L'administration Trump défie effrontément l'autorité d'un juge fédéral de Washington DC, qui a ordonné l'arrêt des vols d'expulsion qui ont envoyé plus de 250 hommes vénézuéliens et salvadoriens au Salvador, où ils ont été immédiatement emprisonnés par le gouvernement fasciste du président Nayib Bukele, agissant en tant que sous-traitant des États-Unis.
Le juge fédéral de district James Boasberg, qui préside le tribunal chargé des affaires dans la capitale américaine, a émis samedi une ordonnance restrictive de 14 jours contre le décret de Trump invoquant la loi de 1798 sur les ennemis étrangers (Alien Enemies Act). Boasberg a pris cette mesure après que l'Union américaine pour les libertés civiles et Democracy Forward ont déposé une requête d'urgence au nom de cinq des prisonniers vénézuéliens, qui ont nié les affirmations non fondées de Trump selon lesquelles ils étaient membres du gang Tren de Aragua.
Le juge a demandé aux responsables fédéraux – d'abord oralement, puis par écrit – d'interrompre les expulsions jusqu'à ce que les affaires puissent être examinées par un tribunal. Il a ajouté que si des avions étaient déjà en vol, ils devaient faire demi-tour immédiatement et ramener les prisonniers sur le sol américain.
Au lieu de cela, deux avions qui avaient déjà décollé du sud du Texas ont poursuivi leur route vers le Salvador, atterrissant vers minuit, quelques heures après l'ordre du juge. Un troisième avion a décollé après l'ordre du juge et a suivi le même itinéraire.
Au cours de la journée de lundi, la Maison-Blanche a mené une politique à deux vitesses, se contentant de dire qu'elle obéissait à l'ordonnance du juge Boasberg, au moins lors d'une audience devant le juge, tout en déclarant qu'elle défiait ouvertement l'autorité judiciaire.
Le ton a été donné par les principaux voyous fascistes de Trump en matière d'immigration, Tom Homan et Stephen Miller. Homan, le « tsar des frontières » de la Maison-Blanche, a déclaré à Fox News que les vols d’expulsion en vertu de la Loi sur les ennemis étrangers se poursuivraient. « Nous ne nous arrêterons pas », a-t-il déclaré, « nous nous moquons de ce que les juges pensent, ou de ce que la gauche pense. Nous ferons ce qu’il faut ».
S'exprimant également sur Fox, le chef de cabinet adjoint de la Maison-Blanche, Miller, a affirmé que l'ordonnance de Boasberg était « sans aucun doute l'ordonnance la plus illégale qu'un juge ait émise de toute notre vie ». Il a ajouté : « Un juge d'un tribunal de district n'a pas le pouvoir de diriger les opérations de sécurité nationale de l'exécutif. Le président a agi [au] plus haut de son autorité constitutionnelle. »
« Le juge a rendu son ordonnance illégale sans avoir reçu la moindre information sur cette organisation terroriste et sur la diplomatie qui a été menée », a ajouté Miller. « Sans parler du fait qu'il tente d'ordonner le déplacement d'un avion qui opère en dehors des États-Unis. »
Le juge Boasberg n'avait aucune information sur Tren de Aragua parce que l'administration Trump a refusé de la fournir : déclarant à plusieurs reprises qu'elle ne le ferait pas pour des raisons de « sécurité nationale ». Au lieu de cela, la Maison-Blanche prétend que le président a le pouvoir de déterminer qu'un Vénézuélien est membre d'un gang sans aucune procédure régulière. Dans de nombreux cas, selon la presse, les tatouages sont la seule « preuve » de l'appartenance à un gang, quel que soit leur contenu.
Quant à l'affirmation de Miller selon laquelle l'ordonnance du juge n'était pas valable parce qu'elle concernait des avions en dehors des États-Unis, cet argument est absurde. Comme le juge l'a fait remarquer à un avocat du ministère de la Justice qui a fait la même déclaration lors d'une audience lundi en fin de journée, quel que soit l'endroit où se trouve l'avion, ceux qui dirigent ses déplacements se trouvent à Washington DC et sont donc soumis à sa juridiction en tant que juge fédéral pour cette région.
Dans un effort extraordinaire pour bloquer à la fois l'audience de lundi et tout examen futur par le juge Boasberg, le ministère de la Justice a déposé une requête auprès de la cour d'appel du District de Columbia pour que l’affaire soit retirée à Boasberg. Il a affirmé que sa demande d'informations détaillées sur les vols d'expulsion était « manifestement inappropriée et présentait de graves risques pour la conduite du gouvernement dans des domaines tout à fait inadaptés à une supervision de microgestion par un juge de tribunal de district ».
La cour d'appel a donné aux groupes défendant les droits légaux des migrants jusqu'à mardi pour déposer un mémoire, et au gouvernement jusqu'à mercredi pour y répondre. Dans l'intervalle, le juge Boasberg a ordonné au ministère de la Justice de fournir tous les détails des vols d'expulsion mardi.
Comme ils l'ont fait pour d'autres juges fédéraux qui ont retardé ou bloqué des décrets de Trump en les jugeant illégales ou inconstitutionnelles, les républicains de la Chambre des représentants ont immédiatement appelé à la destitution du juge Boasberg. Ils ont été rejoints dans cette démarche par le centimilliardaire Elon Musk, principal exécutant de Trump pour le démantèlement de programmes sociaux fédéraux et des emplois correspondants.
Les mesures prises par l'administration Trump depuis vendredi soir, lorsque Trump a signé le décret invoquant l'Alien Enemies Act, franchissent le Rubicon en termes d'affirmation de l'autorité présidentielle illimitée.
L'affirmation, faite à la fois par les porte-parole de la Maison-Blanche et dans les dossiers judiciaires, selon laquelle il n'y a pas de contrôle constitutionnel sur le pouvoir du président, en particulier dans les domaines considérés comme relevant de la « sécurité nationale », y compris l'immigration, équivaut à une déclaration de dictature présidentielle.
De telles affirmations constituent clairement un délit passible de mise en accusation, mais aucun dirigeant du Parti démocrate ni aucun média ne suggère qu'une telle action est justifiée.
La position du Parti démocrate consiste toujours à implorer le président-dictateur de cesser d'agir en dictateur, tout en s'opposant à toute action visant à mobiliser la population américaine contre lui.
Quatre sénateurs démocrates, tous membres de la commission judiciaire du Sénat et dirigés par Dick Durbin, de l'Illinois, chef adjoint des démocrates du Sénat, ont publié lundi une brève déclaration critiquant l'invocation par Trump de l'Alien Enemies Act, la décrivant comme une « loi archaïque de temps de guerre » que Trump utilise pour l'application de la législation sur l'immigration dans « un autre coup de force illégal et éhonté ».
La lettre souligne qu'il n'y a pas de guerre et que les immigrants ne constituent pas une invasion : « En outre, ce sont les tribunaux qui déterminent si des personnes ont enfreint la loi, et non un président agissant seul. » Mais la lettre se termine docilement par ces mots : « Nous tous, y compris les tribunaux, devons continuer à exiger des comptes à cette administration et empêcher l'administration Trump de nous entraîner sur une voie sombre et dangereuse. »
La lettre ne préconise aucune action, s'en remettant en fait aux tribunaux (au sommet desquels se trouve la Cour suprême avec une majorité de fascistes, dont trois ont été nommés par Trump).
Durbin parle d’« exiger des comptes », mais il a voté vendredi, avec le chef de la minorité du Sénat Chuck Schumer, pour la résolution budgétaire soutenue par Trump et les républicains, qui donne à l'administration un chèque en blanc pour mener à bien son assaut contre les droits démocratiques et les programmes sociaux pour les six prochains mois.
(Article paru en anglais le 18 mars 2025)