Les syndicats canadiens font de la propagande nationaliste pour mobiliser les travailleurs derrière l’élite capitaliste dans la guerre commerciale

La guerre commerciale que le président américain Donald Trump a déclenchée en imposant des tarifs douaniers punitifs sur les importations en provenance du Canada, de la Chine et du Mexique menace les emplois et les moyens de subsistance de millions de travailleurs à travers l'Amérique du Nord et au-delà.

La classe dirigeante du Canada – furieuse de voir perturbé son partenariat de huit décennies avec l'impérialisme américain qui a permis à Ottawa de poursuivre ses intérêts impérialistes dans le monde entier – a réagi en promouvant un vil nationalisme canadien pour maintenir la classe ouvrière divisée et dissimuler sa volonté de faire payer la crise aux travailleurs.

Cette réalité politique ne sera pas modifiée par la décision prise jeudi par Trump de «suspendre » pendant un mois les droits de douane de 25 % sur les importations en provenance du Mexique et du Canada qui respectent l'accord de libre-échange entre les États-Unis, le Mexique et le Canada (ACEUM). Les premiers reportages indiquent que plus de 60 % des importations canadiennes aux États-Unis seront encore soumises à des droits de douane, car Washington estime qu'elles ne sont pas conformes à l'ACEUM, l'accord de remplacement de l'ALENA que Trump a lui-même négocié durant son premier mandat.

La Maison-Blanche a également maintenu les droits de douane de 20 % sur les produits en provenance de Chine, principale cible de l'oligarchie américaine, et Trump a confirmé jeudi que les droits de douane de 25 % sur toutes les importations d'acier et d'aluminium, y compris celles en provenance du Canada, seront appliqués le 12 mars comme prévu.

En outre, Trump a clairement indiqué que sa guerre commerciale se poursuivrait, car son administration cherche à relocaliser la production aux États-Unis en préparation de la guerre mondiale contre les principaux rivaux de l'impérialisme américain. Dans son discours de mardi devant le Congrès américain, le dictateur fasciste en puissance a longuement expliqué comment un barrage de droits de douane « réciproques » et d'autres mesures de guerre commerciale seront mis en œuvre le 2 avril.

Comme l'a déclaré jeudi le premier ministre canadien Justin Trudeau, peu avant l'annonce par Trump de la dernière « pause » tarifaire, le Canada sera engagé dans une guerre commerciale avec les États-Unis pour « l'avenir prévisible ».

À la suite du dernier étalage des plans de guerre commerciale de Trump, Ottawa a annoncé qu'il ne lèverait pas les droits de douane de 25 % sur 30 milliards de dollars canadiens de marchandises américaines qu'il a imposés mardi en représailles aux tarifs douaniers de Trump. Toutefois, le ministre des Finances, Dominic LeBlanc, s'est engagé à retarder la date d'entrée en vigueur des droits de douane sur des marchandises d'une valeur de 125 milliards de dollars supplémentaires, du 25 mars au 2 avril. Le premier ministre de l'Ontario, Doug Ford, a réagi en déclarant que son projet d'imposer une taxe de 25 % sur les exportations d'énergie vers les États-Unis, qui touchera avant tout les travailleurs américains sous la forme d'une augmentation des factures d'électricité, serait mis en œuvre lundi comme prévu et resterait en vigueur jusqu'à ce que la menace des droits de douane soit écartée.

La question clé à laquelle sont confrontés les travailleurs du Canada, des États-Unis et du Mexique dans ce déluge d'annonces est la suivante : comment peuvent-ils intervenir de manière indépendante dans la situation politique et lutter pour garantir leurs propres intérêts ? C'est impossible en s'alliant avec l'une des factions de la bourgeoisie qui s'affrontent dans la guerre commerciale. Trump parle au nom d'une partie importante de l'oligarchie américaine qui pense que le renforcement du contrôle de Washington sur son « voisinage » et la consolidation des chaînes de production clés à l'intérieur de ses frontières nationales sont des conditions préalables essentielles pour mener une guerre contre la Chine afin d'assurer l'hégémonie des États-Unis par le biais d'une redivision du monde.

La bourgeoisie canadienne soutient l'agression et la guerre pour défendre la prédominance mondiale des États-Unis, mais elle est furieuse que Trump ne la reconnaisse pas comme un partenaire junior dans la « Forteresse Amérique du Nord » dirigée par les États-Unis, avec un accès privilégié au marché américain. Trudeau a donc critiqué Trump cette semaine pour s'être engagé dans une guerre commerciale avec Ottawa tout en cherchant à conclure un accord avec le président russe Vladimir Poutine par-dessus la tête de ses alliés traditionnels de l'OTAN – soulignant l'engagement de l'impérialisme canadien envers la politique poursuivie par Biden et ses prédécesseurs, qui consiste à utiliser l'Ukraine comme un pion pour affaiblir, subjuguer et piller la Russie. Le premier ministre de l'Ontario, Doug Ford, fait quant à lui campagne en faveur d'une « forteresse Am-Can » pour s'opposer à la Chine.

Le chef du Nouveau Parti démocratique, Jagmeet Singh, dont le parti a soutenu le gouvernement minoritaire de Trudeau pendant plus de cinq ans avec la bénédiction et l'encouragement des syndicats, a demandé que Trump soit désinvité de la réunion du G7 en juin, qui sera organisée par le Canada, parce qu'il « déstabilise le monde », entre autres choses.

Photo des bureaucrates syndicaux qui ont participé au sommet économique national de la guerre commerciale organisé par Trudeau le 7 février. Au premier rang, troisième à partir de la gauche, la présidente du CTC, Bea Bruske ; à sa gauche, la présidente d'Unifor, Lana Payne. [Photo: X/Bea Bruske]

Des deux côtés de la frontière canado-américaine, les bureaucraties syndicales ont pris l'initiative de colporter le nationalisme « America First » et « Canadia First » exigé par leurs bourgeoisies respectives pour poursuivre leurs intérêts de classe. Aux États-Unis, cela s'est traduit par l'admission par les Travailleurs unis de l'automobile (UAW) qu'ils sont en « négociations actives » avec le fasciste Trump pour façonner ses droits de douane sur les importations d'automobiles et l'affirmation absurde que les droits de douane sont un « outil » que les travailleurs peuvent utiliser pour lutter contre des décennies de reculs. Au Canada, la campagne « Le Canada d'abord » des syndicats se caractérise par un partenariat corporatiste avec les représentants les plus impitoyables du capital financier et par l'utilisation d'une rhétorique chargée de militarisme pour rattacher les travailleurs derrière le mouvement visant à défendre les intérêts de l'impérialisme canadien.

Le Congrès du travail du Canada (CTC) a publié mardi une tirade nationaliste dont le chef conservateur d'extrême droite Pierre Poilievre aurait pu être l'auteur. Les tarifs douaniers représentent « une attaque économique sans précédent contre le Canada et les travailleuses et les travailleurs canadiens », a déclaré la plus grande fédération syndicale du pays. « L'heure est grave. Les Canadiennes et les Canadiens exigent une réponse forte et décisive. Ce n’est pas le moment pour des demi-mesures ou des discours vides. Il faut protéger nos emplois et nos industries, répliquer avec fermeté et investir dans notre avenir. »

Par son ton belliqueux, cette déclaration correspond tout à fait à « l'appel aux armes économiques » lancé lundi par Lana Payne, présidente d'Unifor. La dirigeante du plus grand syndicat du secteur privé au Canada, dont les origines remontent à la scission nationaliste des Travailleurs unis de l'automobile par les Travailleurs canadiens de l'automobile en 1985, a affirmé que « chaque politicien, chef d'entreprise, travailleur et habitant du Canada doit riposter ».

L'« action » ou la « lutte » proposée par la bureaucratie syndicale est coordonnée avec les sections les plus puissantes du grand capital. Le CTC et Unifor ont participé à la création du Conseil commercial Canada–États-Unis (CUSTC) à la mi-janvier. Ses membres comprennent le Conseil des affaires du Canada et la Chambre de commerce du Canada, et ses coprésidents sont les dirigeants de l'Association de l'aluminium du Canada et de l'Association canadienne des producteurs d'acier.

Ces associations patronales représentent une classe dirigeante qui fait campagne plus ou moins ouvertement depuis des mois pour qu'un gouvernement conservateur dirigé par le démagogue d'extrême droite Pierre Poilievre prenne le pouvoir et impose aux travailleurs et aux services publics le genre d'assaut social que Trump lui-même approuverait. Poilievre a déclaré cette semaine que tout l'argent obtenu grâce aux droits de douane devrait être utilisé pour financer des réductions d'impôts, c'est-à-dire d'importantes aubaines pour les grandes entreprises et les riches, et non pour aider les travailleurs licenciés. Il a ajouté : « Nous ne devons pas permettre aux politiciens d'utiliser malhonnêtement cette crise pour lancer une fois de plus une campagne de dépenses alimentée par la dette et la planche à billets, qui fera grimper l'inflation. »

S'adressant aux « millions » de travailleurs qu'il prétend frauduleusement représenter, le CTC conclut dans sa déclaration : « Ce qui nous rend canadiens, c’est notre engagement envers nos communautés, notre volonté de prendre soin les uns des autres et de veiller à ce que personne ne soit laissé pour compte. Plus que jamais, il est crucial de vivre selon ces valeurs. »

Cette déclaration dit tout ce qu'il faut savoir sur la bureaucratie syndicale suffisante et satisfaite d'elle-même, qui est devenue une section privilégiée de la classe moyenne supérieure au cours des 40 dernières années, grâce à la dévastation des emplois et du niveau de vie des travailleurs. Pour la plupart des travailleurs canadiens, les dernières décennies leur ont appris que pour la classe dirigeante, les « valeurs canadiennes » sont synonymes de bas salaires, d'emplois précaires, de contrats de travail remplis de concessions imposés avec la complicité des bureaucraties syndicales pro-capitalistes, d'interdictions de grève, de saccage des services publics, d'inégalités sociales flagrantes et de guerres impérialistes sans fin.

La propagande nationaliste déversée par les bureaucraties syndicales et leurs alliés de pseudo-gauche vise à masquer cette réalité sous un flot de mensonges sur « l'unité nationale », « Équipe Canada » et les « intérêts communs » entre capitalistes et travailleurs canadiens. Comme le dit un article du magazine Jacobin, le porte-parole des Socialistes démocrates d'Amérique (DSA), le moment est venu pour un « front commun – incluant les libéraux, les sociaux-démocrates, les socialistes démocrates et d'autres – de construire un projet de démocratie populaire pour un Canada plus souverain ».

Un tel « front commun » existe déjà depuis des décennies sous la forme de l'alliance entre les syndicats, le Nouveau Parti démocratique et les libéraux, et il n'a réussi qu'à étouffer la lutte des classes et à faciliter le plus grand transfert de richesses du bas vers le haut de la société. Son bilan peut être retracé depuis la répression du mouvement de masse contre les politiques d'austérité du gouvernement conservateur de Mike Harris en Ontario dans les années 1990, en passant par la canalisation de l'opposition au gouvernement conservateur fédéral de Harper derrière les libéraux pro-guerre et pro-austérité de Trudeau en 2015, jusqu'au sabotage d'une importante vague de grèves qui a balayé tous les secteurs économiques et toutes les régions du Canada depuis la fin de 2021. Le « front commun » des politiciens libéraux et néo-démocrates et des bureaucrates syndicaux a supervisé la décimation des dépenses publiques, y compris les soins de santé et les programmes sociaux, un assaut contre les droits des travailleurs, y compris la quasi-interdiction du droit de grève, et un vaste réarmement militaire.

Au cours de la guerre commerciale en cours, les bureaucraties syndicales veulent, en partenariat avec la classe dirigeante, intensifier l'attaque menée depuis des décennies contre la classe ouvrière, en la forçant à payer pour la crise capitaliste. Non moins significatif, leur promotion du poison nationaliste vise à préparer l'opinion publique à se rallier aux guerres militaires qui découlent invariablement de la guerre commerciale, comme en témoigne l'histoire des années 1930.

Comme le World Socialist Web Site l'a souligné dans un article récent sur la guerre commerciale,

Les travailleurs d'Amérique du Nord ne peuvent pas défendre leurs emplois ou leurs intérêts en soutenant l'une ou l'autre des factions de la classe dirigeante engagées dans cette guerre commerciale. Rejetant les efforts des syndicats pour monter les travailleurs les uns contre les autres selon des lignes nationalistes, les travailleurs américains, canadiens et mexicains, dont les activités quotidiennes sur le lieu de travail sont déjà liées dans un processus de production transfrontalier unifié, doivent mener une lutte commune pour défendre les emplois, les niveaux de vie et les droits sociaux et démocratiques de tous les travailleurs. Pour ce faire, ils doivent construire des organisations de lutte de classe indépendantes – des comités de base – qui correspondent à la position sociale objective des travailleurs en tant que classe qui ne doit d'allégeance à aucun État-nation capitaliste. Cette lutte doit être fusionnée avec l'opposition croissante de la classe ouvrière sur la base d'un programme socialiste et internationaliste visant à mettre fin au capitalisme, cause première de la guerre commerciale et de la guerre impérialiste.

(Article paru en anglais le 7 mars 2025)