Nous publions ci-dessous « Pour la défense des immigrés et l’abolition de la Gestapo de l’immigration », la troisième des six résolutions adoptées à l’unanimité par le 9e Congrès national du Socialist Equality Party (Parti de l’égalité socialiste, États-Unis), qui s’est tenu du 2 au 7 août 2026. La résolution a été introduite par un rapport au Congrès , présenté par Eric London.
1. L'instauration d'une dictature aux États-Unis est axée sur l'escalade de l’assaut lancé contre les travailleurs immigrés. L'ICE, transformée en force paramilitaire, mène une opération de déportation massive. Des agents armés patrouillent dans les villes, arrêtant des travailleurs sur leurs lieux de travail, dans les écoles, les hôpitaux et les tribunaux. Plus de 10 000 personnes ont été arrêtées durant la seule première semaine de juillet, suite à l'intensification des raids sur les lieux de travail ordonnée par la Maison-Blanche. Des centaines de milliers de personnes ont été détenues et expulsées depuis le retour au pouvoir de Trump.
2. Un réseau national de camps de concentration a été construit à travers les États-Unis, où des hommes, des femmes et des enfants sont détenus sans inculpation. La somme astronomique de 45 milliards de dollars a été allouée à ces seuls camps, sur un total de près de 250 milliards de dollars engagés pour l'ICE et le CBP jusqu'à la fin du mandat de Trump. En vertu de l'Alien Enemies Act de 1798, des immigrants ont été arrêtés sans procès et transférés dans des prisons étrangères, notamment des centaines déportés au camp de concentration de CECOT au Salvador. L'administration a ouvertement menacé de suspendre l'habeas corpus – le droit de contester sa détention devant un tribunal, inscrit à l'article I de la Constitution – pour les immigrants. Un droit aboli pour les immigrants est aboli pour tous, et sa destruction constitue le fer de lance de l'attaque contre les droits démocratiques de l'ensemble de la classe ouvrière.
3. L’État tue en toute impunité. Cinquante-deux immigrants sont morts en détention de l’ICE durant les 500 premiers jours du second mandat de Trump. À Minneapolis, des agents fédéraux ont abattu Renée Nicole Good, mère de trois enfants, et Alex Pretti, infirmier et syndicaliste qui s’était arrêté pour filmer une arrestation. Le vice-président JD Vance a ensuite déclaré que le meurtrier bénéficiait d’une « immunité absolue ».
4. Le 7 juillet à Houston, des agents de l'ICE ont abattu Lorenzo Salgado Araujo, un ouvrier du bâtiment de 52 ans qui travaillait dans la construction de maisons dans la ville depuis 35 ans, alors qu'il se rendait sur un chantier au volant de sa camionnette. Les témoins de sa mort, dont son frère, ont été placés en détention, tandis que le gouvernement protège l'identité du meurtrier et que le FBI enquête sur la victime. Six jours plus tard à Biddeford, dans le Maine, des agents ont tiré sept balles sur la voiture de Joan Sebastián Guerrero, un travailleur colombien de 26 ans en possession d'un permis de travail valide et dont la demande d'asile était en cours d'examen. Ils l'ont ensuite extrait de la carcasse du véhicule et menotté alors qu'il perdait son sang et mourait sous les yeux de sa femme et de sa fille.
5. La guerre menée par le régime contre les immigrants a provoqué les plus importantes manifestations d'opposition depuis des décennies. Les meurtres de Good et Pretti ont rassemblé 100 000 personnes dans les rues de Minneapolis et déclenché des manifestations de masse et des grèves scolaires contre l'ICE à travers le pays en janvier et février 2026. De ville en ville, les raids de l'ICE ont suscité des affrontements entre les manifestants et les agents, et des voisins se sont organisés pour se protéger mutuellement. Ce mouvement contre l'ICE a directement alimenté les manifestations « No Kings », parmi les plus importantes de l'histoire américaine.
6. Les événements de Minneapolis furent une expérience stratégique pour toute la classe ouvrière. Des manifestations de masse contre les meurtres ont émergé des appels croissants à la grève générale. L'appareil syndical a rejeté ces appels. Confrontées à un mouvement exigeant la mobilisation de toute la force de la classe ouvrière, les bureaucraties syndicales ont refusé d'organiser ne serait-ce qu'un seul arrêt de travail. Le gouverneur démocrate de l'État a déployé la police d'État et la Garde nationale non pas contre les raids, mais pour protéger les agents face à la population, a salué un « partenariat » avec le responsable de la sécurité frontalière de Trump et a présenté comme un « recul » ce qui était en réalité un redéploiement des agents de l'ICE vers d'autres villes.
7. Au Congrès, les démocrates ont simulé des votes « non », abandonné toutes les restrictions proposées pour les agents de la Gestapo de l'ICE [Agence de l'immigration et des douanes] et ouvert la voie à des dizaines de milliards de dollars de nouveaux financements pour l'ICE et le CBP (service douanes et protection des frontières). La machine à expulser que Trump utilise a été construite et développée sous les administrations démocrates. Obama, le « déporteur en chef », a expulsé plus de 3 millions d'immigrants, plus que tout autre président avant lui, tout en mettant en place l'infrastructure de détention et les systèmes de surveillance que l'ICE utilise aujourd'hui. Biden a maintenu les camps, a utilisé le Titre 42 pour procéder à des millions d'expulsions sommaires, a déployé des agents de la police des frontières à cheval contre des réfugiés haïtiens à Del Rio et a expulsé plus de personnes au cours de sa dernière année de mandat que pendant n'importe quelle année de la première présidence de Trump.
8. La guerre contre les immigrés est le fer de lance de la construction d'un État policier dirigé contre toute la classe ouvrière. Une force capable d'assassiner un ouvrier du bâtiment sur le chemin du travail en toute impunité peut être, et sera, retournée contre les grévistes, les manifestants et toute forme d'opposition populaire. Dans l'affaire Prairieland au Texas, 15 manifestants opposés à l'ICE ont été condamnés à un total de 556 ans de prison pour « soutien matériel au terrorisme » – des peines dignes des pires crimes, infligées par le même gouvernement qui a gracié 1 600 participants au coup d'État du 6 janvier, dont les fascistes qui ont agressé des policiers. Les accusés de Prairieland sont des prisonniers politiques, punis pour leur opposition aux attaques contre les immigrés, et non pour leurs actes. L'incitation fasciste à la haine contre les immigrés sert à la fois à diviser la classe ouvrière et à habituer la société à la violence d'État. Les attaques contre les immigrés sur le territoire national sont également indissociables de la montée de la violence impérialiste à travers l'hémisphère. En effet, nombre de ceux visés par une procédure d'expulsion ont fui les conditions catastrophiques engendrées par l'impérialisme américain en Amérique latine et à l'international.
9. L’agression contre les migrants et les réfugiés est un phénomène international. Derrière les remparts de « l’Europe forteresse », les puissances européennes ont transformé la Méditerranée en charnier où des dizaines de milliers de réfugiés se sont noyés au cours de la dernière décennie. Elles financent les milices libyennes qui interceptent les survivants et les renvoient dans des camps de torture, elles emprisonnent les demandeurs d’asile dans des camps sur des îles et adoptent, les unes après les autres, des politiques d’expulsion autrefois liées uniquement à l’extrême droite. Des États-Unis à l’Europe en passant par l’Australie, les classes dirigeantes répondent à la migration des travailleurs par la violence, la détention et la mort.
10. Or, la division que la classe dirigeante cherche à imposer se heurte à un fait objectif : la mondialisation de la production a créé une seule classe ouvrière internationale. Depuis 1980, le développement des forces productives mondiales a ajouté à ses rangs plus de deux milliards de personnes. Pour la première fois de l’histoire, la majorité de l’humanité vit dans des villes, et le travail des ouvriers de tous les continents est interconnecté au sein de chaînes de production qui s’étendent à l’échelle de l’hémisphère et du monde. Chaque marchandise est le produit de ce travail collectif international. Il n’existe pas d’économie « américaine » en dehors du travail des ouvriers nés au Mexique, en Amérique centrale, dans les Caraïbes, en Asie et en Afrique, et le travailleur immigré dans une usine, un entrepôt ou un champ américain est l’incarnation vivante de l’unité internationale de la classe ouvrière. Le nationalisme dirigé contre les immigrés est une révolte réactionnaire contre la structure objective de la vie économique moderne. L’unité de la classe ouvrière n’est pas une aspiration; c’est une réalité objective que le parti s’efforce de faire passer dans la conscience collective.
11. Ce Congrès réaffirme les résolutions des Congrès du parti de 2014 et 2016 sur la défense des travailleurs immigrés et l’unité des travailleurs des Amériques, et renouvelle leur appel dans les conditions de la plus grave attaque jamais lancée contre les travailleurs immigrés dans l’histoire américaine. Les travailleurs d’Amérique du Nord, d’Amérique centrale et d’Amérique du Sud – exploités par les mêmes multinationales, confrontés à la même oligarchie – doivent s’unir dans une lutte commune contre l’impérialisme et son régime de frontières.
12. Le Congrès formule les revendications suivantes:
L’abolition immédiate et inconditionnelle de l’ICE, de la police des frontières et de l’ensemble du département de la Sécurité intérieure – l’appareil policier d’État construit de manière bipartite après le 11 septembre – et le démantèlement de tout le dispositif d’expulsion, de surveillance et de détention.
La fermeture de tous les camps de concentration, la libération immédiate et inconditionnelle de tous les détenus et le retour, avec restitution intégrale, de toutes les personnes expulsées, y compris celles remises au CECOT.
La libération des prisonniers de Prairieland et de tous ceux qui ont été emprisonnés pour s'être opposés à l'ICE
L'abrogation de la loi sur les étrangers ennemis et de toutes les lois régissant l'État policier. L'inviolabilité de l'habeas corpus
Le retrait de la Garde nationale et de l'ICE de toutes les villes
L'inculpation des responsables des meurtres de Renée Good, Alex Pretti, Lorenzo Salgado Araujo, Joan Sebastián Guerrero et de toutes les personnes assassinées par l'ICE et la police des frontières — depuis les agents qui ont appuyé sur la gâchette jusqu’aux responsables des deux partis qui ont mis en place et dirigent l'appareil au service duquel ils œuvrent.
La pleine citoyenneté et les pleins droits démocratiques pour tous les travailleurs, quel que soit leur lieu de naissance, et le droit de tous les travailleurs de vivre et de travailler dans le pays de leur choix.
13. Ces revendications ne seront satisfaites ni par les tribunaux, ni par le Parti démocrate. Elles le seront par la mobilisation massive et indépendante de la classe ouvrière: la défense des travailleurs immigrés par leurs collègues et voisins, organisée par des comités de la base sur chaque lieu de travail et dans chaque quartier; et la mobilisation de toute la puissance sociale de la classe ouvrière contre la montée en puissance de l’État policier. La défense des immigrants est la défense de la classe ouvrière dans son ensemble, et une composante de la lutte pour l'unité des travailleurs des Amériques dans la révolution socialiste mondiale.
(Article paru en anglais le 26 août 2026)
