La Chine promet la croissance face à la guerre économique des États-Unis

Les dirigeants du Parti communiste chinois ont affiché une posture d’audace, voire de défiance, face à la guerre économique lancée contre le pays par l'administration Trump.

La détermination à poursuivre la croissance économique chinoise, malgré l'imposition par les États-Unis de droits de douane sur les marchandises chinoises, qui s'élèvent désormais à 20 % et qui menacent d'augmenter, a été le thème officiel central de l'Assemblée nationale populaire (ANP) qui s'est ouverte mercredi à Pékin.

Le premier ministre de la Chine Li Qiang s'exprime lors de la session d'ouverture de l’ Assemblée nationale populaire à Pékin, le 5 mars 2025. [AP Photo/Ng Han Guan]

En présentant le rapport de travail du gouvernement dans lequel sont exposés les plans économiques pour l'année à venir, le premier ministre Li Qiang, numéro deux de la hiérarchie chinoise après le président Xi Jinping, a annoncé un objectif de croissance pour 2025 d'« environ 5 % » malgré les droits de douane américains et l'affaiblissement de l'économie nationale.

Cet objectif de croissance est identique à celui des deux années précédentes. Bien que le rapport de travail cherche à projeter une image de confiance, il note les énormes changements dans le paysage géopolitique et économique mondial.

« Des changements inédits depuis un siècle se produisent dans le monde entier à un rythme rapide », indique le rapport qui, sans désigner les États-Unis comme principaux responsables, précise que ces changements pourraient perturber le commerce et l'économie de la Chine.

Dans son discours devant l'Assemblée nationale populaire, Li a déclaré : « Il ne sera pas facile d'atteindre les objectifs de cette année, et nous devons déployer des efforts considérables pour y parvenir. Un environnement extérieur de plus en plus complexe et sévère pourrait avoir un impact plus important sur la Chine dans des domaines tels que le commerce, la science et la technologie. »

Toutefois, face à ces pressions extérieures croissantes, Li s'est efforcé d'adopter un ton confiant. « La tendance sous-jacente de la croissance économique à long terme n'a pas changé et ne changera pas. Le navire géant qu'est l'économie chinoise continuera à fendre les vagues et à naviguer avec constance vers l'avenir. »

Malgré ces déclarations, le rapport de travail présente des initiatives pour tenter de résoudre certains des principaux problèmes de l'économie. Le principal d'entre eux est la stagnation de l'économie nationale, caractérisée par la désinflation et une croissance très lente des dépenses de consommation.

L'année dernière, la croissance des ventes au détail est passée de 7,1 % en 2023 à 3,4 % et le frein à l'économie causé par l'effondrement de la bulle immobilière a persisté, les nouveaux investissements dans ce secteur chutant de 10,6 % par rapport à l'année précédente.

L'économie est devenue plus dépendante des exportations pour alimenter la croissance. Selon les données du gouvernement, elles ont représenté près d'un tiers du taux de croissance de 5 % l'année dernière, le niveau le plus élevé depuis 1997.

Dans une sorte de changement, Li a déclaré que la priorité absolue pour 2025 était de « stimuler vigoureusement la consommation », reconnaissant que l'économie nationale était au ralenti. Reconnaissant l'environnement désinflationniste, le rapport de travail a abaissé son taux d'inflation cible de 3 % à 2 %.

Tilly Zhang, du groupe de réflexion Gavekal Dragonomics, spécialisé dans l'analyse de l'économie chinoise, a souligné ce changement d'orientation : « Pour la première fois, la relance de la consommation a été élevée au rang de priorité absolue parmi les tâches majeures de 2025, détrônant la technologie de sa position dominante habituelle. »

Li a déclaré que l'objectif de croissance de 5 % était nécessaire pour « stabiliser l'emploi, prévenir les risques et améliorer le bien-être de la population », ainsi que pour atteindre les objectifs de développement à long terme.

En guise de mesure de relance, l'objectif de déficit budgétaire a été porté à 4 % du PIB, contre 3 % l'année précédente, soit le niveau le plus élevé depuis plusieurs décennies. Le rapport de travail indique que le gouvernement « adoptera une politique fiscale plus proactive ».

Mais les analystes ont qualifié l'objectif de croissance d'aspiration plutôt que d'engagement sérieux. Certains ont même déclaré que l'objectif de croissance était une « fantaisie » en raison de l'absence de mesures de dépenses suffisamment vigoureuses.

Par exemple, les 40 milliards de dollars alloués aux subventions versées aux consommateurs qui échangent leurs vieilles voitures, leurs appareils de cuisine et même leurs cuiseurs de riz contre de nouveaux appareils étaient en deçà du montant attendu.

Le gouvernement a également annoncé 4,4 billions de renminbis d'obligations d'État pour les infrastructures et 1,3 billion de renminbis d'obligations spéciales du gouvernement central, toutes deux un peu moins importantes que prévu, selon Hui Shan, économiste en chef pour la Chine chez Goldman Sachs.

« Les chiffres budgétaires sont décevants », a-t-elle déclaré au Financial Times, et pour atteindre l'objectif de croissance, les exportations devraient « faire bien mieux que ce qui est prévu ». Cela est de plus en plus improbable compte tenu de la guerre des tarifs douaniers des États-Unis.

Il semblerait que le gouvernement ait limité certaines mesures de relance, préférant se préparer aux conséquences des mesures tarifaires de Trump sur l'économie.

Lors d'une conférence de presse mercredi, Shen Danyang, le responsable de la rédaction du rapport de travail, a déclaré qu'il existait « des plans de secours pour les politiques macroéconomiques, et des politiques qui seront ajustées de manière dynamique pour répondre de manière proactive à l'évolution de la situation ».

Bien que le développement de la haute technologie n'ait pas occupé une place aussi importante qu'auparavant, il a été l'un des principaux sujets abordés. Selon le Wall Street Journal, « les hauts dirigeants ont défendu les talents technologiques locaux qui, espère-t-on depuis longtemps, permettront à la Chine de rattraper, voire de dépasser, les États-Unis sur le plan technologique ».

Dans le sillage du développement de DeepSeek, qui a dévoilé en janvier un dialogueur (chatbot) d'IA aussi performant que ceux produits aux États-Unis mais à un coût bien moindre, Li a consacré des sections de son rapport à l'innovation chinoise.

L’ANP a été précédée par ce qui est considéré comme un certain changement d'attitude des dirigeants chinois à l'égard des chefs de la haute technologie. Le mois dernier, Xi a rencontré, dans le cadre d'un geste très public, certains des principaux entrepreneurs chinois du secteur de la haute technologie, dont Jack Ma, le chef d'Alibaba, qui a été mis à l'écart au cours des quatre dernières années après avoir critiqué les organismes de réglementation du gouvernement.

Cette rencontre, à laquelle participait le fondateur de DeepSeek, Liang Wenfeng, a été perçue comme un signe de soutien de la part du gouvernement. Mais Xi leur a également dit qu'ils devaient faire preuve d'un « sens du devoir national » : en d'autres termes, suivre la ligne du gouvernement.

Les critiques des dirigeants chinois à l'égard de l'administration Trump et de sa guerre tarifaire ont jusqu'à présent été relativement discrètes, du moins dans les déclarations officielles.

Mardi, alors que l'ANP se réunissait, Lou Qinjian, porte-parole officiel, a déclaré aux journalistes : « Nous espérons travailler avec la partie américaine pour répondre aux préoccupations de chacun par le dialogue et la consultation sur la base du respect mutuel, de l'égalité, de la réciprocité et de l'amélioration mutuelle. »

Mais dans un contexte où le régime en place sait pertinemment que l'objectif des États-Unis est d'écraser la Chine économiquement et qu'il est tout à fait prêt à déclencher une guerre s'il le juge nécessaire, de tels discours pourraient ne pas durer très longtemps.

Le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Lin Jian, a adopté un ton très différent après l'imposition par Trump des dernières hausses tarifaires en début de semaine.

« Si les États-Unis veulent la guerre, qu'il s'agisse d'une guerre tarifaire, d'une guerre commerciale ou de tout autre type de guerre, nous sommes prêts à nous battre jusqu'à la fin », a-t-il déclaré.

Il existe une contradiction objective à l'œuvre qui renferme l'énorme danger de la guerre. D'une part, comme l'a montré l'ANP, les dirigeants chinois savent qu'ils doivent poursuivre le développement économique à tout prix, de peur qu'un ralentissement significatif ne fasse remonter à la surface de puissantes tensions sociales et de classe qui pourraient menacer le régime.

D'autre part, l'impérialisme américain considère le développement économique de la Chine en lui-même, en particulier dans le domaine de la haute technologie et de l'intelligence artificielle, comme une menace existentielle pour sa domination mondiale, qu'il tente d’empêcher à tout prix.

(Article paru en anglais le 7 mars 2025)