, ni sa femme ni ses avocats n'ont su où il se trouvait : Khalil avait effectivement été fait « disparaitre » par la Gestapo de l'immigration de l'administration Trump. L'ICE a refusé d'autoriser les avocats de Khalil à avoir un contact approprié avec lui jusqu'à ce qu'un juge fédéral le leur ordonne mercredi.
Trump et le secrétaire d'État Marco Rubio, qui a été confirmé à l'unanimité par le Sénat américain au début de l'année, ont clairement indiqué que Khalil n'avait pas été arrêté pour avoir commis un crime, mais pour avoir exprimé des opinions qui le mettaient en désaccord avec la politique étrangère des États-Unis au Moyen-Orient. Trump a donné le feu vert au gouvernement de Netanyahou pour « nettoyer » la population palestinienne de la bande de Gaza et recoloniser la région.
Lors de la manifestation à la Trump Tower, environ 300 manifestants de Jewish Voice for Peace ont commencé à remplir le hall d'entrée du bâtiment à l'heure du déjeuner. Ils ont ensuite enlevé leurs manteaux pour montrer des T-shirts rouges portant des slogans antisionistes et antigénocide, dont « Les Juifs disent : arrêtez d'armer Israël », « Les Juifs disent : libérez Mahmoud et libérez la Palestine », « Pas en notre nom » et «Combattez les nazis, pas les étudiants ».
Le service de sécurité de la Trump Tower a appelé la police de New York, et le chef John Chell a personnellement supervisé le déploiement de dizaines de policiers, tandis que les ordres de cesser la manifestation et de se disperser étaient diffusés par les haut-parleurs de l'immeuble. Près de la moitié des manifestants ont décidé de rester sur place et de se faire arrêter afin de manifester publiquement leur soutien à Mahmoud Khalil. Ils ont été arrêtés, menottés par des liens en plastique et embarqués dans des fourgons de police et dans un bus de la ville afin d'être placés en détention pour des délits mineurs.
Selon un communiqué de Jewish Voice for Peace, les manifestants comprenaient des rabbins, des descendants de survivants de l'Holocauste, ainsi que des fonctionnaires et des célébrités. S'adressant à la presse, Jane Hirschmann, petite-fille et nièce de victimes de l'Holocauste, a déclaré :
L'enlèvement de Mahmoud Khalil par le régime Trump est une preuve supplémentaire que nous sommes au bord d'une prise de pouvoir totale par un régime autoritaire. En tant que Juifs de conscience, nous connaissons notre histoire et nous savons où cela nous mène. C'est ce que font les fascistes lorsqu'ils consolident leur pouvoir.
L'actrice Debra Winger faisait partie des personnes arrêtées. Elle a déclaré à l'Associated Press :
Je ne fais que défendre mes droits et je défends Mahmoud Khalil, qui a été enlevé illégalement et emmené dans un lieu tenu secret. Cela ressemble-t-il à l'Amérique selon vous ?
James Schamus, professeur à l'université de Columbia et de confession juive, a déclaré au New York Times que l'affirmation selon laquelle le campus était « en quelque sorte un foyer d'intolérance antisémite » était ridicule. Il a déclaré :
Nous savons tous plutôt que Columbia est un foyer d'étudiants qui élèvent leur voix et leur conscience pour protester contre les politiques inhumaines imposées par ce régime.

La manifestation à la Trump Tower intervient un jour après que plus de 1000 manifestants se sont rassemblés à Foley Square pour montrer leur soutien à Khalil lors d'une audience devant un tribunal fédéral sur la requête de ses avocats en vue d'obtenir une ordonnance d'habeas corpus, le droit constitutionnel le plus fondamental qu'un individu puisse faire valoir à l'encontre de l'État. Le juge fédéral Jesse Furman a retardé les plaidoiries sur l'assignation jusqu'à ce que les avocats de Khalil puissent consulter directement leur client, une procédure qui a commencé mercredi soir.
Les avocats des deux parties doivent déposer d'autres documents auprès du tribunal vendredi, décrivant la manière dont ils envisagent de poursuivre l'affaire. L'administration Trump a admis devant le tribunal que Khalil ne pouvait pas être expulsé avant que l'affaire fédérale ne soit tranchée, mais elle a cherché à faire transférer l'affaire de New York au New Jersey ou à la Louisiane, espérant, en particulier dans ce dernier endroit, avoir un juge de district et une cour d'appel plus à droite.
L'avocate de Khalil, Amy Greer, a participé mercredi soir à l'émission « Top Story with Tom Llamas » sur NBC et a déclaré que l'administration Trump violait la Constitution. Elle a déclaré :
Ce n'est pas ce à quoi nous sommes habitués dans ce pays, et il est directement contraire à notre Constitution que des personnes soient simplement enlevées, qu'on n'entende plus parler d'elles, qu'elles soient déplacées à l'autre bout du pays sans que personne ne sache pourquoi, où, comment ou quelle est la justification.
Llamas a comparé cette situation à la « disparition » de manifestants antigouvernementaux en Argentine et dans d'autres dictatures latino-américaines dans les années 1970, lorsque les victimes étaient torturées et, dans de nombreux cas, transportées par hélicoptère et jetées à la mer.
La saisie de Khalil marque une escalade majeure dans la volonté de l'administration Trump d'instaurer une dictature présidentielle. L'attaque contre Khalil s'inscrit dans le cadre d'une répression plus large de l'opposition, les universités étant placées sous la surveillance de la police, où les étudiants qui s'élèvent contre le génocide sont confrontés à la répression de l'État. Ces méthodes – disparitions, arrestations de masse et règne par décret – ont été historiquement utilisées par les régimes fascistes pour écraser la dissidence politique et préparer des crimes encore plus graves.
Le Parti démocrate se tient aux côtés de l'administration Trump sur cette question, comme sur toute autre question où les intérêts vitaux de l'impérialisme américain sont concernés. Il y a eu quelques protestations verbales et écrites, mais simplement pour la forme. Dans les coulisses, et dans de nombreux cas tout à fait ouvertement, les principaux démocrates soutiennent l'arrestation et la déportation de Mahmoud Khalil et la répression de quiconque s'oppose au génocide israélo-américain à Gaza, qui a été financé et armé par l'administration démocrate de Biden pendant plus d'un an.
La classe ouvrière doit intervenir. L'indignation suscitée par l'arrestation de Khalil doit se transformer en manifestations de masse et en grèves contre la dictature de Trump. Les étudiants ne peuvent pas se battre seuls : cette lutte doit être portée sur les lieux de travail, en liant la lutte pour les droits démocratiques à la lutte contre les inégalités sociales, la guerre et le système capitaliste lui-même.
Une distribution des déclarations du World Socialist Web Site à l'usine de pièces automobiles Dana dans la banlieue de Detroit, à Warren, jeudi, a été accueillie par une puissante réponse des travailleurs. Khalil est un ancien membre des Travailleurs unis de l'automobile alors qu'il était étudiant à l'université.
Un ouvrier d’expérience a déclaré : « J'espère que nous pourrons faire libérer Khalil. Les républicains et les gens de droite sont des gens mauvais, et les démocrates ne sont que des mauviettes qui se laissent faire. » Un autre jeune ouvrier de Dana a ajouté : «Libérez Mahmoud ! Tous les membres de l'UAW devraient se mettre en grève pour protester contre cette décision. C'est tout simplement cruel. »
(Article paru en anglais le 14 mars 2025)